Var. (édit. 1-4) : ou des discours ou des faits
2. L'usage de la flûte, très-ancien dans les troupes. (Note de la Bruyère.)
LES CARACTÈRES DE THÉOPHRASTE. 5i
personnes lui ont dit que le Roi * et Polysperchon ^ ont gagné la bataille , et que Gassandre , leur ennemi , est tombé vif entre leurs mains ^ Et lorsque quelqu'un lui dit : « Mais en vérité, cela est-il croyable ? » il lui réplique que cette nouvelle se crie et se répand par toute la ville , que tous s'accordent à dire la même chose, que c'est tout ce qui se raconte du combat, et qu il y a eu un grand carnage. Il ajoute qu'il a lu cet événement sur le visage de ceux qui gouvernent, qu'il y a un homme caché chez l'un de ces magistrats depuis cinq jours entiers, qui revient de la Macédoine, qui a tout vu et qui lui a tout dit. Ensuite, interrompant le fd de sa narration : « Que pensez-vous de ce succès? » demande -t-il à ceux qui l'écoutent. « Pauvre Gassandre! malheureux prince! s'écrie-t-il d'une manière touchante. Voyez ce que c'est que la fortune; car enfin Gassandre étoit puissant, et il avoit avec lui de grandes forces. Ge que je vous dis , poursuit-il, est un secret qu'il faut garder pour vous seul, » pendant qu'il court par toute la ville le débiter à qui le veut entendre. Je vous avoue que ces diseurs de nouvelles me donnent de l'admiration , et que je ne conçois pas quelle est la fin qu'ils se proposent; car pour ne rien dire de la bassesse qu'il y a à toujours mentir, je
1. Aridée {Jrrhidée), frère d'Alexandre le Grand. {Note de la Bruyère.)— « Selon l'époque, très-incertaine, dit M. Stiéveuart, ou l'on est censé forger cette nouvelle, le Roi sera Arrhidée, frère et successeur d'Alexandre le Grand (c'est l'avis de Casaubon), ou, selon Schwartz, Alexandre II, fils du conquérant, ou, d'ajDrès Coray, Hercule, un autre de ses fils. »
2. Capitaine du même Alexandre. {Note de la Bruyère.) — Cassandre disputait à Polysperchon la tutelle des enfants d'Alexandre. — Polispercon^ comme ci-dessus (p. 49) Lisandre.^ dans les dix premières éditions.
3. C'étoit un faux bruit; et Gassandre, fils d'Antipater, disputant à Aridée et à Polysperchon la tutelle des enfants d'Alexandre, avoit eu de l'avantage sur eux. [Note de la Bruyère.)
ne vois pas qu'ils puissent recueillir le moindre fruit de cette pratique. Au contraire, il est arrivé à quelques-uns de se laisser voler leurs habits dans un bain public , pendant qu'ils ne songeoient qu'à rassembler autour d'eux une foule de peuple , et à lui conter des nouvelles. Quelques autres, après avoir vaincu sur mer et sur terre dans le Portique *, ont payé l'amende pour n'avoir pas comparu à une cause appelée. Enfin il s'en est trouvé qui le jour même qu'ils ont pris une ville, du moins par leurs beaux discours , ont manqué de dîner. Je ne crois pas qu'il y ait rien de si misérable que la condition de ces personnes*, car quelle est la boutique, quel est le portique, quel est l'endroit d'un marché public où ils ne passent tout le jour à rendre sourds ceux qui les écoutent, ou à les fatiguer par leurs mensonges ?
DE l'effronterie CAUSÉE PAR l'aVARICE.
Pour faire connoitre ce vice , il faut dire que c'est un mépris de l'honneur dans la vue d'un vil intérêt. Un homme que l'avarice rend effronté ose emprunter une somme d'argent à celui à qui il en doit déjà , et qu'il lui retient avec injustice. Le jour même qu'il aura sacrifié aux Dieux, au lieu de manger religieusement chez soi une partie des viandes consacrées ^, il les fait saler pour lui servir dans plusieurs repas, et va souper chez l'un de ses amis; et là, à table, à la vue de tout le monde, il appelle son valet, qu'il veut encore nourrir aux dépens
I. Voyez le chapitre de la Flatterie. {Note de la Brujère.) — Cidessus, p, 36, note 2.
1. C'étoit la coutume des Grecs. Voyez le chapitre du Contretemps. {Note de la Brufire.) — Ci-après, p. 60, note 2.
de son hôte, et lui coupant un morceau de viande qu'il met sur un quartier de pain : « Tenez, mon ami, lui dil-il, faites bonne chère. « Il va lui-même au marché acheter des viandes cuites * ; et avant que de convenir du prix , pour avoir une meilleure composition du marchand , il lui fait ressouvenir^ qu'il lui a autrefois rendu service. Il fait ensuite peser ces viandes , et il en entasse le plus qu'il peut; s'il en est empêché par celui qui les lui vend, il jette du moins quelque os dans la balance : si elle peut tout contenir, il est satisfait ; sinon , il ramasse sur la table des morceaux de rebut , comme pour se dédommager, sourit, et s'en va. Une autre fois, sur l'argent qu'il aura reçu de quelques étrangers pour leur louer des places au théâtre, il trouve le secret d'avoir sa part franche du spectacle', et d'y envoyer le lendemain ses enfants et leur précepteur. Tout lui fait envie : il veut profiter des bons marchés, et demande hardiment au premier venu une chose qu'il ne vient que d'acheter. Se trouve-t-il dans une maison étrangère , il emprunte jusqu'à l'orge '^ et à la paille ; encore faut-il que celui qui les lui prête fasse les frais de les faire porter chez lui ^ . Cet effronté , en un mot , entre sans payer dans un bain public, et là, en présence du baigneur, qui crie inutilement contre lui, prenant le premier vase qu'il
1 . Comme le menu peuple, qui achetoit son soupe chez les chair cuitiers. {Note de la Bruyère.^ — On lit chalrcutlers dans les éditions 1-6. — « Le grec, fait remarquer Scliweigliaeuser, ne dit pas des viandes cultes^ et la satire ne porte que sur la conduite ridicule que tient cet homme envers son boucher. »