‹ Œuvres de L.B. PicardChapitre 15 sur 70 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Arrivée (T Eugène et de Guillaume à Paris. — Entrée

au collège. ■ ^

M. Mathelin, était uades plus riches banquiers de Paris ; il avait un appartement magnifique dans le quartier de la place des ^^ictoires : ses bureaux occupaient un autre appartement de la même maison. Sa fortune avait commencé au système de Law. Il avait, un équi-

page; s^ ^mme avait des 4faniant8. Il nous reçut à merveille; tiiais son bel àppar tendent était ^si mal distri* bue , qu'il n'y .avait pas una seule chapbre ^l'ami , et qu'avant d'entrer au cdllége nous fûmes oj^ligés de logeir. dans un hôtel gs^rni, voisin de la maison de M. Mathelin. * «^

La tante de Guillaume demeurait dans upe vieille maison de laCité, au quatrième.. Elle n'avait qu'une chambre , à la . suite de laquelle se trouvait un petit cabinet sans cheminée. Dès ^ qu'elle fut instruite du voyage de son beau -frère et de son neveu, elle ne^ s'occupa plus que du som de les recevoir de son mieux. Elle avait été au-devant des voyageurs jusqu'à Saint- Cloud , oïl ils devaient prendre la galiote. Avec quels transports, cette bonne fille embrassa Delorme , à qui elle devait, disait-elle, tout j^on bonheur «dans ce bas monde ! Elle ne pouvait se lasser de regarder son neveu, dont tous les traits lui rappelaient ceux de sa sœur. Le père Delorme avait intention de loger dans une auberge ; mais il fallut, céder aux instances de mademoiselle Victoire. Elle le fot*ça d'accepter son propre lit. EU^ en avaû dressé un autre à coté pour 'Guillatume. Elle se relégua dans 1^ petit cabinet; elle co^cHa sur Un matelas qu'elle avait emprunté à une voisine , et s'endormit délicieusement , en pensant que son beau -frère et son neveu dormaient à côté d'elle* Le lendemain elle était levée avant eux, et quand ils s'éveillèrent ils trouvèrent deux grandes tasses de café à la- crème que mademoiselle Victoire leur avait préparées.

M. Horiojis avait quelques affaires à terminer dans

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Paris : îl fallait d'ailleurs qu'il prît avecf M. iè proviseur des arrangements pcfir Tappartemenl que nous devions occuper au collège: (Dans les autres collèges lé chef de la maison a le titre de principal; mais à Harcôurt c'est M. 1^ prbviscîur^) M. Mathelin , qui paraissait . déÉÊj^ de ne pouvoir offrir un logement au fils de so[n^amiM. lé baron de-Senneville, s'était empressé de nous offrir sa taille ; mais M. l'abbé trouvait presque Jtoujours quelque prétexte pour m'envoyez dîner seul xhez M. Mathelin. Ces', prétextes étaient des visites qu'il avait à faire à des paiisnts, à des personnes distinguées de la haute robe , à de vertueux prélats, qui, ^eu fidèles à la règle de* là résidence, gouvernaient leur diocèse par correspondance. M. l'abbé, après avoir fait sa toilettg avec la plus grande recherche, sortait de bonne heure, et chargeait Georges, en partant, dé me mener chez M. Mathdin. J'étais toujours endormi depuis long-* temps quand l'abbé rentrait à l'hôtel. J'ai appris dèpuis^ que , non content de ses ^ix semaines de vacances , il avait voulu se donner encore quelques jours de bon temps à Paris avant d'aller s'enterrer dans uii collège avec un écolier de sixième. C'était l'époque de la foice S^nt-Laurent, c'était la nouveauté de l'opéra comiqiie; ^l'abbé Doriolis y était fort assidu. Le matiji il allait montrer ses grâces aux Tuileries et au Palais-Koyal. ,

Pour moi, en attendant que Georges me conduisît chez M. Màthelin , je passais toute ma matinée à la fenêtre de notre chambre ou dans 4a cour de l'hôtel. Je me sentais ravi du spectacle que m'offiraient le mou-

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vement et" le tumulte des rue» de Paris« L'hôtel que nous 'habitionsi n'était .pas un des plus fameux ; mais il ne laissait pats d'être fréquenté. J'aimais à voir partir ou arriva* les voyageurs. L'hôtesse, qui savait que j'étais riche et de qualité, avait heaùcoup d'attention pour moi y et pi^enait soin dâ|||e nommer à chaque instant M. ie baron. Gonune j^recevais^des politesses de toûf; ce qui m'entourait, dans mes petits raisonnements, tantôt je me persuadais que tous les hommes étaient de: bonnes gens , quoique mes gouvernantes m'eurent souvent raconté des .histoires de voleurs ; tantôt je me regardas comme un enfant précoce et miraculeux qui devait à jseg gentillesses et à son esprit les amitiés que chacun s'empressait de lui témoigner.

Arrivé chez M. Mathelin , je jouais et je causais avec son fils (pii allait entrer en cinquième. C'était un > gros garçon sans maUce , fort pleurard avec ses maîtres etses parents , très-poltron avec ceux de ses camarades qui étaient plus grands que lui , mais ne manquant pas de résolution avec ceux qui. étaient plus petits, Il n'était pas des plus habiles de sa classe ; mais c'est de quoi son père n'avait pa$ le ternp^ de s'inquiéter^ M, Ma-* thelin croyait avoir tout fait pour l'éducs^tion de son fils 6n le mettant au collège. Il s'occupât beaucoup de sa fortune , qu'il cherchait encpre à augmenter. Sa femme s'occupait beaucoup de ses plaisirs. Peiidant les vacances on menait le jeune Victor Mathelin ^ la campagne, au spectacle et dans le monde. Hors ce temps-là, il venait rarement chez ses parents. Quelquefois , quapd on y pensait , un domestique allait le chercher le mer-

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cf ecK ou le samedi, qui sont les jours de congé de l'uni* versité. Il dînait chess sa mère , et'Ie même domestique le ramenait à sept heures du soir au collège.

Encore tt)ut plein de ce que mon précfepteur m'avait dit sur les trdis dififerentés espèces d'écoliers qui composaient le collège, j'avais voulu prendre un petit ton important avec Victor ^Sqùi n'avait pas l'honneur d'étudier sous Un precepteui* particulier. Il m'avertit assez brutalement de ne pas me donner les airs de mépriser mes camarades, si je ne voulais pas qu'il m'arrivâl quel* que malheur. Il mie confirma bien ce que M. l'ùbbe m'avait dit suY* la, distinction entre les ééoliers; mah il m'apprit que, lorsque les pensionnaires rencontraient, sans son précepteur , un élàve en chambre particulière qui leur avait déplu, ils ne manquaient pas de le rosser (telle fut l'expression d'écolier dont Vktor se servit), et, qu'à leur tour les boursiers, qui en géiléral étaient plus grands' et plus robustes, rossaient joliment les pensionnaires qui faisaient les insolents.

Nous étions au mois d^octobre , et les classes avaient repris leurs exercices ; mais les affaires de M.' l'abbé Doriolis n'étaient pas encore terminées , et Victor Mar thelin ne devait rentrer qu'après la fête de son père, qui s'appelait Denis. Ce jour-là , toute la famille de M. Mathelin se rétinissait chez lui. C'était aussi ce jourlà que madame Mathdin avait choisi pour témoigner à son fils,>en présence de tous ses parents, la tendresse

maternelle qu'elle lui cachait avec soin le reste de

année.

J'assistai à la fête de M. Mathelin. Comme tous les convives étaient des parents et des amis du maître de.la mai-

son , on vanta beaucoup l'esprit , le bon cœur àe ce gros bouffi de Victor, et on ne s'aperçut pas que j'étais là. Ten fus humilié , et je regrettais ma cousine Laure , mon cousin César ; et le chè^au de mon père/

Enfin Mé l'abbé Doriolis , ayant fini «es affaires importantes,, alla prendre congé de M. Mathelin, dont le fils était rentré la veille; il envoya chercher un fiacre, y fit porter mes effets et les siens, y.jnonta av^c nioi, et nous arrivâmes au collège précisément à l'heurede la récréation générale. .

Guillaume y était déjà depuis huit jours. Il passait tout le temps de la récréation* contre la grille de la cour, se flattant toujours que j'allais arriver , en sorte qu'il fut la. première personne que j'aperçus. M*4'abbé monta dans notre appartement et me laissa dans la cour entouré de tous les camarades de ma classe. Je fus un peu troublé d Ane voir à l'instant mâme pressé de questions par tous ces jeunes gens. Ce fut un bonheur pour moi de rencontreJr Guillaume.

» Quand le premier moment de curiosi|:é qu'un nouveau venu ne manque jamais d'exciter parmi des écoliers (ut passé , je me retirai dans un coin de la cour avec Guillaume pour causer ^tout à mon aise. II me raconta son vQyage ; je lui racontai le mien : il m'ap- .prit que, dès le lendemain de son arrivée à Paris, son père l'avait amené au collège. Il m'assura qu'au moment où son père l'avait quitté il avait su prendre assez d'empire sur lui pour ne pas pleurer. C'est ainsi qu'en partant du pays il avait courageusement dit adieu à sa mère ; mais il m'avoua qu'il s'en était bien dédommagé, dès qu'il s'était trouvé seul. Al me montra une lettre

que son père hii avait écrite le lendemain de son entrée au collège , avant de se remettre en routé« Dans cette lettre son père lui reconun^dait'de mériter par sa conduite et son travail les bontés de ses protecteurs , et , se mettant à la portée d'un enfant de douze ans , il lui faisait sentir que , si Dieu le rappelait à lui dans quelques anhées , il comptait «ur son fils aîné pour ^tre le soutien de sa veuve, et de ses autres. enfants. Guillaume me jura que cette Ijettre ne le quitterait jamais. Il me dit que , le lendemainde son arrivée, il avait vu M. l'abbé Dpriolis sortir de chez M. le proviseur , qu'il l'avait salué et qu'il avait voulu lui parler , mais qu'il fallait que M. l'abbé eût la vue basse ou fut trèspréoccupé^ car il avait traversé rapidement la cour et gagné la porte sans avoir l'air d'apercevoir Guillaume. Du reste il se flattait de mener une vie fort agréable au collège ; il était content du dortoir et du r^ectoire. n avait été convenu entre le proviseur et son père que sa tante , pour laquelle il se sentait déjà beaucoi^ d'affection , viendrait le chercher tous les quinze jours et l'emmènerait dîner avec elle , à moins qu'il ne fût en retenue. Il avait été très-bien reçu de ses camarades , qu'il avait régalés pour sa bien-venue ; car sf>n père , en le quittant , lui avait donné un peu d'argent. Il se proposait d'être bien avec eux toirs, mais de ne se faire aucun ami intime : c'était moi seul qu'il voulait pour ami. Je répondis cordial^nent à cet appel de Guillaume. Je ne me souvenais plus de toutes ces différences de pensionnaires, de boursiers et d'élèves en chambre particulière. ÇTous nous promîmes de ne pas nous quitter pendant les récréations , de passer ensem*

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ble le plus qu'il serait possible»^ le temps des promenades. La cloche de l'étude soûna , Guillaume alla rejoindre les autres, boursiers, et Georges vint me chercher de la part de M. Tabbé Doriolis.

Mon précepteur employa cette première soirée à me mener en visite 0he2 le proviseur, chez, notre profes-' seur et chez quelques élèves en chambre particulière. Il y avait^ alors au collège d'Harcourt une grande partie de la jeune noblesse de^F#^nce.« Ce fut chez les fils des plus grands seigneurs que Fabbé me mena de pr^<rence. Ce fut à leurs précepteurs qu'il demanda la per- * nlissioUi de cultiver leur société^ A chaque visite , M. l'abbé ne manquait pas de me vanter l'élève ou le précepteur, ce Le père du petit comte de D^*^, me disait^il^ est le c< bras droit du cardinal de Fleury.^ La mère du petit « duc de B^^^ est une des premières dames de la cour. « Le précepteur du petit chevalier de G*** est un homme « du plus grand mérite. Aussi vient-il d'obtenir un fort « joli prieuré par le crédit du père de son élève* Le « fils du président de L*** n'est pas tout-à-fait aussi « noble ; mais son père a deux cent mille livres de «c rente* Voilà les jeunes gens que vous devez prendre ce pour modèles, ajoutait-il; voilà ceux dont vous devez « vous faire des amis. » Je goûtais beaucoup ces recommandations. En me comparant à Guillaume, je me trouvais un petit seigneur ; mais je me trouvais un provincial en me. comparant à ces nouveaux camarades. Je savais gré à quelques-uns d'entre eux d'avoir été très-affables et de n'avoir pas pris avec moi un ton de si^ipériorité. ' i ,

A la récréation du soir, Guillaume frappa tout dou*

cemeht à notre porté. M. l'abbé lui ÎSt^ùre pîaf Georges que je ne pouvais le recevoir , ek que M.* le proviseur neift^dâi^t^ pas'que les IkMsirsi^rs ' quittassent leur quwrtiî^r , mémp pendant 4a iHscréation du $bir. Je idfii un. péù jfêehé de icette manfere d'éconduîre inoA ami y et je <i(m que jé^rauiiis été liieri davantage , s^ je ne mutais trouvé dans la compagnie du'^jeune mar» quis def^eaucMp, qui était vispu av^ec son précepteur nôus^ irendre ROtre/visitéV'ekfqui avàft uU chapeau à phimet et dea's^uMifs à tftlotiis iK>u|[ds? Je pensai âùtfo-ohiiUip* cf^'it marquis ■ àè Bèanclair n'irait ^ pas. manque de pendre une||Érange o|)inion de ntoi'^ sT,^ dès la première visite ^|il' mô' faisait , îl^'àvait vu Fintîme-ami d un petit boursier assez mat vêtu. «^ ' . C est ce qui fît que le lendemain, me trouvait encore ' . avec le petit marquis de Beauclair , je rougis de kne voir abordé par mon ami Guillaume , qUi ^t se ptain* dre à moi da n'avoir p^s été reçu la veille. Je'ré^ndis dTun air assez embarrassé qu'il me ÊiUait obéir à mon précepte^-

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