Tome IX. a a
César ^krent-ils tous leurs i^otts pour s'opposer à leurs iniquités ; Gaspai^d' étail en règle , Oaspard était ^ 'maîl^e. Jç ne Toulaîs plus recevoir de lettres de Guil- *}aUitfe. Gaspard , tour-à-tour liypocrite et insolcÉit £^yec Mes amis , les trompait ou se mp^^a^ de leurs plaintes. Ce fut ent.vàin que Duverdier , instruit-par Guillanimey /essaya de m'ouvrir les yeux. Tairais chargé de mes in- . taréts à Pat*is un procureur habile qui mjavak été indiqué par Beauclair , et qui me i^usait payer fort cher quelques provisions q^^ obtenait de med créanciers ^ ou quelques' sentenees/ihutiles conA'e quelques-^lis de mes débiteurs qui n'avaient rien. :
Yoilà donc le feu dans làa fortune/^^aiç consolais^ en pensant que Mathelin me ùàssâlt valoir des sbmmes considérables; et pour Véparer le vide que i;ne caqsait la saisiede mon revenu , je n^'ayi^i de ftue ïirper avec ardeur au trente et quarante. Mais'j^avais.beau caîculei* avec soin les moments où je devais jouer avec pi^dence, ceux où je;devfûs( jouer avec témérité, il s'en &Ilâit que je fusse aussi ifieureux au jei^ que mon ami 'Beauclair. J'y fis 4es pertek énormes. • ' ^
Je m'étais ^ardé;de dire à CarolineTembarràs où je me trouvais ; mats vées «sortes de femmes sont da^ voyafites , et ^ s'il m'est perikûs de me servir d'à cette expression,, elles fllairent de i;<%s<tloin les fortunes tpii comniencent et celles qui finissent. Dé^ I'^ né cherché piviÉ à -me parler de'mariage. On. me reçoit l»ien encore ; tnàts les protestations de reconi^aissanee^ ont remplace Jies s^rii^ts d^mour. Kentôt On regrette Son. état; on se fait celer^quand on me voit- venir} on a la mf^ésâne quand oq n'a pas pit *se dispenser
ET GUII^I^AUMÇ. 339
de me laisser entrer. Le^ directeur des tbçâtres de )a .foire* ^e l^rf^ve à Pans avec tput^ sa troup^e ; on revoit le petit Florimpn.. AjEalgré mes prières^ on sobstine à le recevoir, et qudiid je me fâche, oiim'acçusé d^être un tyivui avec Jequel il estjimpossiliIe.de yi^re. Par une suite de ma malheureuse étoile u c'est au moment oi^, Caroline cesse de m'aimer que je reprends Ipôur elle tout mpn apiour. Mais non ^ j'ai tort de dire ' que c'était Tampur <iui m'attachait à celle , c'àai): )a vanité. Je pie ser^.s#enti I^uip^ié s'il eût il^Uu.in'^qmBr . à^moiriûêine quç je n'avais jamsiis été aimé que pour ^mpn argent. £t CepeDdî^nt. c'est à force de libéralités qui^ je cherc)iais à regag^ner son cœur; je n'attendais pas qu'elle eût ûi». c^rice ; j'appliquais mon nénie.à deviner ce qui pouvait lui pUire ; et quelquefois j'avais ' Jlé chagrin de l|i v0ir accepter avec> insouciance où re* jeter avçc >dédaii; les cadeaux que j'ét^i tQut glorieux 4e) lui offrir. / - H^ .
. Un jour. je me présent^ chez elle^ je ne peu]|:^yoir que sa mèrej après quelques reprbch^ mei»irés de la ' conduite de Caroliiie à mon égard, ç'ei^t moiqui^le premier laisse entrevoir que je ne serais pas éloigné d'en venir au mariage , et j'ai la honte de voir qu'on ne veut pas.m'enteâdrç« Cette lionne mè^e me plaint» cherche ^ me consoler ; . mais . elle craint que ^a fille n'ait une snutre inclination. £11^ professe toujours pour n^ol la, plus.profçnde estime j^ . mais il ^^çst natufelque sa fille ^opge a^on sort^ au iprt de sa femille. Que^ i:éponâre à qette^epdre , mèçe ? Je»la' quitte fié^espéré^ rougissant de moi-4néme;'et, le croirait ^on^pje m^bstine à forcer CarpUne de ^'aipo^er de nûiiyeiu.
34o EUGENE
Je vais chez A^alhélin,' je.veux prendre une j>^rtie de mes fonds, et je. cherche quel riche présent pourra toucher Caroline. QueUo«est ma surprise! quel est mon désespoir ! Les scellés sont mis parloat. Mon ami MatheKû , trouvant qtie ses spéculatiiHiSu né le mentent pas assez vite, venait de ^e ménager une banqueroute. Un homme d'affaires , muni/ de sa procuration, était .chargé (Je. faire des prc^ositions à ses créanciers. En attendant que ses- affaires s'arrangeâ(3seot, Mathelin avait vjugé prmdetit* de . se réfugier len Hollande. Cette fo^s, j'eus le bon esprit de ne pas^ m'adresser .à mon , procureur^ . II y. avait long-temps que je- n'avais vu Duverdier. Je courus cl^ez lui ; je lui racontai ma situation avec Matheltn. Il m'épargna les .reproches , et , tremblant, que mon procureur ne m'achevât,, s'il le laissait s'en mêler,' il se chaj*ge^ de défondre jnes intérêts. à rassemblée des créanciers.' -
En rentrant cnez moi, je trouvai ce, joli petit billet
de Caroline c
' 4c Mon chep- baron, ma mère vient de me dire les te hotforables propositions que vous Ifii avez faites. « Blaignl^z-pioi de ne pouvoir les accepter. Je vous ai a tendrement aimé^ mais il serait affreux à moi de <r voiis trompeh Je crois que nous ne serions pa$^ heu- (c reux^nsemlile, et j^ serais coupable d'au^enter vos « dépenses , quand vous atez besoin des plus grandes «.économies. Ne vous donnez pas la « peine de vous représenter chesmoi ; ce spir mêiie'je change- de lo- « gement, et je crois inutile de vous donner l'adresse <)c de celui «{W je vais oecuper^Adieu^ mon cher baron.
/ ET GUILLAUME. 34i
« Croyez-moi , je n'oublierai jamais les doux moments «*què j^ passés avec vous. A défaut d'amour, compile tez sur la sincère et constante amitîç de votre Ca- « roline. » " . ' * , ^
' .« Ma Caroline ! » ni'écriai-je , en froissant la lettre en- ' tre mes mains. <k Ah ! U perfide , l'ingrate , l'odieujse cwa- « tift'e ! elle me coûte ma fortune ; la femme qui m'était ce destinée^ », Je roulais dans tna tête milles projets de vengeance -6t de désespoir. Le, lèndejnain, j'ifpprîs ^ue Caroline s'était arrangée 'avec un évêque à qui Ajiadame la marquise de iPoH^padour avait fait espérer la feuille des bénéfices:
^ La ûuit avait apporté ^quelque calme dans mon es* prît. Il fallait bien que je cessasse d'aimer Caroline, Puiflque ma fortune ne me permettait plus d'çn être aimç. Que dis-je ? là gêne se fait seûtir ; j'eptrevpis déjà l'affreuse misère' qui s'appi^oche. Técris à Gaspard; il faut qu'il m'envoie de l'argent; la, réponse est encore humble et affectueuse. Il me plaint, il s^afHige^de xnes malheurs. Mais Delorme venait de céder èk ferme à son' fils Pierre, et s'était retiré près de Lfiure et de son fils aîné. Ce jeune fermier , avec la meilleure volonté , ne pouvait plus' me faite d'avances, ne pouvait pas même me payer 'les teitees échus, puisque tout était saisi. Dans ces circonstances , Gaspard se soigne pour ^oi* Ce n'est phis mon argent qu'il me fait passer^ m'écritil, c'est le sien^ c'est le fruit de ses[ économies quHl s empresse de me prêter, et voilà mon intendân^f qui devient mon créancier! ''
Peu m'importe. Les fond^ que je reçois %orit une res-
source. Je joue; je continue tfêtre poursuivi par le malheur, et Duverdierv m'annonce qu'il faudra tùe regarder comme très-heureux, si je sauve un quart de ce que j'ai placé chez Mathelin. Cependant je ne voulais rien retrancher à mon luxe. J'ai encore ^des laquais et un carrosse. Mais je ne peux plus renouveler hies livrées , et je suis obligé de prendre des phevaux de louage. J'ai la vanité de 'rassén4)ler quelques amis à déjeuner; le repas est mal servi, et j'afiecte d'en rireî ma joie est bruyante et d'ostentation ; pour m'en donner une réelle, je m'enivre de inauvai's yin de^traiteur, je me n/ets au jeu avec fureur , et l'orgie s^ poUsse bien avant dans la nuit. Le lendemain , pour payer la^ débaUclie dela^veille, il faut mettre mon argenterie eii gage. Mon, mobilier disparaît ainsi pièce à pièce. Mon cocher ^ (jui perd ^on état s'il maigrit , est Iç premjet de mes gens qui me quitte ; mes laquais suiveiit son exem* pie, et M. Dupré, mon fidèle valet de chambre, a prié son protecteur Beauclair de lui chercher une nouvelle . condition. . * / '
J'étais rongé de dépit et de rage ; je passais tristeibent ma vie dans les cafés et dans les maisons de jeu ; je parcoîirais ^ pied lès nies et les^pron^enades He Paris , et ce fîit alors que je connus tous lés tourments ^de l'envie. Ce faste c(ue J'^ai eu, que je n'ai plus, jet que je vois chez les autres , est un spectacle insupportable , et dont il m'est impossible de détourner la vue: Que je souffrais, quand je vpyais.les joueurs risquer des monceaux d'or y et ique j'en étais rédmt à glisser timidement' le dernier éôu qui me restait! Ce futsur^-tout un moment bien cruel pour moi , que celui où j'aperçus
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Caroline allant à Longchamps, un vendredi saint y dans un char magnifique. Je n'eu^ que le temps de m6 cacher dans. la foule des piétoihs,^ p6ur n'étrç pas reconnu par ses U^ais.
r FIN nu TROISIÈME ^lYRE. * '