‹ Œuvres de La Bruyère (volume 2)Chapitre 80 sur 861 · NOTICES SUR LA BRUYERE · texte numérisé non relu

NOTICES SUR LA BRUYERE

1. — Discours de réception prononcé le i6 juillet 1696 à l'Académie française par l'abbé Fleury (nommé à la place de la Bruyère) .

Imprimé dans les divers Recueils des Harangues des académiciens (édition de 1714, tome IV, p. 69 et suivantes).

L'abbé Régnier, dans sa réponse à l'abbé Fleury (ibidem^ p. 79 et suivantes), fit aussi, selon l'usage, l'éloge de la Bruyère.

Des extraits de ces deux discours ont été reproduits dans plusieurs éditions des Caractères,

2. — Article du Mercure galant sur la réception de la Bruyère à l'Académie française, n° de juin 1693, p. 259-284.

On sait avec quelle vivacité la Bruyère a répondu, dans la préface de son Discours, a l'article du Mercure, qui était un procès en règle contre les Caractères et leur auteur. ÎSous croyons devoir en reproduire le texte in extenso , du moins pour ce qui est relatif à la Bruyère.

« Le lundi 1 5 de ce mois, M. l'abbé Bignon et M. de la Bruyère furent reçus à l'Académie françoise. M. l'abbé Bignon parla le premier, et fit un discours où l'on n'admira pas moins l'ordre et la liaison ingénieuse de chaque matière que la beauté de l'expression et le tour agréalile des pensées.... Ce discours, prononcé fort noblement, charma toute l'assemblée, et, ce qui vous convaincra que les applaudissements furent sincères, c'est que M. l'archevêque de Paris étant arrivé quand M. l'abbé Bignon étoit tout prêt de finir, on le pria de ne le pas priver de la satisfaction d'entendre ce qui venoit d'avoir une approbation générale. Ce grand })rélat joignit ses prières à l'empressement que chacun faisoit paroître de jouir encore du même plaisir, et M. l'abbé Bignon ne lui pouvant refuser ce qu'il demandoit si obligeamment, recommença son discours. L'applaudissement fut encore plus fort qu'il n'avoit été la première fois, et l'on n'y trouva pour tout défaut que celui d'être trop court. « M. de la Bruyère y parla ensuite, et quand j'ai à vous rendre compte du succès qu'eut le compliment qu'il fit à l'Académie, votre surprise sera grande de me voir sortir de mon caractère ; mais j'espère que vous voudrez bien me faire la grâce de suspendre votre jugement jusques à la fin de cet article. M. de la Bruyère a fait une traduction des Caractères de Tliéophraste , et il y a joint un recueil de portraits satiriques, dont la plupart sont faux, et les autres tellement outrés qu'il a été aisé de connoître qu'il a voulu faire réussir son livre à force de dire du mal de son prochain. Cette voie est, en effet, plus sûre que celle de la modération et des louanges, pour le débit d'un ouvrage. On court acheter en foule ces sortes de livres, non pas qu'on les trouve ni beaux ni solides, mais par le désir em-

pressé qu'on a devoir le mal que l'on dit d'une infinité de personnes distinguées. Je me trouvai à la cour le premier jour que les Caractères parurent, et je remarquai de tous côtés des pelotons où l'on éclatoit de rire. Les uns disoient : « Ce portrait est outré; » les autres : « En voilà un qui l'est encore davantage. » — « On dit telle « chose de Madame une telle, disoit un autre; et Monsieur un tel, ce quoique le plus honnête homme du monde, est très mal traité dans u un autre endroit. » Enfin la conclusion étoit qu'il falloit acheter au plus tôt ce livre pour voir les portraits dont il est rempli, de crainte que le libraire n'eût ordre d'en retrancher la meilleure partie. \ oilà les effets que la satire produit. Les auteurs en sont souvent éblouis et attribuent à la beauté de leurs ouvrages ce qui n'est dû qu'au mal qu'ils disent de quantité de personnes. Un des illustres de ce temps homme de naissance et d'érudition, et qui a l'honneur d'être auprès d'un prince du sang royal en qualité d'homme de lettres, ayant traité sérieusement un ouvrage intitulé Discours sur les anciens^ qu'il pouvoit égayer de quelques traits de satire, dit, page ii5 : « Je sais « tous les avantages que j'aurois trouvés à donner un tour plus gai (( à ce discours. Je sais combien la raillerie a de charmes pour les « lecteurs les plus chagrins, combien il est agréable de rire et de « faire rire aux dépens d'autrui, combien de feu, de vie et d'agré- « ment un pareil tour répand dans tout un ouvrage. Je sais que le « ridicule est souvent plus capable de persuader et de tirer d'un pas

ft glissant que les raisonnements les plus torts, etc » Le même dit,

page 23 1 : « En réjouissant le public, on est toujours sûr du succès « de sa cause. On chatouille le cœur, on attache, on plaît infailli- « blement. La plaisanterie donne un air aux choses qui fait tout « passer, et souvent, en faveur d'un bon mot, un lecteur ne voit pas « ou ne veut pas voir le défaut d'exactitude, plus sensible à son plaia sir qu'à son utilité ; mais quand on parle d'un ton sérieux, les « choses changent bien de face. Point d'égard, point de grâce, point u d'indulgence ; il faut toujours frapper au but, toujours faire sentir « la droite raison, et toujours faire briller la vérité. » Ces derniers mots font assez connoître que la vérité ne règne guère dans les satires, et l'on voit en général dans ces deux endroits les privilèges de ce genre d'écrire, et qu'il est aisé d'y réussir, parce que la médisance grossit toujours les objets; mais comme ce parti coûte fort cher à la gloire, à l'honnête homme et aux bonnes mœurs, il se trouve peu d'auteurs qui le veuillent embrasser. Je ne prétends attaquer ici personne en particulier : je parle de la satire en général. Ceux qui s'attachent à ce genre d'écrire devroient être persuadés qu'elle fait souffrir la piété du Roi, et faire réflexion que l'on n'a jamais ouï ce monarque rien dire de désobligeant à personne. La satire n'étoit pas du goût de feu Madame la Dauphine, et j'avois commencé une réponse aux Caractères des mœurs du vivant de cette princesse, qu'elle avoit fort approuvée, et qu'elle devoit prendre sous sa protection, parce qu'elle repoussoit la médisance. L'ouvrage de M. de la Bruyère ne peut être appelé livre, que parce qu'il a une couverture et qu'il est relié comme les autres livres. Ce n'est qu'un amas de pièces détachées, qui ne peut faire connoître si celui qui les a faites auroit assez de génie et de lumières pour bien conduire un ouvrage qui seroit suivi. Rien n'est plus aisé que de faire trois ou quatre pages d'un portrait, qui ne demande point d'ordre, et il n'y a point de génie si borné qui ne soit capable de coudre ensemble quelques médisances de son prochain et d'y ajouter ce qui lui paroît capable de faire rire. Ainsi il n'y a pas lieu de croire qu'un pareil recueil, qui La BfiUYÈRE. III, I i3

choque les bonnes mœurs, ait fait obtenir à M. de la Bruyère la place qu'il a dans l'Académie. Il a peint les autres dans son amas d invectives • et dans le discours qu'il a prononcé, il s'est peint lui-même, et après avoir taché de prouver que les places de l'Académie ne se donnoient qu'au mérite, il a dit que la sienne ne lui avoit coûté aucunes sollicitations, aucune démarche, quoiqu d soit constant qu'il ne l'a obtenue que par les plus fortes brigues qui aient jamais été faites Quelle différence des deux discours qui ont ete prononces en même jour et des manières des deux nouveaux académiciens ! M l'abbé Bignon témoigne beaucoup de reconnoissance pour la place qu'on lui donne ; M. de la Bruyère se croit si digne du choix qu'on a fait de lui, par la haute réputation qu'il prétend que ses Caractères lui ont acquise, qu'il n'a daigné faire nul remerciement. M l'abbé Bignon, aussi modeste qu'il est distingué par son savoir, ne veut point devoir sa place à son mérite, mais à la considération crue l'Académie a pour sa famille -, M. de la Bruyère, fier des sept éditions que ses portraits satiriques ont fait faire de son merveilleux ouvrage , exagère son mérite, et fait entendre que c'est a ce seul mérite qu'il doit la place où il est reçu. Je n'entre point dans le détail du reste de son discours, puisque toute l'assemblée a jugé qu'il était directement au-dessous de rien. Il auroit tort de se plaindre de la manière dont j'en parle. Je me sers des propres termes dont il s'est servi quand il lui a plu de se divertir à parler hors de propos du Mercure galant, et je veux bien mettre ici le même galimatias pour ne dire ni plus ni moins. Il n'y a dans ces paroles que 1 intention qui m'offense, car elles ne me regardent pas, et je n aurois jamais cherché à les relever si j'étois seul offense Le Mercure n'est point composé de mes ouvrages, et l'on ne me doit regarder que comme une bouquetière qui lie les fleurs des autres, qui sont leurs ouvrages. Ils consistent dans ce que font de plus beau les plus illustres orateurs de France, et les poètes les plus distingués. On n y voit que des harangues faites au Roi, ou à l'ouverture des Parlements ou à la réception des académiciens françois, des fragments des plus beaux sermons ou des oraisons funèbres, des relations de guerre faites souvent par des généraux d'armées même, des ouvrages d'éloquence et des dissertations sur tout ce que le hasard tait naître de plus curieux et de plus beau. On ne peut dire que tant de beaux ouvrages soient directement au-dessous de rien, a moins que de vouloir faire entendre qu'il n'y a pas un seul homme en France capable de bien écrire-, et comme le contraire paroît visiblement, il sullit d'exposer le fait pour faire voir que M. de la Bruyère n'a pu mettre le mercure au-dessous de rien, sans y mettre en même temps tout ce qu'il contient, c'est-à-dire une infinité de belles pièces, tant en vers qu'en prose. Il n'a pas cru ce qu'il a écrit; et s'il n'avoit trouve de la réputation à ce recueil de tant d'admirables ouvrages, il 1 auroit iugé indigne de sa colère. C'est la manière de tous les nouveaux auteurs. Ils s'imaginent qu'ils brilleront seuls quand ils auront porte des coups qu'ils croient mortels à ce qu'ils trouvent établi. H y a dix-sept ans que le Mercure est au goût du public : il est un peu tard pour l'attaquer. Le public voit clair, vous le savez; il a de bons yeux et en grand nombre, et s'il se laisse quelquefois surprendre, ce n'est jamais pour longtemps. Je suis fâche du chagrin que cet article pourra donner à M. de la Bruyère. Cependant, je le répète, il aura tort s'il se plaint, puisque c'est lui qui est 1 agresseur. Quand il calomnie toute la terre, il ne doit pas vouloir empêcher une légère ébauche de ce qu'on lui répondra, s il réplique ou s il

DES ŒUVRES DE LA BRUYÈRE. igS

ajoute le moindre mot dans son livre à ce que sa vanité lui fait dire de gaieté de cœur contre moi, qui ne me suis rendu digne par aucun endroit des plaisanteries qui l'ont réjoui. Quand on insulte les autres, il faut être préparé à tout et ne pas donner la comédie au public en se fâchant comme les enfants, qui ont souvent peur quoiqu'on ne fasse que les regarder. S'il se plaint, j'ai la justice pour moi. Il m'a attaqué sans nulle raison, je suis offensé, et je défends une infinité de personnes cruellement outragées dans les Caractères des mœurs. Un ancien, recommandable dans l'Eglise, ordonne d'attaquer ces sortes d'ouvrages, de crainte que les auteurs ne s'enorgueillissent dans la pensée que le mérite de leurs écrits les fait acheter, quoique le débit n'en soit dû qu'à la médisance, qui excite une curiosité à laquelle la foiblesse humaine ne peut résister.... »

3. — Mélanges d'histoire et de litte'rature recueillis par M. de Vigneul-Marville (Noél, dit Bonaventure, d'Argonne). Rouen, 1692- 1701, 3 vol. in-i2.

Le 3° volume, qui parut en 1701 et fut également le 3"= volume de la « nouvelle édition » de lyiS ', comprenait un article de 36 pages sur la Bruyère (p. 33a-369).

Ce factum a été reproduit dans V Encyclopcdlana (1842, in-8", p. 87-94), où il est précédé de la note qui suit :' « Du temps que la critique s'acharnait aux écrits de M. de Chateaubriand, il prenait plaisir à relire le morceau suivant, écrit au xvii° siècle contre la Bruyère, et fort supérieur à tout ce qui s'est écrit contre l'auteur des Martyrs. »

De l'avis du. Journal des Savants, « il paraît peu de goût et beaucoup de mauvaise humeur » dans les déclamations que Bonaventure d'Argonne dirige contre la Bruyère. Sa critique est pleine d'amertume et d'injustice, comme nous l'avons déjà dit ; mais la pièce n'est pas sans intérêt, et nous en reproduisons dans la Notice biographique un passage curieux.

4. — Sentiments critiques sur les Caractères de M. de la Bruyère (par P. J. Brillon). Paris, Michel Brunet, 1701, in-12 de 600 pages ntimérotées, suivies d'une table, d'une approbation datée du II mars 1700 et signée « Fontenelle », et du privilège, daté du i3 mars 1700 '^.

Le nom de l'auteur n'a pas été découvert par les bibliographes contemporains, quelque bonne volonté qu'il ait apporté, par la suite, à se laisser découvrir. « Je ne connois point l'auteur des Sentiments crititjues sur les Caractères de M. de la Bruyère^ » écrit un correspondant d'Henri Basnage' vers la fin de l'année 1700, au moment où le livre, daté de 1701, vient de paraître. Les Mémoires de Trévoux les attribuent à l'abbé de Villiers''; mais leur conjecture, inexacte d'ailleurs, n'a pas d'écho. En 1712, le Dictionnaire de Moréri trahit un secret que sans nul doute l'auteur trouvait trop bien gardé : il recommandait lui-même, en 1727, à ses lecteurs la notice biographique qui contenait la liste de ses œuvres et qu'avait publiée le contl-

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