Var. (édit. i) : du dé
4. Ces « honnêtes femmes » dont les maisons étaient n ouvertes à ceux qui payoient pour y entrer » ue doivent pas être confondues, ce
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L'on saura que le peuple ne paroissoit dans la ville que pour y passer avec précipitation : nul entretien, nulle
nous semble, avec les femmes qui, suivant une note de Boileau, a donnoient à souper aux joueurs qu'elles recevoient, de peur de ne plus les revoir s'ils sortoient de leur maison. » C'est à ces dernières qu'il est fait allusion dans la Satire sur les femmes (vers 673-676) :
T'ai-je encore décrit la dame brelandière Qui des joueurs chez soi se fait cabaretière, Et souffre des affronts que ne souffriroit pas I/lîôtesse d'une auberge à dix sols par repas?
Chez les femmes dont il s'agit dans la satire de Boileau, les joueurs, sans aucun doute, remboursaient le prix de leur souper ; mais ce n'est point là, selon nous, ce que la Bruvère entend par ces mots : payer pour entrer. Il était d'usage, au dix-septième et au dix-huitième siècle, que les joueurs laissassent quelque argent sur les tables de jeu pour payer les cartes : à cet usage il n'était pas admis d'exception, et chez le roi Louis XIV comme chez le moindre bourgeois, l'on abandonnait une part de son gain pour le prix des cartes ; c'est de cette habitude, selon toute vraisemblance, que veut parler la Bruyère. L'un de ses imitateurs, l'avocat Brillon, fait certainement allusion au même usage dans celui de ses caractères où il nous montre Arténice établissant dans sa maison « un brelan continuel, » et jouissant, en dehors des gains du jeu, du revenant-bon des cartes. « Ce profit, ajoute-t-il, ne devroit pas faire le revenu d'une duchesse ; s'il est le principal, il n'est pas certainement le plus noble. » {Théophraste moderne ou nouveaux caractères des mœurs, p. 63i, édition de 1701.) Ce profit, comme on le voit, enrichissait parfois les « honnêtes femmes » qui donnaient à jouer. Dans une comédie de Baron, antérieure de quelques années à la publication des Caractères, une femme de chambre reproche à sa maîtresse, qui est marquise, de donner à jouer la nuit et le jour, et d'exiger de ses domestiques un service fatigant : <l Encore , ajoutet-elle, dans le temps qu'on leur laissoit le profit des cartes, passe! Il ►est vrai que l'on fournissoit la bougie, le foin, l'avoine et la paille*; mais baste! on ne laissoit pas que de s'y sauver encore. Mais je ne sais quel mauvais exemple vous suivez aujourd'hui**, et tout à fait
* La bougie pour les joueurs; le foin, l'avoine, etc., pour leurs chevaux, que l'on dételait pendant les séances de jeu.
** Voyez toutefois dans les Historiettes de Tallemant des Réaux (tome VI, p. 36 1, in-8*^, 3*" édition) un passage qui semble démontrer que depuis longtemps déjà les plus riches personnages retenaient pour eux-mêmes l'argent des cartes.
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familiarité; que tout y étoit farouche et comme alarmé par le bruit des chars qu'il falloit éviter, et qui s'abandonnoient au milieu des rues, comme on fait dans une lice pour remporter le prix de la course. L'on apprendra sans étonnement qu'en pleine paix et dans une tranquillité publique, des citoyens entroient dans les temples, alloient voir des femmes, ou visitoient leurs amis avec des armes offensives, et qu'il n'y avoit presque personne qui n'eût à son côté de quoi pouvoir d'un seul coup en tuer un autre. Ou si ceux qui viendront après nous, rebutés par des mœurs si étranges et si différentes des leurs , se dégoûtent par là de nos mémoires, de nos poésies, de notre comique et de nos satires, pouvons-nous ne les pas plaindre par avance de se priver eux-mêmes, par cette fausse délicatesse, de la lecture de si beaux ouvrages, si travaillés, si réguliers, et de la connoissance du plus beau règne dont jamais l'histoire ait été embellie?
Ayons donc pour les livres des anciens cette même indulgence que nous espérons nous-mêmes de la postérité, persuadés que les hommes n'ont point d'usages ni de coutumes qui soient de tous les siècles, qu'elles changent avec les temps, que nous sommes trop éloignés de celles qui ont passé, et trop proches de celles qui régnent encore, pour être dans la distance qu'il faut pour faire
indigne d'une personne de qualité comme vous : vous ne nous en laissez pas la moindre.... — Ah! du Laurier! s'écrie la marquise, voici donc l'enclouure! Si tu ne nous avois point parlé des cartes, ta morale auroit pu faire quelque effet! » (£,e Coquet trompé^ acte I, scène m.) Au palais de Versailles du moins, un grand nombre des gens de service se partageaient « les profits du jeu, 9 c'est-à-dire « ce que donnoient les personnes qui jouoient dans les chambres et cabinets du Roi » [État de la France de 1687, tome I, p. 3 10), et la longue énumération des copartageants prouve que ces profits devaient être considérables ; voyez, d'ailleurs sur ce point les Mémuïrcs de Gourville, collection Petilot, tome LU, p. 334, et Dussaulx, de la Passion du jeu, Paris, 1779, i'"'' partie, p. 79, et 2^ partie, p. 4^-
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des unes et des autres un juste discernement. Alors ni ce que nous appelons la politesse de nos mœurs, ni la bienséance de nos coutumes, ni notre faste, ni notre mai^nificence ne nous préviendront pas davantage contre la vie simple des Athéniens que contre celle des premiers hommes, grands par eux-mêmes, et indépendamment de mille choses extérieures qui ont été depuis inventées pour suppléer peut-être à cette véritable grandeur qui n'est plus.
La nature se montroit en eux dans toute sa pureté et sa dignité, et n'étoit point encore souillée par la vanité, par le luxe, et par la sotte ambition. Un homme n'étoit honoré sur la terre qu'à cause de sa force ou de sa vertu ; il n'étoit point riche par des charges ou des pensions, mais par son champ, par ses troupeaux, par ses enfants et ses serviteurs; sa nourriture étoit saine et naturelle, les fruits de la terre, le lait de ses animaux et de ses brebis; ses vêtements simples et uniformes, leurs laines, leurs toisons; ses plaisirs innocents, une grande récolte, le mariage de ses enfants, l'union avec ses voisins, la paix dans sa famille. Rien n'est plus opposé à nos mœurs que toutes ces choses ; mais l'éloignement des temps nous les fait goûter, ainsi que la distance des lieux nous fait recevoir tout ce que les diverses relations ou les livres de voyages nous apprennent des pays lointains et des nations étrangères.
Ils racontent une religion, une police, une manière de se nourrir, de s'habiller, de bâtir et de faire la guerre, qu'on ne savoit point, des mœurs que l'on ignoroit. Celles qui approchent des nôtres nous touchent, celles qui s'en éloignent nous étonnent; mais toutes nous amusent. Moins rebutés par la barbarie des manières et des coutumes de peuples si éloignés, qu'instruits et même réjouis par leur nouveauté, il nous suffit que ceux dont il s'agit soient Siamois, Chinois, Nègres ou Abyssins.