‹ Œuvres de L.B. PicardChapitre 16 sur 70 · CHAPITRE riL · texte numérisé non relu

CHAPITRE riL

De la vie cT Eugène et de Guillaume au collège^ "

Les écoliers .sont habiles et prompts à ^^isir le côt4 faible de leurs maîtres. Huit jours ^près mon entvée au collège 9 i'avais déjà quelque empire sur l'abbé Do- Tome ZJ^* -^ 5

riolls, et je cofttiaissais les faiblesses et les petite travers de touè ceux qui 'avaient Je l'autorité sur- moi.

Ml le ôrovisèur était; un-Hon bomme qui avait heau-> coup de respect pour les^ graiftls seigneurs ; màS» il était Normand'; il avait été boursier; il se senlait tome pré^ dllectiôn particulière pour Jes Nbrmands et pour les boursiers : & avait fort à cœur que lêjoôUége dTHarcoùrt soutînt son antique réputation i^ et, comme l'exemple et la conduite des jeunes gentilshommes dérangeaient sour vent les écoliers^ laborieux , et misaient à la discipliue de la maison, il ne pdurait sç défendre d'isfvbir sur leur

3Ra||rables. Cela ne Tempê-

éhait pas de recevoir lès'.lOTtes pensions qu'il fallait payer pour être en chambre particulière' au* collège d'JIarcoûrt. Le professeur de sixième était encore plus préveiîu contre les écoliers de qualité. Je jfne souviens qu'il semblait éprouver un malin plaisir ^ quand il se trouvait dans le cas de faire donner des férules au^fils tl'un duc ou d'unr marquis. Très-doux pour les écolienl' qui travaillaient, très-sévère pour ceux qui nej^oulaient rien faire , lorsqu^un de ses bons sujcfts faisait une espièglerie , il l'attribuait à l'un des derniers de la classe ^ et c'était ce pauvre diable qui en était pimi , à moins qiié le Vrai codpajile n'eût la loyauté de s'accuser luimême^ ce qui arrivait souvent^ car on est généreux au coUégei. 'Par lés confideQdes de mes camarades , je con-*^ naissais d'avance les maîtres et les professeurs des autres classes. Parlerai-je du professeur* de quatrième , qui ne «'occupait qutf de deux ou trois élèves , et rié-r gligeait tous les autres ; dé celui de seconde , qui oubliait sa classQ pour travailler à ses propres succès en

littérature ; des maîtres de quartier des pensioQnaîf«ft , qui presque topà étaient de jeunes libertins f de^ précep« têurs des chambres parrticuUèi^ , qui presque tou$ étaient de jeunes fats ; du maître d'études des boursiers , qui était un homme instruit, siipple et pieux; des ex*-

' ternes , qui faisaieni avec nous un petit négoce de con^ mission ? Parlerai-je du fameux pâtissier prédécesseur du fameux Le Sage , qui , avant Feutrée en classe^ faisait un grand commerce de petits pâtés ; du vieux bourgeois de I9 rue de la Harpe ^ qui, depuisjrente aps , tous les matins , voyait de ^a fenêtre entrer et sortir les externes y et s'émerveillait ^ ce qu^ ces petits venfa.hts ne* * grandissaient pas ? Ce que je pourrais dire sur la vie et les habitudes du collège est su de ^ous ceux, qui pnC passe leur jeunesse dans une école publique, ..C'e^t le tableau du monde avec des couleurs moins proiipncééS. On y voit parfois les grands opprimer les petits , ejt les petits obéir en murmurant; les faibles se faisant prô-^ téger par les forts, et parfois les forts , avares et fi'ers" de leur force, ac'dordant leurs secours plutôt par intérêt ou par orgttleU que par amour de bien faire. Comme dans* le monde , on y voit des vanités, des ligues et dés intrigues. On y est ardent pour le plaisir; on y est froid pour le devoir^' mais on ne sait pas encore tout-à-fait $'y soustraire, on n*ose pas toujours s en dispenser. Il y a plu$ de franchise, pi^esqu'autant d'adresse , quelquefois plus d'audace , toi^ours moins de prudence ; il y a moins de vices , pliis de vertus ; et comme la coftiparalson serait

%ut entière à Favantagç du ,collége , je m'abstiendrai de la pousser plus loin.

Mais c'est Thistoii^e ^e Guillaume et la mienne que

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jt raconte; et je croîs devoir au le<^.eur>uii compte fidèle 4le tout ce qiu se .pass^ daninos âmes pendant les huit années (jue nous iïlinés camarades. ^

Cuillaume avait ^une ardeur égale pour le jeu et pùqv le travail. It/était presque toujours.Ie;|)remie«^ de là clàsjse. Il était le plus agile aux boises et le plus adroit à la balle. Mon précepteui' , malgré, sa fatuité , me donnait t|uelques soinà.' Il s'était aperçu que Georges le surveillant et avait une correspondance^ suivie avec mon. cousin Géstn Quelqu^ois il. boudait (îeorges; mais Georges, qui toute sa vie avait été valetde*chambre , savait si bien coiffer ! La frisure de i'abbé Doriolis était la plus élégante du collège. L'iibbé ^or<taifc régulièrement pendant que j'étais en classe; il jouait 4U trietrac ou au piquet avec un d^ ses confrères pendipt que je faisais mes devoirs ; mais enfin il les revoyait, il les corrigeait. Je n'étais jamais le premier sii le second ; mais je n'étais jamais dans lés derniers rangs. . *

Je mettais de Tamour- propre à me lier avec mes petits fsamarades les grands seigneurs. Plus mes liai- ' ^ sons avec eux devenaient intimes , pliis je devenais froid pour Guilli^ume. 'GiiiUaume était vif et franc. « Eugène, me dit -il un jour <, tu me fuis, tu me dé- « daignes J II m'en coûté beaucoup de 'renoncer à ton a amitié; mais'jç suis. trop fier, pour courir après celui' « qui neveutpas.de moi. Souviens-toi bien de ce que ce je vais le ài/e. Dans cpielque extrémité <fhe je m^ ^ trouve, je n'aurai jamais recours à toi. Compte sur « moi toutes les fois que tu en auras besoin. » Je fus plus 4îhoqué que touché dé sou» discours : je ne conce-

Et GUILLAUME. Og

rais pas'oommfeilt le fils <cki fermier Delorme poi^yait Vabuser jusqu'au point dé ^^énserque^e serais jamais dam le cas d'avoir Jbesoiu de lui. Cependant la së<» maihe ne .§e passa pots sans que je fusse obligé d'implorer 'le stfcojtirs de Guillaume* On nous ay^iit doiiiié une vefrsion f(^diffioile.r Rebute dès la première di|f ficulté , jVvaià passé l'heure de J'étutle sans travailler ; je fus fort heureux ^e trouver Guillaume , qut 4ne la dicta. * • ,» ;

J'altais qfidquefpis dîner chez M. Matlielin f^e%son fils et mon précepteur, {tabitué à fréqueniçr au c{)llége même une bien plus haute société , je n'éprouvais paâ un très*grand plaisir chez un banquier fort riche j 4}ui n'en était pas moins un simple bourgeois, quoitfue |a femme et lui cherchassent à se donner des. airs'dQ''qua^ |ité; mais enfin c'était notre unique correspondant à Paris : il fallait bien le voir.

La tante de Guillaume attendait avec impatience l^ second et te quatrième mercredi du mois. Ce jour -là elle était à la grilla du collège long-temps avant l'heure où les écoliers, posaient sortir avec un ^jae0i pow aller dîner chez leurç parents, et, tqntfi jc^eu^e, elle êtnmenait son neveu "à son quatpîèine étage; Jl trouvait ch^ez elle un bon dîner. Elle l'adcalriait de ques^ tiouji ; elle le félicitait quand il lui i^mitit qu'il avait une des pr^iè^es places ; eHe se faisait une f^té de l'écrire à sasoeur. Le neveu et la tante se montraient les lettres qu'ik' avaient reçues de Coutances, et copn-* mençâiept' en commun laie 'lettre pour Magde^ine ou pour le pè^ Bdorit^e. Apcès le dîner, ils allaient' se

prottiener au Luxembourg : mademoiselle Victdïre reconduisait GuiUaiàaé «u collège à J'heure prescrite*, et'Guiiraume se félicitait d'ayoir -d'aussi bofns parents. Dès sa pl'epiière' sortie, GuiMaUme*, qui croyait sa ttete du jQoins aussi riche que «on père ,' tui avait ex- |)rimé le désir d'avoir quelque argetit par semaine pour ses menus plaisirs : cekii que son père lui avait donné avait Misparii dès le ^joui* de son -entrée au g^dIlege. La tante ne se fit pas prier. Tout le monde sait queUmodiquè salaire obtient une ouvrière qui tràvaSIe dans SSL chambre ou en Journée , et Ton sftntira qu'il fitllait que la pauvre fille * s'imposât de grandes jnrivations et travaillât fort avant dans la nuit pour pouvoir d^ner à son neveu un bon dîner tous les quinze joui^ et un peu d'argait toutes les semaines; Guillaume n^avaût pas parmi ses camarades la réputation d'un avare ; mais il fallait qu'il mît bien de l'ordre daais ses dépenses, car vers le milieu de l'année il me prêta plusieurs foii de l'argent. Il est vrai que son père lui en avait fait passer au jour de l'an et à' sa fête. Mais il mX^issuré , long-temps apcès , que jamais il ne s'était trouvé aussi riche, qu'au collège. Mon- précepteur avait ordire 4« me donner Bien plus que mademoiselle Yic-^ ' toire ne donnait à son neveu; mais, parmi les fils de ces familles t>pùleMes que je fréquentais , quelques-uns étaient, plus* riches que mof. ^ûs parties étaient bien , plus chères que celles des bbursiers. JTfturais été humilié de ne pas dépenser autant que lés autres; aussi je me trouvais souvent forif- gêné-, et je fus encore très-hfiùreux que Guillaume eût été économe. *

Malgré le jSadid qui existait '^ ezU:re nous , je n^avais fiO^* «éprouvé la moindre honte à prier Quillaume • dé n^ dicter me^'deyoirs. Les écolier^ <le qualité se faà» saieni \m pojnt d'homiieur de paraître moins laborieux que les boursiers; mais j'éprouvai de l'embarras quand il fut question àé im ^aaprunter de Targeitt. Heureu»

^ment Guillaume me 4*vina dès le 'premier, mot, et mç .prévint, en ra?of£pàiit de la meilleure grâce tout ce qu'il possédait:. ' <•

' J^ ne xew^ pas me faire plus méchant que je àe fus. Les. sQrvicqi importanta^qA^ flie rendait Guiiiaume me touchaient ^ et pendant deux ou topis jours je me rapprochais de lui;, mais bienlot les plaisanteries et les exemples de mes camarades m'entraînaient de nouveau, et Je roi^ittais de mon amitié pour Guillaume» Le petit marquis de Beauclair sur-tout était un railleur impitoyable,:-

Je ne veux pas non plus faire Guillaume meilleur qu'il ile fut* Il affectait de rendre aux élèves eu chambre particulière le mépris qu'ils avaient pour les boursiers. IK profitait de sa force dans ses études et daos lès jeux pour humiUer les petits gentilsIuMnmjKs ; il était ^spiègl^.et turbulent. Quoique |lresque tou^ jours le premier de sa clasd^, il était très««ouveni ptini pkur quelque tours jouéa. à un'uîamdrade ou >à an maître. Çier et impérieux , il proposa souvent la* révolte à ses {ji^tits camarades. Il est Vr^i qu'il revenait bien vite à la raison, et que ses maîtres étaient âûrs de , calmer ses emportements , dès qu'ils lui parlaient de la peinequ'ik alltteat causer à son .pèr^^ s!ils étaient forcés de lui annoiicer la mauvaise conduite de son

fiU. Une chose quf Taf^igeait beaucoup, c^ëtah de se voir en retenue les joujr^. <ie congé «^ù^il devait alkr dîner chez sa jtante^ Cette lionne tnsÊl0 était si triste de s'en retoamer sans son neveu , ^ t châtre ohUgéenle mjinger toute seule- le dîner <{u'elle avant préparé pour lirf! La^cr^nfae de chagriner sa tatfl^lie rendait trois oui quatre jours^ d'avtace tranquille et soumis : mais c'était sur-tout avec moi que Guil)auaie.2|fifectait d'étrè fier. Quand il me van|rait avec quelque petit doc dt quelque petit marquis , il ne me F«gardait pas. Cher Guillaumel tu ne me ohlt^diaîs plus , raai# j'étais sur de te trouver toujours.

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