SCENE XVII. 3s
ARMAND
Nous nous connaissons bien peu.
LAMBERT
N'importe! si je puis vous obliger , vous n'avez qu'un mot à dire. Faut-il voler à Paris? faut-il de l'argent, du crédit, ma personne? Voilà comme je suis pour les gens que j'aime, moi.
ARMAND
Eh bien! je vous prends au mot.
LAMBERT
Ah! parbleu! c'est me faire plaisir. Voyons, de quoi s'agit-il ?
ARMAND
Vous saurez , car il ne m'est plus permis de le cacher , que j'aime la fille de monsieur Durmont.
LAMBERT
Je m'en étais douté. Après?
ARMAND
Il paraît qu'on a répandu sur moi des propos calomnieux qui ont détruit la bonne opinion que la jeune personne avait conçue de moi.
LAMBERT
Malinval! je vois cela.
Si vous daigniez la voir et lui parler en ma faveur?
LAMBERT
N'est-ce que cela? j'y cours.
ARMAND
Quelle reconnaissance !
LAMBERT
Permettez cependant : parler à une jeune personne en faveur d'un jeune homme , et pour affaires d'amour !
Ne serais-je pas un peu gauche? et puis cela convientil à mon âge? Demandez-moi tout autre chose.
ARMAND
Au moins voyez Durmont.
LAMBERT
Ah ! vous êtes donc aussi brouillé avec le père ?
ARMAND
Vraiment oui.
LAMBERT
Ah diable ! c'est fâcheux ! C'est que je suis fort bien avec lui , moi ; et si en lui parlant pour vous j'allais me mettre mal dans son esprit!
ARMAND
Je vois que vous ne vous compromettrez pas pour servir vos amis.
LAMBERT
Oh ! ne vous fâchez pas. Mais ce Malinval , lui qui vous connaît si particulièrement , que fait-il à présent ? est-ce qu'il ne devrait pas vous servir ?
ARMAND
Eh ! c'est lui qui m'a plongé dans l'embarras où je suis.
LAMBERT
C'est pour cela même qu'il devrait chercher à vous en tirer. Le voici , laissez-moi faire ; je vais le tancer d'importance.
ARMAND
Oui , cela m'avancera beaucoup !