‹ Œuvres de La Bruyère (volume 2)Chapitre 78 sur 861 · Voj'ez tome I, p. 122, n · texte numérisé non relu

Voj'ez tome I, p. 122, n

2. On pourrait toutefois citer, à l'appui de l'attriimtion qui a été faite à Brillon de la Suite des Caractères de Théophraste, la phrase suivante qu'il a insérée dans les Sentiments critiques (p. 221-222) : « Si l'on continue de s'emporter contre moi, j'offrirai h mes censeurs de quitter l'entreprise, ou je leur dirai que le même écrivain qui leur a donné les Caractères posthumes de M. de la Bruyère fera son apologie. » 11 semble, au premier abord, que ce titre de Caractères posthumes s'applique à la Suite des Caractères, le seul ouvi-age de ce genre qu'en France on ait attribué à la Brujère après sa mort; mais il s'agit vraisemblablement, dans la plii-ase de Brillon, de son Ouvrage nouveau dans le goul des Caractères de Théophraste, qui avait été réimprimé en Hollande sous ce titre: Suite des Caractères de Théophraste: voyez ci-dessus, p. 182, n" 20.

fauts d'aulriii, et deux sur les égarements des hommes : je les ai lues et relues comme ce qu'il y a de plus estimé en ce genre'. »

Bien que divers bibliographes aient inscrit la Suite des Caractères de Théopliraste au compte de Villiers, nous n'avons aucune raison pour guider les conjectures du lecteur ni vers son nom, ni non plus vers celui de Bellegarde. Nous serions plutôt tenté d'accepter l'indication de la Bibliothèque volante et des Nouvelles de la République des Lettres^ qui est reproduite dans le catalogue manuscrit de la bibliothèque de l'Oratoire (folio 189, v°), conservé à la bibliothèque de l'Arsenal : « Le P. Niceron*, dit le rédacteur de ce catalogue, ne laisse pas de dire que, de tous les ouvrages qui inondèrent la république des lettres à l'imitation des Caractères de la Bruyère^ celui qui s'est le mieux soutenu est cette Suite du sieur Aleaume, lequel au reste, ainsi que je le sais d'ailleurs, fut fort aidé par le P. Germain, alors augustln déchausse', et depuis devenu l'abbé Favier, bénédictin. »

Le bénédictin Favier ne serait-il pas l'abbé Henri Favier du Boulay, qui, en 1699, avait publié à Rouen la Lettre d'un abbé à un académicien sur le Discours de Fontenelle^ au sujet du débat soulevé entre les Anciens et les Modernes, et qui, dans la suite, fit paraître divers autres écrits? Après avoir été bénédictin dans la congrégation de Cluny, Favier du Boulay obtint la sécularisation et fut nommé prieur de Sainte-Croix de Provins.

26. — Le Théophraste moderne ou Nouveaux Caractères des mœurs ^ (par P. J. Brillon). Paris, Michel Brunet, 1700, in-12.

Privilège daté du 26 février 1699, registre sur le livre de la communauté des imprimeurs et libraires le i3 avril. Achevé d'imprimer le i5 novembre 1699,

La même librairie publia, trois mois après, une seconde édition (Le Théopltraste, etc. ^ nouvelle édition, 1701); puis encore en 1701 une troisième dont nous parlerons ci-après (n° 26 bis).

Trois contrefaçons parurent en 1700 à la Haye : l'une chez Van Dole, la seconde chez Meindert tirtwerf, la troisième chez Adrien Montferié, « suivant la copie de Paris. »

Une quatrième contrefaçon, qui m'est signalée par M. Ch. Barry, fut publiée en 1700, à Amsterdam, par B. Desbordes.

Nous avons souvent cité le Théophraste moderne dans le cours de nos annotations; parmi les imitations qui ont paru après la mort de la Bruyère , celle-ci est peut-être la moins fastidieuse. « Ce liAre a eu du succès, et leméritoit, «écrivait, en 171 3, l'abbé Bordelon (D/alogues des vivants.^ p. 254). Le nombre des éditions et contrefaçons que nous venons de mentionner témoigne, en effet, que Brillon obtint un assez grand nombre de lecteurs. Le soin qu'il prit de signaler son livre à l'attention du public par la critique qu'il en fit paraître put contribuer à ce succès.

Le Théophraste moderne avait été annoncé, apprécié et analysé, dès

1. Voyez,, ci-dessus, p. 182 et i83. Brillon a, en outre, fait plusieurs allusions aux abbés de Villiers et de Bellegarde dans son Thcophraste moderne. Il est dit de l'abbé de Bellegarde, dans la clef de cet ouvrage, que « son style n'est pas si vif que ses sentiments sont bons. «

2. Mémoires pour servir a l'histoire des hommes illustres de la Republique des Lettres^ tome XIX, p. içjS.

3. Le privilège porte : « .... ou Nouveaux Caractères des /nœurs de ce siècle. » Ix faux titre et le titre varient un peu suivant les éditions ; on lit le plus souvent : « .... Nouveaux Caractères sur les mœurs. »

i88 NOTICE BIBLIOGRAPHIQUE

sa publication, par Bernard, dans les Nouvelles de la République des Lettres^n" de janvier 1700, p. 199-207. On annonçait en même temps que l'ouvrage était sous presse à la Haye chez les frères Van Dole.

Cet ouvrage a pris place dans quelques éditions hollandaises des Caractères de la Brujèrc' sans y être désigné par le titre qui lui appartient. Pour qu'on puisse le distinguer des autres imitations, voici les titres des premiers chapitres: « du Ridicule, des Ouvrages de l'Esprit, du Mérite, du Héros, des Femmes, de la Société, de la Conversation, des Biens de fortune, de la Province, de la Ville, de la Cour, des Gens d Eglise, etc. » Le dernier chapitre est intitulé : « de quelques Usages. »

26 bis. — Le ThéopJirnste moderne^ ou ^i^ouveaux Caractères des mœurs (par P. J. Brillon). Nouvelle édition. Paris, Michel Brunet, 1701, in-i2, 695 pages.

Cette édition nouvelle, publiée, suivant l'Avis du libraire, trois mois après la première, contient, d'après le même avis, près de 200 caractères nouveaux. Des signes particuliers recommandent à la curiosité du lecteur tant les caractères nouveaux que les traits intercalés dans les caractères précédemment imprimés : une main désigne les nouveaux alinéas; une étoile, les traits ajoutés aux alinéas déjà publiés dans les éditions précédentes.

Après la publication de l'édition de 1701,11 a été Imprimé une clef du Théophraste moderne (28 pages in-12 non paginées). L'addition de cette clef, qui s'applique à ladite édition de 1701, et qui peut servir de table des matières, est sans nul doute un artifice de Brillon, désireux de rendre plus piquante la lecture de ses Nouveaux Caractères.

« Livre admirable que celui de la Bruyère ! s'écrie le Théophraste moderne (p. 3o de l'édition de 1701^ Caractères inimitables, qu'on s'efforce pourtant d'imiter! La confusion retombe sur l'auteur imprudent, sur moi-même le premier. » La clef nous donne, une fois de plus, le nom de cet a auteur imprudent », qui est « Brillon, auteur de VOnvrage dans le goût des Caractères de Théophraste , imprimé en 1697. »

Combien il est regrettable que la Bniyère ou l'un de ses amis n'aient pas laissé une clef des Caractères semblable à celle, dont nous nous serions bien passés, que Brillon nous a donnée de son Théophraste moderne! Fulv'ie du Théophraste moderne^ qui sait « conter agréablement, » c'est Mlle de la Force; le carrosse de T. est celui de Thévenin ; B**, qui y prend place à ses côtés, est Bourvalais ; nous apprenons de quelles causes célèbres l'auteur, qui est avocat, nous entretient; à quel marchand de vin il fait allusion, etc. Si complète qu'elle paraisse, cette clef a des lacunes, et il est telle de ses omissions qui trahit la main de Brillon, C'est ainsi qu'il oublie volontairement d'inscrire le nom de la Bruyère, qu'il a tant loué ailleurs, à côté de cet alinéa ^p. 5i) : « Tel par un ouvrage obtint une place à l'Académie, qui, par son discours d'entrée, fait repentir les Académiciens de l'avoir choisi. H ne sut charger que des portraits; incapable de placer un mot dans un Dictionnaire ^ qu'eût servi ce bon auteur au projet de la nouvelle édition? »

Ce dernier trait ne fait pas honneur au jugement de Brillon. La réflexion qui précède celle-ci s'applique sans doute également à la Bruyère, mais elle n'est pas aussi sottement malveillante : « Un auteur célèbre a poussé son livre jusqu'à la cinquième édition et au delà,

marque de sa bonté. La seconde est trouvée la meilleure ; en le prévoyant, il paroit tous les coups de la critique. » Ailleurs (Ouvrage nouveau dans le goût des Caractères de Théophraste^ chapitre des Auteurs, 8^ remarque), Brillon avait écrit : « Une cinquième édition m'est garante du succès d'un livre; la huitième me cautionne qu'il ne s'en est point fait de meilleur. »

27. — Peintures parlantes, traduction en vers des Mœurs et Caractères du siècle précédent, selon le Théophraste françois (par Boucher). Paris, P. Ribou, 1702, in-12.

28. — Les Caractères de l'amitié (par l'abbé L. Bordelon). Paris, 1702, in- 12.

29. — Les Caractères Ae?, auteurs anciens et modernes et les jugements de leurs ouvrages (par de la Bizardière) . Paris, Dupuis, 1 704, in-i 2.

Apollon convoque à Delphes les auteurs anciens et modernes. Chaque ancien de premier ordre se met au premier rang et choisit quatre auteiu-s qu'il place derrière lui. La Bruyère, appelé près de Théophraste, est chargé de composer la suite de ce dernier, c'està-dire de désigner trois autres moralistes. « Cet écrivain, toujours de mauvaise humeur, dit la Bizardière (p. 187 et i38), ne trouva personne à son gré, et laissa trois places vacantes. »

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