XVI. — Construction
On trouvera au Lexique^ particidièrement dans les articles consacrés aux relatifs, aux. prépositions, aux conjonctions, maint exemple de constructions remarquables que nous ne rej)roduisons pas ici.
1° Place du sujet; inversion :
Nous n'avons à donner de cette sorte d'inversion que des exemples tout regidiers, les uns du tour interrogatif qui rend l'idée de si :
Une troupe de masques entre dans un bal : ont-ils la main, ils dansent (II, 247);
Heurte-t-on à leur porte pendant qu'ils dînent, ils sont attentifs et curieux (I, 4'-)i
Les autres du neutre //, représentant, en tète de la ])lirase, le sujet rejeté a])res le verbe :
// s'avance déjà sur le tliéâtre d^ autres hommes.^ qui vont jouer dans une même pièce les mêmes rôles (I, 336 et 337):
// se Ht.... dans ce traité des phrases qui ne sont pas acbevées (I, 3i) ;
Ils ont fait le tbéàtre, ces empressés.^ les macblnes, les ballets — (I, i34.)
a» Place des régimes :
Les quatre premiers exemples qui suivent nous oftii-nt une construction, fort usitée aujourd'hui comme autrefois, qui est l'inverse de celle que nous venons de voir ])our les sujets. Le substantif j)récéde et un pronom le représente, comme régime direct ou indirect, auprès du verbe; nous avons déjà donné plus haut, p. i.xr, 2°, deux exemples de ce tour.
Ces mêmes modes que les bommes suivent si volontiers pour leurs personnes, ils affectent de les négliger dans leurs portraits. (II, i49-)
■Lxiv LEXIQUE DE LA BRUYERE.
Un homme de mérite se donne... un joli spectacle, lorsque la même i)lace à une assemblée, ou à un spectacle, dont il est refusé, il la voit ac- «•order à un homme qui n'a point d'yeux pourvoir. (I, 3 21.)
De maximes, ils ne s'en chargent pas ; de principes , encore moins. il, 359.)
Des fables, nous en sommes au huitième livre. (II, 478.)
Qui, d'un homme ou d'une femme, met davantage du sien dans cette rupture, il n'est pas aisé de le décider. (I, 201.)
Dans cette dernière phrase, le tour est semblable, mais le pronom le j représente toute une projiosition i)récédente servant de régime à décider.
Inversion du régime indirect :
De bien des gens il n'y a que le nom qui vale (i/c) quelque chose. (I, i5i.)
Qui a vu la cour a vu du monde ce qui est le plus beau, le plus spécieux et le plus orné. (I, SSy.)
Construction des pronoms, régimes directs ou indirects d'un infinitif qui lui-même iléjiend, soit d'un autre verbe, soit de la préposition pour accompagnée d'une négation :
J'espère toujours qu'il les pourra vaincre. (I, 372.)
Le lecteur peut les condamner, et l'auteur les doit proscrire. (I, 106.)
Je ne le puis souffrir. (I, 87.)
Il faut encore le vouloir faire. (I, 108.)
Se voudroient-ils donner pour irréprochables ? (I, 269.)
Tel homme.... ne se peut déiînir. (II, 18.)
Je ne sais.... comment se peuvent conclure les mariages. (II, 20.)
Les objets qui lui pourroient nuire. (II, 268.)
Un fils qui lui vient de naître. (I, 73.)
L'on n'en peut plus douter. (I, 82.)
Celui qui en est le maître (d'une maison) et qui en peut disposer. (I, 45.)
Montrant à ceux qu'il rencontre ce qu'il vient d'acheter, il les convie en riant d'ew venir manger. (I, 67.)
Il y a des endroits dans l'Opéra qui e« laissent désirer d'autres. (I, i33.)
Dans la 3° édition seulement; dans les autres : « qui laissent en désirer ».
xiitre continuellement aux prises avec soi-même pour ne la pas craindre (la mort). (II, aS.)
Il a.... besoin d'efforts pour ne les pas trop dédaigner. (I, 169.)
3° Place des adjectifs et des adverbes :
On passeroit en d'autres diocèses pour être hors de la portée de leur
voix et de leurs familières instructions. (Il, 223.)
Commander de vieux et expérimentés capitaines. (I, 383.)
Je viens d'entendre.... une grande vilaine harangue. (II, 441-)
Elle est.... de celles que l'on appelle des éternelles vérités. (II, 274.)
Ils estimoient impraticable à un homme même qui est dans l'habitude
de penser, et d'écrire ce qu'il pense, l'art de lier ses pensées. (II, 44^-) Les stoïques n'ont presque relevé aucun de ses foibles (des faibles
de l'homme). (II, 4-)
Voyez., au Lexique, les articles Seul (les deux derniers exemples), Seulement, Soc-
VEMT (le 1^'' exemple), MÊME (p. 224, /. l3).
4* Place des pronoms relatifs et de où^ que^ conjonctions :
Voyez, au Lexique^ Qui, Que.
Une femme survient qui n'est point de leurs plaisirs. (I, 277.)
Ce temps arrive, qui nous surprend encore dans les désirs. (II, 19.)
C'étoit.... un contre-temps de demander sa part prématurément, et
lorsque le festin étoit résolu, auquel on pouvoit même être invité. (I, 60,
note 2.)
INTRODUCTION GRAMMATICALE. lxv
Une personne de mérite..., est une fleur qu'on ne de'signe pas par sa couleur...; l'une des grâces de la nature...-, (jui est de tous les temps...; que nos pères ont estimée...; à qui le dégoût ou l'antipathie de quelquesuns ne sauroient nuire : un lis, une rose. (II, i45.)
II.... va dans la rue se soulager, où il est mordu d'un chien. (I, 63.) Faire beaucoup plus apporter de vin dans un repas qu on n'en peut boire. (I, 6i.)
5° Rejets plus ou moins remarquables :
II.... ne paroît guère dans une assemblée publique qu'avec une vieille robe et toute tachée. (I, 71.)
Il fait déplier sa robe et la mettre à l'air. (I, 372.)
Pour peu qu'il y fasse languir quelqu'un et se morfondre. (I, 247.)
6" Appositions de participes et d'adjectifs :
Ce qu'on ne voyoit plus que dans les ruines de l'ancienne Rome et de la vieille Grèce, devenu moderne, éclate dans nos portiques et dans nos péristyles. (I, 117.)
Je ne rêve du matin au soir que.... à lui rendre ses études moins
amères, prévenu d'ailleurs que ce sont là vos intentions. (II, 484-)
Sans une grande roideur et une continuelle attention à toutes ses paroles, on est exposé à dire en moins d'une heure le oui et le non sur une même chose ou sur une même personne, déterminé seulement par un esprit de société et de commerce. (II, 96.)
Ménalque est surpris de se voir à genoux sur les jambes d'un fort petit homme, appuyé sur son dos, les deux bras passés sur ses épaules. (II, g.)
Appuyé, etc., se rapporte à Ménalque.
Poussé par le jeu jusques à une déroute universelle, il faut même que l'on se passe d'habits et de nourriture. (I, 270.)
Les cîiflicultés où les commentateurs et les scoliastes eux-mêmes demeurent court, si fertiles d'ailleurs, si abondants et si chargés d'une vaine et fastueuse érudition. (II, 2o3.)
Pour les appositions de substantifs, voyez ci-dessus^ p. xxxv et xxxvi.
7» Changements, interruptions et rae'langes de tournure, anacoluthes :
Voyez ci-dessuSj XII, Régime, p. lv-lvii.
Il y a une philosophie.... qui nous égale, que dis-je? qui nous place plus haut que les riches. (II, 109.)
La source de tant et de si grands événements. (II, 458.)
Ce spectacle.... paroît animé et agir de soi-même. (I, 254.)
On le revoit paroître avec un visage exténué et d'un homme qui ne se ménage point. (II, 157.)
Ce qu'il y a jamais eu de mieux pensé, de mieux dit, de mieux écrit, et peut-être d'une conduite plus délicate, ne nous est pas toujours venu de leur fond (du fond des grands). (I, 343.)
Que de dons du Ciel ne faut-il pas pour bien régner ! Une naissance auguste... ; ne faire jamais ni menaces ni reproches... ; l'esprit facile, insinuant...; être secret toutefois, profond...; du sérieux et de la gravité dans le public... ; punir sévèrement les vices scandaleux...; de grands talents pour la guerre; être vigilant, appliqué, laborieux... ; une puissance très-absolue...; au milieu d'ennemis couverts ou déclarés se procurer le loisir des jeux... ; un génie enfin supérieur et puissant... : ces admirables vertus me semblent renfermées dans l'idée du souverain. (I, 388-392.)
Je leur avois balbutié la veille un discours où il n'y avoit ni style ni La Bbuyèke. III, 2 B
Lxvi LEXIQUE DE LA BRUYERE.
sens commun, qui étoit rempli d'extravagances, et une vraie satire. (II,
Je demande : la pitié, la libéralité, la magnificence, sont-ce les vertus d'un homme injuste? ou plutôt si la bizarrerie et la vanité ne sont pas les causes de linjustice. (II, 112.)
Tout genre d'écrire reçoit-il le sublime, ou s'il n'y a que les grands sujets qui en soient capables ? (I, i44-)
Voyez au Lexique, Si interrogatif, p. 337.
Qui sait parler aux rois, c'est peut-être où se termine toute la prudence et toute la souplesse du courtisan. (I, 829.)
La 5' édition, la première où ce passage ait paru, met un point d'interrogation après les mots : « Qui sait parler aux rois ». Dans les suivantes, avec la virgule, le tour : qui sait parler, semble être l'équivalent de savoir parler.
Déclarerai-je donc ce que je pense de ce qu'on appelle dans le monde un beau salut, la décoration souvent profane..., quelqu'un monté sur une tribune qui y jjarle familitrement? (II, 171.)
Un homme chagrin se plaint de celui qui a écrit ou parlé pour
lui, de ce qu'il n'a pas touché les meilleurs moyens de sa cause. (I, 68.) L'on saura que le peuple ne paroissoit dans la ville que pour y passer avec précipitation : nul entretien, nulle familiarité ; que tout y étoit farouche. (I, 23 et 34.)
Il ne manque à l'oisiveté du sage qu'un meilleur nom, et que méditer, parler, lire et être tranquille s'ajjpelàt travailler. (I, i54 et i55.)
Le changement de tour est elliptique : « et ceci, à savoir que méditer — s'appelât, etc. »
Je ne m'étonne pas que des hommes qui s'appuient sur un atome chancellent dans les moindres efforts qu'ils font pour sonder la vérité, si avec des vues si courtes ils ne percent point, à travers le ciel et les astres, jusques à Dieu mûme •, si ne s'apercevant point ou de l'excellence de ce qui est esprit, ou de la dignité de l'âme, ils ressentent encore moins combien elle est difficile à assouvir. (II, 238.)
Il n'y a point de vice qui n'ait une fausse ressemblance avec quelque vertu, et qu'il ne s'en aide. (I, 2i3", voyez ibidem.^ note i.)
La jalousie et l'émulation s'exercent sur le même objet..., avec cette
différence que celle-là est un mouvement violent... ; qu'elle va même
jusques à nier la vertu dans les sujets où elle existe, ou qui forcée de la reconnoître, lui refuse les éloges, etc. (II, 40-)
Dans cette phrase, déjà citée à l'article Qui, il y a sans doute une négligence qu'on s'étonne de voir maintenue dans toutes les éditions. Le sens parait demander : « ou que forcée de la recormoître, elle lui refuse, etc. »
J'ai dû marquer les caractères des uns et des autres (des vertueux et des vicieux), et ne me pas contenter de peindre les Grecs en général, mais même de toucher ce qui est personnel, et ce que plusieurs d'entr'eux paroissent avoir de plus familier. (I, 34.)
Le de jilacé devant toucher et qui fait dépendi'e cet infinitif du verbe contenter, est, quoique conservé dans toutes les éditions, une inadvertance, et nous l'avons marqué, aux Additions et Corrections, comme devant être effacé.
8» Périodes (voyez ci-dessus la Préface^ p. xxvi et xxvii).
Les longues périodes n'abondent pas chez la Bruyère. Cependant il ne se les interdit pas. Un en trouvera deux exemples assez frappants, de 14 lignes chacun, dès le début du Discours sur Théophraste, l'un à la page 9 du tome I : « Car sans m'eten-
drp difficiles à contenter » ; l'autre à la page 10 : « Les femmes au contraire — de
leur portée ». Dans la Préface du Discours à V Académie, deux phrases, l'une de plus de 12 li^ne-, l'auire de 18, remplissent toute la page 44^ du tome II; une de même
INTRODUCTION GRAMMATICALE. lxvii
longueur que la première commence la page 446. Il s'en rencontre un petit nombre où les membres enchaînés ne se dégagent pas, avec une parfaite netteté^ les uns des autres : voyez, par exemple, h la page 106 du tome I^ la période de 9 lignes : « Quand donc il s'est glissé... : voilà la règle ». Voyez encore, tome II, p. 40, second alinéa.