CHAPITRE IL
Retour de Guillaume. — Correspondance entre Eugène * et Guillaume, entre Eugène et sa mère.
Il y avait six semaines , m'assura Caroline , qu'elle hésitait à mè faire l'aveu de son état^ Pouvait-elle ssivoir si la nouvelle m'en serait agréable ? Elle-même , en
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s^interf*ogeant , devait-elle se réjouir on s'afliî|[er? EUo Voyait bien dans, cette circonstance lin motif de sécu* rite; Jusqu'ici c'était un penchant mutuel qui nous avait entrainesd'un vers l'autre ; maintenant le devoir se joint à l'amour. En honnête homme, je né j)eux abandonner k mèrè,de,flaton enfant ; maU qui lui repondrar qtio ma-faBiille, une ..autre pn^ion, d'autres devoirs ne parviendront pas à' (àive taire là voix .4e mon amoiir* Il fallait que je %s^ bieû faible, et que ma faiblesse (&t bien connue dé Caroline; car, .je n'en puis douter ^ elle conçut dès'-lors les plus grandes espérances. Ces espérances étaient-elles si dénuées de- fondement ? Sa mère kii citait tant d'exeniples ! Et combien ne voit<-on pas en effet de bonnes gens entraines par la passion ôapar les circonstances à de sots mariages avec leurs maîtresses?* Et quels sont presque toujours les hommes qui font ces insignes folies ? ^es vieillards ou de très* jeunes gens. Je suis loin de prétendre qu'aux autrea époques de- la vie on soit bien fort et l>ien maître de soi-ihéme ; mais n^est«ce pas à ces detlx â§es que l'homme est lo plus facile à se laisser dominer? Quant xt moi, je^^ie promettais d'Itre bon père, et d'assurer un sort à Caibline,. mais j'étais loin de songer à en •faire ma femme. >
, Ce fut donc pai* ménagement pour elle , et dans l'espoir dé la rendre avec le temps ?^ranquille et raisbn-: nable, que je suspendis mon départ. J'écrivis à ma mère. J'avouais, franchement mes torts.' Je ne lui demandais que quelcpies m<À^ encore de séjour à Paris pour réparer le temps perdu , m'occuper de quelques études , et me décider enfin &m le choix^d'un état ; après TomelJT. aO
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quoi je volerais auprès d'elle; j'oSriirais à Laure ma maiti et mon cœur , et notre %eureux mariage an^ènerait la réconciliation générale de toute notre ifamille.
Mais quelle est ma surprix! A peine, cette lettre à ma mère est-elle partie, j'en reçois une timbrée de Coutances , et je reconnais l'écritiire de Guillaume. Il a repassé les mers; il est chez son père. Dans les cinq ans qui: se sont écoulée "depuis son départ, il a gagné cette fortune modeste; mais suffisante, à laquelle il bornait tous ses vœux. Il a débarqué au Hétvre ; il n'a pas voulu perdre une minute pour embrasser ses parents. De quel chagrin il s'est senti pénétré quand à-lafois on lui a raconté la mort de moii pèfiç , la rupture de mon mariage, mon séjour à ^aris ^ le probes 'de ma mère et de ma tante. « Ah ! ''mon cher Eugène , » m'écrit-il , « qu'as-tu fait? Je revenais joyeux et calme* « Les nouvelles que j'apprends à mon arrivée m'ont « rendu le trouble et là' tristesse qui avaient provoqué tt mon départ. ' J'ai vU ton cousin César. Avec quelle (c tendresse U m'a serré dans ses bras ! Mais combien <t il paçaît- irrité contre toi , contre ta mère ! Il chérit « trop son repos , m'a*t-il dit, pour vous aiôier eûcore. « Il se trompe; il vous aime, il vou^ aimera toujpurs; (c mais, mon cher Eugène, tu n'as' pas un instant à <( perdre; reviens; pour ton bônhetïr/pourle mieii, « il est nécessaire, il est urgent que je t'ouvre mo'n « ame tout entière. » ' '
Je répondis à Guillaume ; je le félicitais sur sa fortune; je me félicitais moi-mémo de son heureux retour, et je lui promettais, comme à ma mère, que bientôt j'aurais lé bonheur de l'embraser. ♦
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Cependant je suià plus asservi que jamais aux ordres, aux caprices de Caroline.' Ma dépense .s'augmente encore paroles folitaisies nombreuses dont son nouvel état lui suggère l'idée. Je me rappelle aujourd'hui quelques circonstances <}ui ne me frappèrent pas alors. Caroline^ depuis Tavea qu'elle m'avait fait, évitait de s^ trouver' seule avec moi. Sa mère a^t avec elle de fréquents et secrets entretiens, qu'elles se hâtaient d'interrompre dès^ue je paraissais. La mère était dans l'admiration que personne ne s'aperçût de l'état de sa fille; mais sa fille était si mince et si svelte! ' '
Je reçus , avec la réponse de ma mère , une nouvelle lettre de GnîHaume. Tous- deux me pressaient de revenir. Guillaume me mtandait qu'il avait de grands secrets à ihe ré^^r, qu'il ne. pouvait les. confier au papier, qu'il aurait déjà hit lui-même le voyage de Paris., s'il n'eût été convaincu que mes intérêts, m'appellaient en Normandie, et si ses affaires lui avaient per]6[iis de quitter Coutancés. Sk fortune s'était trouvée
^ plus considérable qu'il ne croyait. Gkiillaume , déjà bon négociant, puisqu'à la Martinique il avait été chef d'une maison de commerce et d'une grande habitation , venait de traiter avec madame Ixniyille de sa manu-^
^facture , qui, depuis la «nort de M. Louville , avait été administrée par 1^ commis Ainsi, tandis que le fils da baron de Senneville perdait son temps et sa fortune , le fils du fermier ïïetorme était déjà un des gros manufactufiers du royaume. Une nouvelle qui me fit un grand plaisir, ce fut la fin du procès entre ma mère et ma tante : c'était l'ouvrage de Guillaume. Il s'était fait aider de Laure et même de mon cousin César.
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Cé)ui-ci , maigre ses beaux projets dVgoisme, n^avait pu résister à la chaleur sfvec laquelle Gruillaume l'avait pressé de le seqpnder dans cette bonue œuVre, TfaiU leurs César se sentait plus fort contre les procureurs depuis le retour de GuiliauiAé. Cehri de ma tant« avait bientôt cédé la place. Ga^ard , qui craignait Guillaume , rie jugea pas à propos de faire une résistance trop ouverte. Il fut obligé ^ pour ne pas perdre tontà-fait la confiartce dé ma mère, de concourir à la transaction que Guillaume se hâta de réthgeî*. Il fut obligé de m'engager lui-même à signet* les papiers que Duverdier vint joyeusement me présenter. Cet odieux procès fut donc terminé sani^jugement. Quel bonheur pour Guillaume de voir ma mère et ma taùte' sincèrement réconciliées par son entremise ! .
La paii rétablie dans ^a famille , Guillaume s'occupa çétiévèûsement de mon mariage avec Laure ; mais ses efforts furent inutiles :. il ne put décider César à ratdek* dans' ciMe' nouvelle négociation. Je nidkisii* nais à rester à* Patiâr. A. cbagoe mot qi/il voulait dite ^ en ma* faveur, GuitHmme trouvait une résistance opiniâtre dans madame fiOitville , et sur-tout 'dans ma cousine Laure. Ma tante ^vait bièn'pu pardottoer àsa belle-sœiir, mais elle ne pouvait me pardonner. Ma* cousine trouvait M. Guillaume encDre plus estimable de ce qu'il prenait avec tant de générosité les intérêts de son ami ; mais elle le priait avec doticeur de ne {ilus lui parler de moi. , *
Ce fut alors que, dans une troisième lettre^ Guillaume y las de voir que je résistais aux instances*de ma mère et aux siennes , se permit de prendre un ion de
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censeur dont je me, formalisai. Je }e traitai d^s ma répons^ presque avec aujta&t d'impertinence qu^e je traitais jadis ]e petiit bourjsier du collège d'Harcpurt* GufUaiiiB^, au^si fier^^p'^u çpHége., m'écrivit encore pour mmmom^ ^n%m m'écrir^^it plu3 , ^ en ^ffiçt il cem de. m'açrire*
J'ai dit que Thérèse JDelorip^ , la ^Ur de l%it de ma cou$inf , .était sur le point .d'épamer un îdufie femiîer de SaiB«-Xô. Cette jeune i^lle , à l'appr^c^ç <fe ses noces , Tendait deMlréi|i2ente$ visites à Laure, q^î se iJ^ùsait une iftande affaire de prëajkl^ gu trou^s^au ,et à la toilette de Ig i$mvim* Un mxv^ ïbérè^ Delorme, revenant de^eli^z LaBi^e.ayec Jea» MoHn^ «on pré* tendu, ne^^eontra jh^ frère* Elle lui dit que maà?^ woiselle Laure l'avait cliargiée dé Je. saluer « Guillaume, à ce .mot si simple, .rou^t ^et a^upirg^ « jSiiiH;|[i , mon i< fcère, continua Tjbérèse , . que inadl^mpi$elle Laitu'e <t&itle plus gi:and.ia& de toi; qu§ c'eft toujours sur 4r^oi que rouleût tAm no» ei^eti^s? Slle^t'en « vent [pourtant. 35lle. se plaint de cç ^h^ tu t'ob- « istine» À vouloir lui lairç épouser son oopsin £u- ^ gène. .» -rr « Mdh^m^x JSf^^^àl dit ;GuilIaume i
*ff de' quel bonhmir il s'eat privé! » -^ ik C'est bien » vrai $ monsieur Guillaume, repiil le jeune Moiûn; ce viais sav^rivous.ee'que jejContaî^ à l'instant noblme JK à inad^Boi&elle l^herèse? C'est* qine bif»i des |;en8 « idaos voire pç^ition, avec votre m^ip et yptré ri^ «' chesse , fine -seraîenl: pas «i dupe$ qvL<^ de s'occuper des
, ic ^taéréts d'un autre^ ^ v^ v. Que dites^vous;, s'écria « Guillaume Pi» *^ a Je. dis^ répUifUii JM^prija 9 ipi^ je « vois bien des chqms qiie vous d^vriej^ voir ,vous*
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« même. Je dis Ijae mademoiselle Laure est toute «joyeuse depuis votre retour, qu'elle n'a de chagrin « que quand vous lui parlez de votre ami Eugène, et « qute , ma foi , si j'étais à votre place , je ne bafguift gnerais pas à parler pour mon compte. Est-ce que « vous ne valez pas le meilleur gentilhomme? Madère moiselle Laûre mériterait d'être princesse ; niais son « p^re n'étart-il pas aussi roturîéV que vous ôt moi? » Guillaume voulut plaisanter sur cette belle îdéèdc'son futur beaurfrèr^, puis il répondit fort sérieusement qu'il y aurait de fa folie et de la sottise à lui'de penser à une femme comme madeitioiselleLauFe.
Thérèse rendit compte à lidure d'une partie de son entretien* avec Guillaume. Laure sembla l'éciofuter avec plaisir, fit de grands éloges. du frère de Thérèse; celle- ^ ci ne manqua "i^ias de les répéter à son frère, et elle continua de rapporter aiifsi naïvement à Guillaipne ce que disait Laure, à Laure ce/jne. disait Guillaume.
Madame Louvillè apprit cette petite manœuvre <ïe "Thérèse. Elle fut surprise de ne pas se sentir irritée autant qu'elle aurait >5m devoir l'être. JElJe avait tant r d'estime pour GùilWme ! Gtiilkutne s^était montré si délicat' avec elle en traitant dé sa. manufacture! -Ma», mère en apprit atisâi' quelque chose. Elle se, bâta de ra'écrire , et me pressa bien plus vivement de revenir, ' Il me parut .si ridicule qu>un petit paysan comme Guillaume se permît de Içver. les yeux sur une femme qui m'était destinée j que j'en plaisantai beaucoup avec Beauclair. Je répondis à ma mère que je n'étais. pas effrayé ^es prétentions de M. Guillaume; que, si ma cousine consentait à nï*oublîerpQur le fils de mon fer-
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mier, j'étais loin de m'oppfoserÀ c^plk'illant mariage; mais que, malgré mon extrême modestie, je ne pouvais me persuader que ce fut Quillaume dont ma cousine eût attendu le retour.
Ma mère «ut l'imprudence de montrer ma .lettre à Gaspard, et bientôt cette malhei^reuse. lettre parvint à la connaissance de Guillaume , de Laurê et de sa: mère. Nouvelle ru|>ture çntre ma» mère €^ ma tantCi
Heureusement le procès ne recommence pas ; mais madame Louville, toujours trèfr-vîv« dans ses résolutions, , M hi^n moins vaine de sa noblesse que mbn^père , dans .un moment de 4ép,it contre nia mère et contre moi, ^'adresse' brusquement à mon cousin César :« Est-ce ' (c que vous croyez, lui dit^elle , que Guillaiûne ne yàut «.pas cent fois mieux que vQ):re cousin Eugène?)) César, , a cette question , s'étonne , sourit , soupire ^ puis il prend,. sa canné et son chapea^^, et sort, en se conten*» ^t de répondre que' déficTîtiyemmt il ne veut plus se ^mêler des affaires d'autrui»
Guillaume, le soir même, va trouver César; il a l'air
^sombre, agité : « Puisque Eugène ne veut pas faire le
« voyage de Çoutances ,' dit-il , n!ést-il pas de mon de*
.«voir, à moi, son ami, son véritable ami,, de faire le
« voyage de Paris, non certes pour lui chercher que-
« relié à l'occasioh de seà lettres ,- <jui m^ont affligé,
« mak qui ne in'gnt pas; irrité; car je .ne les attnbue
,<f. qu'à sa mauvaise tête et aux dangereuse amis dont il
ic est entouré ; mais pour l'arracher à ces faux amis ,
« et le ramener auxf ieds de Laure? » — « Généreux
«c jeune homme, » s'écrie César, en le regardant d'un
air attendri ; puis il s'interrompt et se CQntente de dire
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à Guillaume qi4|||ie veut pas lui donner de conseils. « Il en est un , dit Guillaume , que ¥ous n'avez c^sé de ^ me donner idepuis mon en£uiGe{ c'est de suivie tou- ^ jours ce que l'honneur m'inspire. Je crois entendre ce ce que tous attendez de moi f je pars. » En effet , malgré les affaires. impoctantes qui le retiennent, ^ûil^ laume ae di^iose à partir. '
Toutiài^coup Je bruit ae «répand à GoulJMices que je vais ijoe marier à Paris. Suivant l'usage de toutes les noturelles, ce brait se lbrlj€e,se grosèit. Ce n'est déjà plus un simple projet. Les^ £emmes qui oift eu quejk[uçii })oiites pour moi, les jeunes gens qui fiirent ines ca-^ marade^ de plaisir , et sur«tout M. Dolignac, qui m'é domié des leçons dans l'art de séduire , et qui est devenu Je plus intrépide nouvelliste ^e la petite viUe de Goutapcesypoiit persuadés et' disent à toos ceux qui. veulent les entendre que je suisniarie^bieil légitimement marié , que je me suis vu contraint à ce paiti par les parents d'une jeûne personne que j'ai trompée. Ma mère m'af^rend ce bruit ridicule» Je cherdie qui peut i'avoir fait naître. Est^i^^OmUaimEké, qui croît, par cette invention^ avancer ses ^affaires? STon. fc sixis assek juste encore pour l'e^ croire kicapaUe* Ifestrce pas plutôt l'effet de quelque inconséquence de Carpline ou dé. sa mère? Que dis^je? inooaséquenee! C'est une iti'* brigue adroite pour m'amener à ce qu'elles ont l'audace d'espérer. Furieux , je comrs chea Caroline. Je ae ti¥>uy e quesam&:e.
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