I. Pages 574 et 375. Voyez ci-après, n" 4i p- igS
i86 NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE
Et dans la réponse à cette lettre (p. Sgg), la critique continue en ces termes :
« Je me suis donné le temps et la peine de lire la Stiile des Caractères de Théopliraste^ que rimprimeur assure être de M. de la Bruyère. Ma critique n'empêchera pas que je ne rende justice à cet auteur : s'il n'est pas exempt de fautes dans l'ouvrage que nous avons examiné (les Caractères ou les Moeurs de ce siècle)^ certainement il n'est pas capable de celles qui se trouvent dans ses prétendus Caractères posthumes. Vous avez pris sur cela une décision qui paroîtra juste à tous les connoisseurs ; j'ai deviné le nom de votre homme : ce fécond mais stérile écrivain devroit renoncer à la démangeaison de produire tant de Caractères sous différents titres. S'il ne la réprime pas, tant pis pour lui, je le renvoie au portrait A' Arsène* ^ et je le crois déjà incapable d'être corrigé par cette peinture ^ qiî'il ne lira point. »
Pour Brillon, l'auteur de la Suite n'est donc pas l'avocat Alleaume, auquel ne peuvent s'appliquer ni l'éloge ni la critique que renferment ces deux passages. De quel écrivain, auteur d'ouvrages meilleurs, et cependant fécond et stérile tout à la fois, veut-il parler? Cet auteur de tant de Caractères vmiformes sous différents titres, qui ne peut renoncer à la démangeaison d'écrire , serait-il Brillon luimême, l'auteur de YOuvrage dans le goût des Caractères de Tltéophraste^ des Portraits sérieux et galants et du Théophraste moderne^ V-^^i d'un livre à l'autre, se critique parfois lui-même? Nous ne le pensons pas. Brillon se serait quelque jour trahi, et nous retrouverions le titre de cet ouvrage parmi ceux dont le Dictionnaire de Moréri lui reconnaît la paternité. Les noms d'ailleurs qui figurent dans la Suite des Caractères sont rarement de ceux qu'il emploie. Si quelques bibliographes lui ont attribué ce pastiche, c'est uniquement, je pense, par une confusion assez commune entre cette Suite et V Ouvrage nouveau dans le goût des Caractères de Théophraste et des Pensées de Pascal^ qui est bien son œuvre''.
Je n'oserais affirmer que Brillon, sans être l'auteur de la Suite^ n'ait pas pris plaisir à inspirer au lecteur quelque léger soupçon qu'il pourrait l'être. Si ce n'est pas là ce qu'il a voulu insinuer, il avait sans doute en \'ue soit l'abbé de Villiers, soit l'abbé de Bellegarde, qui sont à ses yeux des « auteurs aussi louables que loués, » et qu'il cite comme les meilleurs imitateurs de la Bruyère. « .,.. Depuis qu'on a vu le succès prodigieux du livre de M. de la Bruyère, écrit-il dans ses Sentiments critiques (p. i3), chacun, tenté d'obtenir les mêmes applaudissements, l'a pris pour son modèle.... M. l'abbé de Bellegarde nous a donné des Réflexions sur la politesse^ sur le ridicule et sur la manière de féviter; elles composent deux volumes. Nous avons de M. l'abbé de Villiers quatre tomes de Réflexions sur les dé-