CHAPITRE PREMIER
Eugène Weut partir pour Coutances.
JVIa première opération fût de charger Gaspard de me chercher bien vite «un acqtiéreur pour un bien assez considérable situé à six lieues de mon château. C'étaient de bonneis terres , des prés d'un grand rapport ; mais une habitation détestable^ oii nous n'allions jamais : point <}e parc, un pays plat, san» eaux, sans bois et sans vue. EKiverdier, dans une dernière^ lettre, s'était permis de fair^ entrevoir à ma mèfe, avec beaucoup de ménagements, les dangers auxquels ma fortune et mon honneur se trouvaient exposa. Il avait traké de fripons ou d'imbécilles ceux qui l'engageaient à s'obstiner dans son malheureux procès. Pour la première ' fois , ma mère conçut quelques soupçons sur notre intendant. L'accusation de Duverdier ne pouvait, partir que de l'amitié la plus désintéressée ; ainsi c'était au moment oii son autorité lui échappait (}ue ma mère reconnaissait l'usage qu'elle en aurait dû faire. Elle m'écrivit' une lettre dans laquelle elle me rendait pciur ainsi dire un. compte moitil de sa tutelle.
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Elle ne m'accusait pas ; elle' s'ûccuàait elle même de sa facilité.. Sî eUe n avait pas consentira me laisser partir, il n'y aurait ni haine, ni, procès dans notre famille. Je ne lui aurais pas, pendant qnatre^ans,, inspiré des terreurs perpétuelles pour ma fôi^tunç, ma ^nté, ma vie ; elle ne serait pasf livrée aux soins mercenaires et suspects d'un intendant., .Elle aimait à sie flatter «acore que M. Gaspard était un honnête hommes mais elle ne/ pouvait se dissimuler que c'était son intérêt qui l'attachait à rqus. Cependant rien n'était encore perdu, te Mon fils*, me «marquait-elle , .les quatre années «qui « viennent de s'écouler ont été bien tristes pour ta « mère ; il ne tient qi^'à toi de rendre heureux les jojurs et qui liH restent* » Elle m'apprenait que Laure continuai}; derefuser tous les partis qi^i se présentaient; elle en concluait que j'étais encore cher à ma cousine. Ma mère ne comm£^dait pas; elle ne se permettait pas même de me donner un conseil ; mais au nom de moi^ père, au nom de la tendi'esse que je lui perlais à ellemême, elle me conjurait, elle me suppliait de revenir. . Je n'étais pas^ un homme corrompu ; j'avais conservé ' mon bon cœur : cette lettre me toucha jusqu'aux lariïies. Je rougis des chagrins que j'avais causés à ma mère, et je jurai de ne pas lui en donner de nouveaux. J'étaià tellement e;itrâîné par la lecture de sa lettre , que j'allai plus loin qu'elle, et qu& je; prononçai hardiment que M. Gaspard éts^t un fripon. Il est vçai que , l'in^tai^t d'après., en pensant à l'exactitude ayec laqueUe Gas^ j^ard m'avait toujours enyoyé l'argent ^e mes fermier^ , je le crus encore honnête homme et mon ami. Quant
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à Laure, je pensais jabsolament comme ma mère , j'étais sûr qu'elle ne refusait tpus les partis que pour se cpnserver à moi, «aais je sentais Foutrage que je lui avais fait <K Pauvre petite ! -l\ est teiups de retrouver mon « courage. Je fléchis à Paris soAs le joug d'uqe- indigne «( maî^esse. Quelle honte !'£h quoi! j'ai pu m'abafsser «jusqu'à^ craindre. Caroliael £hl que m'importent ses
• <c doléances et ses colères ! je les bra!ve et je romps 2|vec <c çHe. Ce soir même je pars pour Coutances. » P,ar précaution pourtamt je résolus de paclir à Finsu de Caroline ; je me ili&simulai que je redou^s ses.empor-* tements et ma &iblesse ; je me persuadai que je n^ voulais me cacher d'elle que par compassion pour son amour. J'allai faire part de ma résolution à -Louise et
^ à soii Riari. Ils me félicitèrent ,. ils m'encouragèrent, ils approuvèrent même le mystère de mon départ. Louise avait pitié comme moi de la pauvre -Caroline : a car, me dit*elle , il faut qu'une femme sqit bien éprisece pour oublier ainsi toute mesure et toute vertu, d Elle faisait la guerre à son mari /qui ne paraissait pas toutà-fait aussi convaincu qu'elle de Ik gràside. passion de ma petite actrice. En quittant Duverdier , j'allai chez . Caroline pour ne pas lui donner- de. soupçon. Par un
' singulier hasard , elle était ce jour-là d'une douceur parfaite. Jamais elle ne m'avait témoigné plus d'amour. Sa sécurité m]attendrit. Je ne pouvais ^n^t'empécher de la plaindre; mais le souveiûr de ma mère et de -Laure était présent à ma pensée. Je sortis en lui promettant
. de la revoir le lendemain. JDe quel poids je me sentis Soulagé ! Je eroyais avoir ^secoué mes fers;
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Je reiitre chez moi, j*achëVe mes préparatifs. Au moment où l'on vient m'ahnonCer^que les chevaux de poste sont arrivés ^ je vois entrer Caroline.
« £h quoi ] me 4it*elle.en riant , vous avez donc quelce qu'un qui part dans votre maison ? Pourquoi t;ette if chaise-de-poste , ces chevaux?*.. Mais que vois -je*? « Cet habit de yoyagt, ée' porte-manteau..... Ingrat, à perfide, monstre , c'est vous qui pariez. » A son as^ pect^ j'avais senti mon courage chanceler; à êettf apostrophe, je rougis d^^msl faiblesse ; et, rassemblant pour ainsi dire toute ma fermeté , je lui déclare qu^en effet je^ pars et cme je vais voii* ma mère, a Votre «c mère ! s'écrie-t-elle ; dites plutôt cette Laure que vous « aimez , à IkqueUe vous brûlez de vous unir. £t qu'aie t-elle fait, cette rivale , pour mériter de m'être préce férée par vous et par votre orgueilleuse famille ? Vous 'a: â-t-elle sacrifié $on;état , son existence ? » Ôh ! pour le ebup, je suis telletnent choqué de ce, qu'elle ose se comparer à Laure, qu'il m'échappe je ne^saisxpel mot injurieux. Elle me regarde, elle pâlit. Les médecins ^t lès jolies femmes n'avaient pas encore inventé ou du mpiïis perfectionné les attaques de nerfs. Caroline se contente de se trouver mal. Encore, craighant* que je ne parte pendant qu'elle a perdu connaissance , elle se hâte de reprendre ses sens. Je me reproche^ l'outrage que je viens de lui feire ; je lui parle avec douceur , avec tendresse. « Ahl Seimeville, mé dit-elle, est-ce «.ainsi que vous remplissez vos serments , de ne jamais a m'abandojmer? » Je cherche à jui^faire entehdre que ma fortune me permet d'assurer un Tieureux Sort à sa mère, à sa famille, sur-toptà elle-même. Elle s'indigne
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ifun pareil discenrs. Quelle idée ai-je donc de son amour ? Est-cp Fiatérêt qui Vattache à moi ? Elle rejette mes dons et mes promesses , et voyant que je n'en persiste pas moins à partir. « Oui , vous faites' bien : «partez, dit-elle, oiibliez-moi , vous le devez; mais, « grâce au ciel , je ne sQuffripài paâ long-temps; Bientôt , (( je l'espère , le désespoir de v Ais avoir perdu m'aura a conduite aa tombeau, et avec moi périra le malheu- ^ reux fruit que je porte en mon sein. », — « Ah, grs^nd « Dieu! m'écrîal-je,.qù^ dites-vous? Serait-il vraiPwQuel «c moment choisissez- vous pour me donner cette nouc( velle ? » Toute rayonnante de TeiFet ^e ce seul mot vient de produire sur moi , Caroline en profite habilement pour se ressaisir de sa proie. Elle fkit briller à mes yeux l'espérance d'être pèi'e; elle pleure*, elle implore mon amour ; elle réclame les droits que lui donne ' son état ; elle me conjure de ne pas Tassassiner par mon départ , et je donne ordre de renvoyer les chevaux de poste.