‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 10 sur 373 · I. Chronologie novenaire^ p · texte numérisé non relu

I. Chronologie novenaire^ p

SUR LA BRUYERE. xix

n'eût voulu lui apporter la confidence de ses projets de meurtre? Cette conférence, quoi qu'il en soit, compromit sans doute le lieutenant civil ; car il faillit être l'un de ceux que le duc de Mayenne fit arrêter le 3 décembre et étrangler la nuit suivante, pour venger l'assassinat de Brisson. Il dut son salut à la généreuse intervention de Guillaume du Vair, alors conseiller au Parlement, qui, oubliant des griefs personnels, vint à son secours*. Avec la toute-puissance des Seize, presque anéantie par le duc de Mayenne au mois de décembre, disparut aussi l'autorité des la Bruyère. Au printemps de iSgS, quelques citoyens s'étaient enhardis jusqu'à demander la paix, ou tout au moins une trêve. Le lieutenant civil fit faire une menaçante enquête sur ceux qui s'étaient assemblés pour s'entretenir des moyens de mettre fin à la guerre civile ; mais cette fois le Parlement crut devoir modérer son zèle. Il fut appelé à comparaître, et, par un véhément discours, le président le Maître protesta contre les atteintes portées, dans la cité libre de Paris, à la liberté de ceux qui voulaient assurer le repos public. La Bruyère, faiblement défendu par ses amis, reçut l'ordre de suspendre ses informations, et se retira, « bafoué tout plein » des con-

I. C'est du moins ce que nons lisons d^ns les ^anecdotes tirées de la bouche du garde des sceaux du Fair^ que M. Ludovic Lalanne a publiées à la suite des Mémoires de Marguerite de Valois {Bibliothèque elzévirienne^ i858, p. 241) : « La Bruyère même, lieutenant civil, qui ëtoit des principaux bandoliers de la Ville, eut la vie sauve par ce moyen {la protection de M. du Fair), lorsqu'il fut mis en prévention **, dont il fut démis et relégué, combien qu'il lui eût voulu faire quelque indignité, car il envoya un jour des visiteurs en sa maison, lesquels, sous prétexte de la visiter, lui prirent tout son blé lors de la cherté, et donnèrent sujet à d'autres de lui aller prendre un soir pour quatre ou cinq cents écus de linge fin qu'il tenoit dans la petite salle basse: dont il s'alla plaindre au lieutenant qu'il lui avoit envoyé des voleurs. » Il est piquant de voir, à un siècle de distance, l'arrière-petit-fils de ce même lieutenant civil reprocher à la police de son temps de se faire la complice des voleurs (voyez tome II, p. 189, n» 53).

^ Le rédacteur de V Anecdote ne dit pas en quelle circonstance la Bruyère courut ce danger. Ce fut « lorsque Mayenne accourut à Paris après le supplice du président Brisson », suivant une note de M. I.alanne, à qui nous nous en rapportons.

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