‹ Œuvres de La Bruyère (volume 2)Chapitre 75 sur 861 · TRADUCTIONS DES CARACTÈRES · texte numérisé non relu

TRADUCTIONS DES CARACTÈRES

Suivant l'auteur des Sentiments critiques sur les Caractères (p. 33), le livre de la Bruyère, en 1700, avait déjà été traduit en autant de langues qu'il avait eu d'éditions •, d'après le /oarwa/ de Trévoux (n° de mars-avril 1701, p. 76), il en avait paru en 1701 des traductions « en diverses langues. » Quant à nous, à peine pouvons-nous signaler, avant 1702, deux ou trois traductions étrangères, lesquelles sont anglaises. Brillon et le journaliste de Trévoux nous semblent s'en être rapportés au souvenir qu'ils avaient gardé de la réflexion 21 du chapitre des Ouvrages de l'esprit (tome I, p. 120), sur « un bel ouvrage..., imprimé par toute l'Europe..., traduit en plusieurs langues, » ouvrage dans lequel on avait voulu reconnaître les Caractères.

Traductions anglaises.

La première traduction des Caractères de la Bruyère s'est faite en 1698 : « On a traduit ici (à Londres) les Caractères de ce siècle par M. de la Bruyère, lisons-nous dans le n" de mars 1698 (p. i34) de V Histoire des ouvrages des

attribuée à la première, en raison de son ordre de classement dans les archives des princes de Condé, est aujourd'hui confirmée par une communication de M. Allaire, qui fixe les dates de l'une et de l'autre lettre : voyez ci-après, p. a3l, nos Additions à la page 495 du tome II. — D'autre part, lettre xiv (tome II, p. 399, ligne 21, de son édition), M. Chassang imprime : « Il me faut lutter pour réduire une mutinerie...,» là où l'autographe nous donne : « II nie faut pour le réduire une mutinerie.... » (tome II, p. 5o4i ligne 7 de notre édition). Nous devons maintenir notre le<jon, qui n'est pas, pour noue, « quelque erreur de plume de la Bruyère, » non plus qu'une erreur de lecture.

savants. Je doute, ajoute le correspondant de Basnage, qu'on puisse réussir dans une publication de cette nature. » Nous n'avons pas le titre de cette traduction, mentionnée par Fahricius.

Il semble que cette première traduction, annoncée en mars 1698, ne puisse être celle de Budgell, qui porte le millésime 1699, et que nous citons ci-après : il est plus probable qu'il s'agit de la i'° édition de la traduction notée ci-après sous le n° 3.

1 . — The Characlers of Theophrastus ^ translatée! from Mr Bruyere's French version into English, by Eustace Budgell, esq., London, 1699, in-S". — Autre édition en 1702.

D'après Watt, Bihllotheca Britannica.

2. — The Characters of Theophrastus, together with the Characters of the âge, by la Bruyère, with a preparatory Discourse and Key. London, 1700, in- 8°.

D'après Lowndes, The hibliograplier^s Manual.

3. — The Characters or the Manners of the âge, by Monsieur de la Bruyère of the French Academy, made English by several hands, with the Characters of Theophrastus, translated from the Greek, and a prefatory Discourse to theni by Monsieur de la Bruyère. The third édition, corrected throughout and enlarged with the Ke}' inserted in the margent. London, Leach, 1702, in-80.

Nous ne connaissons pas la date des deux premières éditions.

Après les Caractères de la Bruyère^ viennent dans cette traduction, comme il est dit au titre , ceux de Théophraste, avec ce nouveau titre : « The moral Characters of Theophrastus, with a preparatory Discourse concerning Theophrastus, from the French of Monsieur de la Bruyère. »

Il est digne de remarque que dans le chapitre des Jugements de la Bruyère le traducteur s'arrête à la remarque 116 : il laisse de côté toute la fin du chapitre, où la Bruyère s'exprime avec tant d'âpreté sur la Révolution d'Angleterre et le roi Guillaume d'Orange. N'ayant vu ni les traductions précédentes ni les suivantes, dont nous empruntons l'indication soit aux bibliogra])hies de Watt et de Lowndes, soit au catalogue de la bibliothèque de Walckenaer, nous ne pourrions affirmer, bien que la conjecture soit assez vraisemblable, qu'elles aient également supprimé les attaques de la Bruyère contre l'Angleterre.

La Clef, qui se réduit à un très-petit nombre de notes, n'est r3xacte reproduction d'aucune de celles que nous connaissons. On en trouve quelques citations dans nos Additions et Corrections.

4. — Characters of the Manners of the âge, with the Characters of Theophrastus, by N. Rowe, with an account of his life and writings by M. Coste. London, 1709, in-8°. — Autre édition en 1713.

O. — Voyez ci— dessus, p. iSy, n" 87, la traduction anglaise mentionnée sous le titre : « H. Gally. The moral Characters of Theophrastus, 1725, »

6. — The Worhs of M. de la Bruyère.... aiso the Manners of living with great men, by N. Rowe. London, 1776, 2 vol. in-12.

Traductions allemandes.

7. — Jean de la Bruyère. Vernûnftige und sinnreiche Gedanken von Gott und der Religion wider die sogenannten Esprits forts ^ oder starken Geister, aus dem Franzosischen ûbersetzt und mit Anmerkungen, vonJo. Joa. Glo. am-Ende. Danzig, 1739, in-8°. — Traduction du dernier chapitre des Caractères.

8. — Charactere des Tkeophrast und de la Bruyère, mit einer Vorrede von den Vorzùgen und Eigenschaften der moralischen Schildereien, von Th. Siegm. KiessHng, Nûrnberg, 1754, grand in-8°.

9. — ThenphrasC s Kennzeichen der Sitten, nebst des Joh. de la Bruyère moralischen Abschilderungen der Sitten dieser Zeit; aus dem Franzosischen iibersetzt. Regensburg und Wien, 1754 2 vol.

Autre édition^ Francfort et Leipzig, 1772, in-8°.

10. — De la Bruyère. Sittengemàlde, fur die Deutschen, aus dem Franzosichen (von Sam. Baur). Leipzig, 1790, in-8°.

Avec un frontispice gravé.

11. — Die Charaktere oder die Sitten im Zeitalter Ludwig XIV, von la Bruyère. Aus dem Franzosischen ûbersetzt von Karl Eitner. Leipzig, 1 871-1872. 3 Thle, in-8''.

Fait partie de la collection intitulée : Bibliothek auslândischer Classiker in deutscher Uebersetzung.

Traductions italiennes.

12. — I Caratteri di Teofrasto^ coi Caratteri e Costumi di questo secolo, del sig. de la Bruyère. E la difesa di questo e de'suoi Caratteri fatta dal sig. Costa. Il tutto tradotto dalla lingua Francese, ed illustrato con Riflessioni critiche e morali, adattate ai costumi correnti, dal l'avvocato Giusepp. Antonio Costantini, nutore deWe Lettere critiche. In Venezia, mocclvui-ix, G. Novelli, 6 vol. in-8".

13. — Massinie e riflessioni morali di Gio. la Bruyère. Versione italiana di Paolo Lanati, posta rlncontro al testo Francese.

Tome I^"" de la Biblioteca scella di opère Francesi tradotte in linoua italiana. Milano, Gio. Silvestri, i834, 12 vol, in- 16.

Traduction espagnole.

14. — Los Caractères de la Bruyère^ seguidos de los Caractères de Teofrasto, traduccion al Castellano, por don P.-V. Fernandez, ciudadano Mejicano. Mejico, Galvan, i838, 3 vol. in-12. (Avec portrait gravé par J. Adam.)

Cette traduction des Caractères précédée d'une traduction de la Notice de Suard, a été imprimée à Paris par Everat. On l'a réimprimée en 1840 : Geroua, V. Oliva; Madrid, Rios, 3 vol. in-8°. (Avec portrait.)

Traduction russe.

l'6. — KapaKTepbi, H.JHCBOiicTBapa3JH4BarococTOflHiHJio^eHHLiHim- Hflro BpeiMeHH. GoHHHeHie .laôpioMepa. IlepeBeji et <I>paHqy- CKaro HHKOjaii IIJbH^^. Mockbb, bi. THnorpa^ia CeviHHOBCKaro, 1812, 2 vol. in-i2. (Titre communiqué par M. Picot.)

Traduction des Caractères par Nicolas Iljin.

Mme Michallet faisait paraître en 1699 la Suite des Caractères de Théophraste et des Mœurs de ce siècle (voyez ci-dessous, p. 184, 11° 25). Cette publication tirait quelque intérêt du portrait de la Bruyère, qui est placé en tête, et qu'accompagnent les vers suivants, attribués à Boileau :

Tout esprit orgueilleux qui s'aime Par mes leçons se voit guéri, Et dans mon livre si chéri Apprend à se haïr soi-même.

« Tout le monde, ainsi commence Y Avis de Pimprimeur au lecteur^ me demande avec instance le portrait de M. de la Bi'uyère, et cette curiosité m'a paru si raisonnable que j'ai résolu de la satisfaire. J'ai donc cherché tous les portraits que l'on a de cet homme illustre, et en ayant trouvé un entre autres qui lui ressemble parfaitement au jugement de ceux qui le connoissoient, je l'ai fait graver avec tout le soin possible. Je l'ai mis à la tête de ce livre, pour ne rien laisser à souhaiter aux curieux; car ils verront ici M. de la Bruyère tout entier. Ce portrait donnera une parfaite idée de son visage, et ce livre fera connoître le caractère de son esprit. »

Le portrait qu'on publiait ainsi, trois années et demie après la mort de la Bruyère, était sans doute ressemblant, puisque son libraire l'affirme. Le témoignage de Mme Michallet n'a été démenti sur ce point par aucun de ses contemporains, et nous l'acceptons, tout en déclarant apocryphe la Suite des Caractères, dont elle tentait sans succès de faire admettre l'authenticité.

De Saint-Jean pinxit, Drevet sculpsit, lit-on au bas du portrait. Pierre Brevet né en 1664, mort en 1738, est l'un de nos plus célèbres graveurs;

nous n'avons pas à le présenter à nos lecteurs, qui connaissent les planches qu'il a gravées d'après H. Rigaud [Louis XIT^^ Louis XF^ le prince de Conti le cardinal de Fleiiry^ la duchesse de Nemours^ Boileau, etc.), et les portraits qu'il a faits d'après nature {le Dauphin^ Philippe V^ le marquis de Dangeau, Girardon^ etc.).

Saint-Jean est moins connu. De même qu'il y a eu deux Pierre Drevet (le nôtre est le père), on compte plusieurs Saint-Jean parmi les peintres et dessinateurs du temps. L'auteur du portrait de la Bruyère, aujourd'hui perdu ou ignoré, et que nous ne connaissons que par la gravure, est sans doute Jean Dieu de Saint-Jean, qui était fils d'un peintre du même nom, et qui mourut le i5 juin iGgS, âgé de quarante et un ans'. Il a laissé des gravures de mode : la Bibliothèque nationale conserve un certain nombre de planches où il a dessiné les costumes des gens de la cour et de la ville.

Saint-Jean n'est pas le seul artiste qui ait peint ou dessiné la Bruyère, s'il est exact, comme le dit Mme 3Iichallet, qu'elle ait fait un choix parmi les portraits de l'auteur des Caractères. La plupart des graveurs qui ont prétendu nous donner les traits de la Bruyère reproduisent plus ou moins fidèlement le portrait de Saint-Jean. Quelques-uns cependant, tels que Seraucourt et Desrochers, semblent avoir eu un autre modèle sous les yeux. Mais c'est à la planche de Drevet qu'il faut revenir pour avoir quelque garantie d'authenticité, et c'est d'après Drevet que M. Sandoz a gravé le portrait qui est joint à notre édition.

Le Musée de Versailles possède vni portrait de l'Ecole française, qui, d'après le catalogue, serait celui de la Bruyère : il avait été placé dans la salle n" i65, sous le no 42771 et il est ainsi décrit :

a Hauteur, o,3i ; largeur, 0,26. Cuivre, forme ovale. Il {la Bruyère) porte une perruque blonde et un manteau rouge. » {Notice du Musée de Versailles^ par Eudore Soulié, 3^ partie, p. 338.)

L'attribution semble de pure fantaisie.

Ce tableau, qui figurait dans l'une des salles affectées aujourd'hui à la Chambre des députés, n'est plus en place.

On conserve au même musée un autre portrait de la Bruyère, peint au dix-huitième siècle par Mme Vigée Lebrun : « J'avois fait en 1775, d'après les gravures du temps, écrit-elle dans ses Souvenirs (i835, in-S", tome I, p. 43), les 2îortraits du cardinal de Fleury et de la Bruyère. J'en fis hommage à l'Académie françoise. » Les Mémoires secrets de Bachaumoiit (tome VIII, p. 202) nous apprennent que d'Alembert remercia officiellement, au nom de l'Académie, Mme Lebrun de ce double hommage.

Des salles de l'Académie française (et non de la Comédie française, comme il est imprimé dans l'édition Walckenaer, p. 645), ce portrait de la Bruyère a passé au palais de Versailles, salle n" iSa du a^ étage, qui sert aujourd'hui de salle de commission dans la partie du palais réservée au Sénat. Il est ainsi décrit, sous le n" 2940, dans la Notice du Musée Je Versailles (3« partie, p. 17 et 18) : « Hauteur, o,63 ; largeur, o,52. Collection de l'Académie française. »

a M. Monmerqué, lisons-nous dans la Comédie de la Bruyère (a* édi-

I. Jalj Dictionnaire critique de biographie et d'histoire, p. 702.

La Bruyère, ni, i 12

tion, tome II, p. 699, note i) au sujet de ses portraits, en possédait un qu'il attribuait (mais à tort, je crois, ajoute M. Fournier) à Philippe de Cliampagne. « L'auteur des Caractères^ dit Mme de Saint-Surin, « plus tard Mme Monmerqué, y est représenté écrivant un passage de son « livre -, son regard respire un dédain plein de finesse et de malice. » (^Miroir des Salons^ p. 88.) ))

Un assez grand nombre de portraits gravés sont signalés dans la Notice Inbliographique^ sous les n°^ 21, 27, 3i, 87, Sg, 45, 48, 55, 58, 63, 65, 73, 74, 77» 81, 84, 86, 94, 99, 108, 124, i35, 137, i38, 140, 141, i44.

Celui qui est mentionné sous le n° 27, gravé par Seraucourt {Serait— court fecit). est l'un de ceux au-dessous desquels on place à Paris la naissance de la Bruyère : « Jean de la Bruyère, de l'Académie françoise, et gentilhomme de Monsieur le Prince, né à Paris et mort à Versailles le 16 mai {lisez le ji mai) 1696, âgé de cinquante-sept ans. » On lit au bas les vers suivants :

J'ai peint au naturel l'impertinent, le sot. Le fat, l'ambitieux, l'avare et le bigot. Mon livre est un tableau des erreurs de la vie. De tout le genre humain il contient le portrait. Le sage y rit de ceux dont j'ai peint la folie. Et l'insensé s'y méconnoit.

La même mention du lieu de naissance se retrouve, ainsi que les mêmes vers, au-dessous d'un portrait non signé, qui a été publié chez Daumont, rue Saint-Martin. Ajoutons qu'une gravure allemande, conservée à la Bibliothèque nationale, fait aussi naître la Bruyère à Paris, avec la date inexacte de lôSg.

Le portrait de Cathelin, qui est joint à l'édition in-4° de 1765 (no 45), gravé d'après Saint-Jean, porte les vers de Boileau.

Le portrait de P. Savart, placé en tête d'une édition de 1769 {n° 48), est daté de 1768. Comme le précédent, il a été gravé d'après Saint-Jean, et porte aussi les vers de Boileau'.

On trouvera au Cabinet des Estampes delà Bibliothèque nationale, une collection de portraits de la Bruyère, qui comprend presque tous ceux dont il est question dans la Notice bibliographique^ et de plus divers autres portraits dont nous nommerons, par ordre alphabétique, les graveurs :

P. M. Alix, d'après le tableau qui était à l'Académie française (aujourd'hui au Musée de Versailles, peint par Mme Lebrun : voyez ci-dessus, p. 177), gravure coloriée, Paris, M. F. Drouhin-, Bachelier-, Blanchard: Blanchon ; Delpech (lithographie) ; E. Desrochers (on retrouve au-dessous du portrait gravé par Desrochers la légende et les vers qui sont au bas du portrait par Seraucourt ; sur l'un des deux exemplaires conservés à la Bibliothèque nationale, on lit, après le nom du graveur : a Se vend chez lui à Paris, rue Saint-Jacques, au Mecxnas) ; Delvaux (deux portraits, l'un en 1782, d'après Saint-Jean)-, Julien (lithographie : deux états, dont l'un pour le Siècle de Louis XIf^)\ Laderer, d'après Deveria

I. Nous mentionnons ci-après un autre portrait de Snvart, daté de 1778, qui se vendait isolément.

(deux états, dont l'un pour V Iconographie instructive) ; A. de la Live ; Landon, d'après Saint-Jean (pour une Histoire de France) ; Elisabeth Marlié Lepicié (deux états, dont l'un pour la collection Odieuvre); P. Savart {de Saint-Jean pinxit^ 1778, chez l'auteur, quai Saint-Bernard, hôtel Chamouzet).

De tous les portraits de la Bruyère, il n'en est qu'un petit nombre qui présentent quelque inte'rêt. Après celui de Drevet, nous ne voyons guère parmi les planches du dix-huitième siècle, que celles de Seraucourt, Desrochera, Savart, Cathelin, qui soient dignes d'attention.

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