XX NOTICE BIOGRAPHIQUE
seillers, qui « lui dirent pouilles, » suivant le langage de Pierre del'Estoilei.
Lorsque Henri IV entra dans Paris, les deux la Bruyère se préparèrent à l'exil. Ils reçurent, le 3o mars iSg/J, si toutefois ils ne l'avaient devancé, l'ordre de partir. A ceux qu'il exilait, le Roi offrait de les maintenir dans leurs biens et dans leurs offices, les autorisant à se retirer à la campagne ou dans une ville qui n'eût pas une garnison royale, s'ils consentaient à prêter un serment de fidélité. Sur cent dix ligueurs bannis, deux seulement firent leur soumission, et ce ne furent pas les la Bruyère.
Anvers fut le refuge de la plupart des ligueurs exilés, et l'on cite généralement les deux nôtres parmi ceux qui y avaient cherché asile. Il est plus vraisemblable qu'ils allèrent à Bruxelles ; au moins Mathias y publia-t-il, en i6o3, le Rosaire de la trèsheureuse Vierge Marie 2, auquel il travaillait depuis deux ans. Il se rendit d'Anvers ou de Bruxelles à Naples, et l'opinion commune est qu'il y prit part à divers complots contre la \'ie d'Henri IV. Un aventurier, nommé Pierre du Jardin et surnommé le capitaine de la Garde, prisonnier de la Bastille et de la Conciergerie de i6i5 à 1619, cV déclaré qu'il avait dîné deux fois, à Naples, avec Mathias de la Bruyère, la première chez Charles Hébert, secrétaire de feu le maréchal de Biron, la seconde chez l'ancien lieutenant civil lui-même ; qu'il s'était rencontré à la table de ce dernier avec Ravaillac, qui avait entretenu la compagnie de ses projets de meurtre ; que le même la Bruyère l'avait présenté au P. Alagon, oncle du duc de Lerme, premier ministre de Philippe III, et que ce jésuite lui avait offert, à lui la Garde, cinquante mille écus et le titre de grand d'Espagne s'il voulait assassiner le Roi ; qu'il avait reçu enfin de la Bruyère une lettre très-compromettante, lettre qu'il avait
1 . Mémoires- Journaux de Henri III ^ édition de MM. Brunet, Champollion, Lacroix, Read et Tamizey de Larroque, tome VI, p. 33.
2. Voyez sur ce livre le Dictionnaire de Jal^ p. -18. L'auteur, u Mathius de la Bruière, cy devant lieutenant de la Prevosté de Paris, » dit avoir a prins plaisir.... d'employer en la confection de cest opuscule.... une partie du loysir qu'il a pieu à la bonté de Dieu lui donner pendant son affliction et voluntaire exil. » Le privilège, daté de Bruxelles, est du 24 janvier i6o3.
SUR LA BRUYÈRE
fait lire à Henri IV lui-même, et qu'il avait remise, depuis sa captivité, aux membres du Parlement*. Imprimées en 1619, ^^ d'accord avec les rumeurs qui s'étaient déjà répandues sur les menées des ligueurs exilés, ces imputations contre la Bruyère furent facilement acceptées par les contemporains ; et cependant quelle pouvait être l'autorité d'un personnage tel que le capitaine de la Garde? Peut-être avait-il vu à Naples Mathias de la Bruyère et d'autres exilés; peut-être même avait-il été le confident de leurs ressentiments et de leurs espérances; mais il semble certain qu'aucun d'eux n'a été le complice de Ravaillac.
Il parut à Paris, en 161 5 et en 16 17, deux petits livres, signés du nom de la Bruyère, qui ont été attribués à l'auteur du Rosaire^ et dont la publication a semblé offrir la preuve de son retour en France ^.
De ces deux opuscules de peu d'intérêt et de mérite, l'un, la Résurrection de la Paulette^ a pom' nom d'auteur : « le sieur de la Bruyère; r> l'autre, la Réplique a t Anti-malice des femmes : ce le sieur de la Bruyère, gentilhomme béarnois. » S'agitil d'un même la Bruyère, attachant son nom à l'une et à l'autre pièce, mais déguisant son origine sur la seconde, qui est un libelle contre les femmes? Ce la Bruyère, si les deux ouvrages sont du même écrivain, ou l'un des deux si, ce qui est plus vraisemblable, ils sont d'auteurs différents, est-il bien un des ascendants du moraliste ? A le supposer, nous hésiterions à attribuer ces opuscules ou l'un d'eux au vieux Mathias. Ils paraissent être des œuvres de jeunesse qui conviendraient mieux à son petit-fils Guillaume de la Bruyère, grand-père du nôtre.
1. On peut voir, à ce sujet, deux factums, l'un daté de i6ig, et intitulé : Manifeste de Pierre du Jardin^ capitaine de la Garde^ prisonnier en la Conciergerie du Palais (il a été reproduit par Éd. Fournier dans les P^ariétés historiques et littéraires de la. Bibliothèque elzévirienne. 1867, tome VII, p. 83-88); l'autre, imprimé sans indication de lieu ni date, avec ce titre : « Factuni de Pierre du Jardin^ sieur et capi~ taine de la Garde ^... contenant un abrégé de sa vie et des causes de sa prison, pour oster à un chacun les mauvais soupçons que sa détention pourroit avoir donnez. » Sur ce personnage, ses dénonciations et ses factums, voyez l'ouvrage de M. Loiseleur intitulé : Ravaillac et ses complices (1873, p. 47~5l et p. 67-70.)
2. Voici les titres de ces deux plaquettes, que peu de biblio-