‹ Œuvres de La Bruyère (volume 2)Chapitre 82 sur 861 · Pages 3û, 32, 71, 206, 573, 574, 599. — 7. Pages 2 et · texte numérisé non relu

Pages 3û, 32, 71, 206, 573, 574, 599. — 7. Pages 2 et

8. Vovez. la Préface du Théophraste moderne et notre tome I, p. 432.

du style ordinaire des préfaces ; et comme je ne crois plus un homme qui dit avoir été sollicité par ses amis de donner ses ouvrages au public, je crois encore moins celui qui assure que M. de la Bruyère

l'a honoré de ses applaudissements Je ne doute point que M. de la

Bruyère, devenu célèbre et par conséquent fort au-dessus de l'envie, nuUi inviclus^ nullï invisus, je ne doute point que par complaisance il ne se fît honneur de donner son approbation, quoique flatteuse, aux gens qui s'en faisoient un de la lui demander; mais je doute et qu'il jugeât le livre assez bon pour se donner la peine de le réformer, et que l'auteur eût avec lui une liaison assez étroite pour l'obliger à ces pertes de temps. Si M. de la Bruyère l'avoit seulement connu, il n'auroit pas manqué de le renvoyer au caractère de Dioscore et de lui dire : Prenez une scie ^ Dioscore, etc. *. » Et plus loin^, commentant un passage où l'auteur du Théophrasle insinue que la Bruyère a revu et corrigé une partie de ses Caractères : « Personne, dit-il, n'est capable de prendre le change et de ])enser que M. de la Bruyère ait mis de son esprit à des choses où il n'a pas seulement jeté les yeux. J'assurerois qu'il n'a lu aucun de ces caractères »

Le correspondant de province, qui serait disposé à tenir bon compte de la préface s'il était vrai, comme elle le dit, que l'auteur eût été ami de la Bruyère, résume la question en ces mots (p. Sa) : « Du moment qu'il y a lieu de douter de cette liaison (ce//e de la Bruyère et de Vauteur du Théophraste moderne), je trouve peu de bonne foi dans ce procédé. Un homme qui, pour faire valoir un livre, a recours à ces sortes d'exagérations, je le condamne à prouver la familiarité, de même que les gens qui osent se dire parents d'un défunt sont obligés de produire une généalogie. II devroit y avoir des peines établies contre ces usurpateurs de noms illustres*. »

Après s'être ainsi attaqué lui-même, Brlllon ne crut pas nécessaire d'écrire sa propre apologie; mais avant même que sa critique fût publiée *, il prenait la plume pour défendre la Bruyère contre ses propres traits : voyez ci-après, n° 5. Dans son Apologie de M. de la Bruyère, il se fera de nouveau honneur de son amitié. Quel jour dit-il la vérité ?

. — Apologie de Monsieur de la Bruyère ou réponse à la critique des Caractères de Théophraste, Paris, J. B. Delespine, 1701, in-12.

L'auteur de cet ouvrage, qui se compose de aS lettres, est, nous l'avons dit, le même P. J. Brilion qui avait publié les Sentiments critiques. Tout indigné de l'audace qu'on a montrée, c'est-à-dire qu'il a montrée lui-même dans ce premier ouvrage, il s'écrie (p. 2) : « Que faire, Monsieur? Il y a des gens qui meurent d'envie d'être connus; ils ont résolu de se distinguer; prêts d'entrer dans toutes les routes qui mènent à la réputation, ils veulent y arriver à quelque prix que ce soit. Il leur seroit difficile de mériter un nom par un bon ouvrage : ils tâchent de l'obtenir par la critique d'un ouvrage excellent. » Brilion sait bien, on le conçoit, et explique pertinemment les motifs qui peuvent inspirer des Uvres tels que les Sentiments critiques ou V Apologie de M. de la Bruyère; mais plus encore qu'au désir de se faire un nom, il cédait, en multipliant ses œuvres et en les diversifiant jusqu'à les rendre contradictoires, à cette « démangeaison d'écrire » qu'il a caractérisée hii-mème.

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