CHAPITRE in
Eugène /àU un vojtqge en Normandie.
A! la manière violûute, dont j'intèrpdiai la mare de Caroline , sans lai dire positivement ce qui me mettait eafttceur, yé la vis &afirayer, pâlir. Elle implorait, les Wmiss an3c.y«uxy le pardon de sa fille et ma gétiérosité* it crus voir, dans son trouble la preuve que le bruit ridicule' da mon marîage ne venait que d'elle et dé.sa.'fille. ta Aiiyi dcyac je suis votre joûet^ m'écriai-je; fc ipielle .imprudence à vous de vous ^fe permis une M paretlk fausseté 1 » -^i- « Malheureuse enfant, répony « dit cette tendre mère ! je te l'avais -«nnonoé^ M. le « barén a trop d'esprit jM)wr 4tre lopg-temps dupe. A £t fraodiemeat, «monsieur, jem'élonne que Vous ne a voua soyfiz pas aperçu.pius tot.dé la vérité. Mais ce «^mensonge mêm6>ii!est<-il pas une preuve de son ex* «c.œssif amour pour vous? Sans eela vous nous éehap- :« piêz. Au suçplte,. «aujourd'hui même nous devionsr «c «ous découviir la chose. P^t wn ciel que Caroline se xc trouvât daiis l'état où vous l'avez crue , et que moi « je^me visse bientôt dan& le cas d'être grand'mère ! » — .«:Qi|e dites- vous ? m'écriai-^je encore plus Airieux, a CaroUne n'est pas enceinte ! » -^ « fih ! non , monte sieur , die ne l'a jamais été ; c'est un pioma^t dHnflc spiralion, qui lui est venu subitement pour vous « retenir à Paris. » — « £h ! quoi ! c'était un men-
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a songe?» — «Eh! quoi T reprit- elle toute confuse , ce n'est-ce pas la détouverte de ce mensonge qui vous a irrite ? » Ici Caroline rentra ,> suivie de plusieurs porteurs. Elle venait de faire des emplettes considérables à mes dépens. Je ne sais s'il n'était pas question déjà ' de la layette de son en&n,t. . . -
Je r%ccablai des plus cruels reproches. T^int que je ne lui parlai que- du conte qu'elle m'avait £ût et dont j'avais été dupe, elle les reçut 3'u» air contrk et rer pentant; elle se sautait dan^son tort. Mais dès que j'en» vins à la nouvelle de spn mariage «vec moi , qui était parvenue à Coutances , elle reprit son air jligne , son ton impérieux. Elle me jura qu'elle était étrangère k ce bruit ; qu'elle n'était pas faite pour employer de -jpareils «moyens ; et la mère , avec une franchise assez brujtale , tout en m'assurant qu'elle n'était pour rien dans h nouvelle y me demanda ce qu'elle avait de si étrange , et si J€ me cmûrais déshonoré d'épouser sa fille. Il résulta 4^ cette, question la scène la plus vive entre Caroline et moi. Je me permis quelques mots de mépris ; elle se récria. Je répondis par de nouvelles insultes. La mère, qui crut.yoir que j'aUais lui échapper, passa de son parti dam le. mien : elle allait ainsi de l'un à l'autre, pleurant, se désespérant ^me donnant tort , donnant tort a sa fille ; mai» il lu^ fut impossible de nous réconcilier. Je sortis en jurant de ne plus revoir Caroline , et m'en croyant détaché pour toujours. C'était Gaspard qui avait répandu ces faux bruits de mariage : il* gémissait de voir nçitre procès .terminé*; il sentait que si j'épousais ma cousine , il serait bien moins maître de ma fortune. M. Gaspard n'était plus
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aussi bien avec ma mère, mais il se consolait en pensant que, depuis ma majorité, son empire sur elle était bien moins nécessaire à ses petits projets. II comptïtit sur mes extravagances et mes besoins d'argent. Je n'avais pas révoqué le pouvoir que je lui avais donné de vei^dre une de mes terre» ; il me, cherchait
« toujours sourdement un ^^uéreur. Au moment où je le choisis pour mon întmidant , (^aspard nWait pensé , je crois, qu'aux émoluments dfe sa place, et peut-^être à qitelques petits^ gain»^ illiclte^^ dévolus de temps iinmémorial à messieurs les intendants ; mais bieiitot ,
. vo^rant mon amQur pour la dépense et la facilité de ma mère, 41 avait âemti âon ambition s'agrandir. - Ma querelle ayec Caroline m^avâit rendit tout mon amour pour Laure. En rentrant chez moi, je trouvai Duvecdier qui m'attendait. Il se promenait poisif dans mon salons II m'aborda xl'itn âir grave : il désira que nous fussio^ seuls, iL avait d'kQporlantes nouvelles à jne communiquer. Je fis-.dÉFendre ma porte;: je le priai de s'aiseoir. « Mon chei: monsieur de Senneville , me a dit Duverdier , avant d'être votre ami , j'étais celui « de Guillaume Delorme'; je le suis encore , et je vous « avoue que je 'me trouverais- fort embarrassé entre « vous deux «aujourd'hui,, sans la franchise et la noce blesse que Guillaume sait mettre dans toutes ses ^ actions. J'aime à me flatter que le petit nttage qui , «r^lepuis quelque temps, s'est élevé entre vous, ise .« dissipera comme oeux qui , dans votre enfance, ont «c quelquefois troublé vdtre amitié; car il est impos- , « sible, d'après votre conduite, que vous songiez encore « sérieusement à devoir PépoUx de mademoiselle Laure
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« Louville, yotffe coiusine* >>: — « Pardonnez-moi , lui dis*- « je ; j'y songe enoore , et très^sérieusement. » — « En «c ce cas , je yoiis plains ; Guillaume est votre rival. » — « Je le -sais. » — '« Il a déclai^ son amour à vQt|:e cou- « sine. » — « Vraiment,*, nepris-je d'u» air r$iilleur ; «BKMisieur Cdillaune a-»l-il déclaré ^on amour? ^r— « Et sa rtcherche est agréée p^r mademoiaelle Eaiare et « par votre tante.» --^«Agréée-par ma. tante, 3>4n'éQriai^ je en me levait avec vivacité f f Cela ve se piçut pa$. » — ^ te Cela se. peut, reprit Duverdîer. Caîme^-vous, et « daignez m'écouter. Guillaume , depuis $a plus tendre flc «xifance, éprouve une vive pass^>n pour votre cou*- (c sine. Oui, monaeur; et pour. ma ^m^t je dois m'en. « «^Miciter : suas cette passion secrète, au lieu de $oa«* ce gar à, me Élire épouser la femme qui me rend. heur «creux, mon ami l'aurait épousée lui-même* U avait «^ien ^us de dj[v>its que mol sur son cœur,
<<c Quai^ bien mèipe. la naissance et la fortune nau^ « raient pa^ mis entpe GuiHaume et mademoîâeUe Lou- €c ville une distance qui semblsât impossible à,fi?aiBi:hir ^ « il aur^t suffi que sa main vous fût destinée pour ff que Guillaume employât toutes ks JG(^rces de son « ame à surmonter «a passiim. C'est par ràisos^ que Guil* « laume n'a pas Youlujrévéler à ses.plus çfa^jisparentsla «ceause du noir chagrin qui le dévorait il y a cinq ans; c( c'est par raison: qu'au mwmient oit vous alliez éponger « Laure il s est ex{liatrié; mais depuis que sa bonne ccn^ ff duite et la fortune ont rapproelbéie^distanQ^; depnia <rque mademoiselle Laiu^, irritée -oonire yOm^ a de* u daré que jamais ell^ ne vous épouserait ; depuis son « retour enfin, c'est p<^r7âimtié<que Guillaûsate .vous a
a pressé de reve&ir à Coutances. Il brûlait d'épanchev « spn ame dans la vôtre. Guillaume ne se fait pas plus «généreux qd'^1 n'est : s'il avait crtiv^ir que votre pré* « sence ramenât Laure à dèà sentiments plus fisk^vorables ' ft pour vous, il aurait eU' la force de 's'immoler à votre « bonheur ; mais si Laure avait persisté , comme elle a persiste encore dans 8&^ refus de vous l^user, il <c n'aurait pas cru devoir à l'àinitié le sacrifice inutile <c de sdn amour. Vous avez rejeté. ses consuls; Vdtts .« avez rejeté leà prières et les onfres de votre mère ; <f p'ouvez-vous faire un crime à Votre ami de rechercher « un bïeû que v^us sembler dédaigner ? » — ^ « Oui, dis- (c je, c'est un crime, c'est une ti^hison. J'ai des droits, «c des droits sacrée sur la maiii de:Laure. Ingrate £aure! , «Perfide GuiUâmftie! » — « Guillaume perfide! » s'écria ^Duverdter en se levant à son tour, et s'emportant comme il avait coutume de s'emporter à l'auétence , quand il défendait une bonne causef*, « M. d». Senneville , j'ai «laissé passer la manière peu décente dçNSt vous avez « pài4é de mon ami dans^ le ^commencement de cette « conférence ; . mais je ne souffrirai pas qu'on le traite « de perfide. Guillaume est un modèle de dâicatesseet à de générosité. SacHez que malgré^son aiiioui^, malgré « tous les niotifs qui devaient l'âiiimer eimtre vous , il é voulait venir vous chercher à Paris ; que son père , . « sa mère et sa jeiqie simir ont cu^beaudoup de peine « à le retenir. Sachez que, depuis son retour, sa sœur, « et tous ses atnis rie cessent de lui répéter qu'il est iule « dupe de s'oublier pour un «ngrat qui, d'ailleurs, ne «profiterait jamais de son sacrifice, puisque votre « cousine Laure aimerait mieux rester fille toute sa
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«c vie que de vous épouser. Sacitez que c'est sa sœur « qui , de son chef, a supplié votre cousin César de c( s'intéresser à son frère et à mademoiselle Laure, qui ff s'aimaîènt sans vouloir se le dire, et qui sont faits -pour « être heureux ensemble, Voilà ce que me maiide ce « monsieur César. de Senneville, que je n'ai fias Thonce neuc deH^nnaitre , 'mais qm me' parait un homme (( d'esprit et un honnête homme^ Lisez sa lettre. Vous ' ««y verrez que c'est lui qui, le premier alors, a parlé <i à madame Louville , à sa fille , à Gc^Uaume. II a in* « terprété les discours, levé tes obstacles.^Tant pis pour ic mon cousin Eugène, me marque-t»i|; mais au moins ne « peurr^-t-il s'en prendre qu'à lui-m^edu bonheur de a Guillaume; et, comme il vous ainie encore, ce brave ce* homme me prie de vous apprendre ees nouvelles avec <r ménagement et de vous porter toutes les consolations « de l'amitié. C'est ce que j'ai fait, et j'étais loin de m'at- « tendre que, pour prix de tnon zèle , vous Vous permeta triez d'ihsulter devant moi mon ami. » — ^ «c Que le diable, ce emporte mon cousin le bossu , répondis-je à Duver- (c dier! je n'ai que faire de ses consolations ni des vôtres. <t Le voilà donc cet,homm« qui promettait de ne plus se « mêler des afFaire^^ autrui , de ne plii& vivre que pour « lui seul! C'est pour me nuire, c'est pour «ervir Guil- (( laume qu'il manque à «es résolutions philosopliiques- (< Mats, morbleu!' je saurai bien rompre leurs odijàux ce complots icontre moi. Ce fatal mariage n'est pas en- <c core fait. Je pars ; oui , je pars à l'instant ménie. 1» £ln parlant ainsi, sans, vouloir écouter Duverdier, sanâ réfléchir .combien j'avais mauvaise grâce à me croire quelques droits sur une femme que j'avais indignement
abandonnée, sans perdre le tetnps'en prépai*atifs , je volai moi-même à la poste. La colère de Duverdier avait Élit place à la compassion, a "Pauvre M, de Sen- «nèville, m'avait-il dit, vous arrivereas trop tard! Je (c vous plains; mais je ne peux m'empécfaer de mé^ré^ a jouir pour Guillaume. » : "
Je courus jour et fiuit. J'étais ^eul dans%ia efaaise avec Dupté. On a déjà pu voir que, grâce à la faiblesse de mon caractère, celui (j^ui avait aflaire à moi trouvait fax^ilemçnt h moyen ée me faire penser, parler, agir comme il voulait. Ce que j'étais par faiblesse avec les autres, M. Dupré l'était dvec moi par souplesse et par ffatterie. H me secondait dans mes imprécations contre Guilïaume et contre* Laure. Il ne concevait pas qu'une demoiselle bien née, comme mademoiselle Laure, fût si pressée de se marier, et ne se donnât -pas la peine d'attendre Mi le baron. Mais c'était sans doute une fausse nouvelle ; c'était une ruse imaginée par madcr moiselle Laure pour faire revenir M. le baron auprès d'eflle. Je devais lui en savoir gré, ne pas craindre la rivalité d'un paysan; car, malgré son latin et son orgueil , M. Guillaume Belorme n'était toujours qu'un paysan. J'écoutais avec complaisafice ces beaux discours, et lorsque j^arrivai à Coutances, j'étais persuadé que j'étais aimé , adoré de ma coiisiné.
Cependant je vois presque tous Içs habitants parés comme pour un jour de fête ; toutes les cloches sont en branle ; ma. chaise de poste ne peut passer sur la' place de la cathédrale; je n'ai jamlais tant vu de carrosses à Coutances. Les cochers (Hit des gants blai)e« et des bouquets; tous les laquais sont en livrée. Je m'informe :
ao
c est un double inariage-qu'on célèbre à Tinstaiit même où j'arrive ; c'est monseigneur l'évêque de Coutances qui donne lui-n^ense la bënédictioH nuptiale aux jeunes époux. Et quels sont ces époux ? Jean Morin , fermier . dans les environs de Saint «Lo, qui épouse Thérèse Delorme , et le riche ipanufacturier Guillaume Delorme qui épouaelar jeune et belle Laure, fille unique de la riche madame Loùville. Voilà çç que me c^it la première ' persoQi|e que j'interroge, et j'aperçois les deux noceÀ . qui: sortent de l'église. Je m'écrie, je m'élance' hors dp ma chaise, plein de rage;. je cours au-de^»nt de Laure et de Guillaume , que je distingue à leur parure et au nombreux concours dont ils sont entourés. Mon cousûi César m'aperçoit, me reconnaît. U m'arrête, me saisit fortement. « Ou vas-tu , xpalbeureux^ mé dit - il , suisc( moi , vienà... » Il m'entraîne. Éperdu , hors d'haleine , épuisé de fatigue , je me laisse l'econduire à ma voiture. Il y monte avec moi ; il est le seul qui ^'ait vu , qui m'ait reconuu ; tous les autres n'ont dés yeux que poui^ la noce et les mariés. Pour que personne n'aprenne mon arrivée , César ^ige que Pupré reste avec nous^ dans la chaise de poste ^ et il dbnne ordre au postillon dé nous, conduire , par des chemins détouf nés^ au château de ma mère. <
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