‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 14 sur 373 · XXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XXVI NOTICE BIOGRAPHIQUE

moitié de la dot de leur grand-père Mathias ; et la diminution e'tait d'autant plus sensible que le pouvoir de l'argent avait baisse' pendant les années qui s étaient écoulées entre les deux mariages.

La jeune fille, Elisabeth Hamonyn, qu'épousait Louis de la Bruyère et qui devait être la mère de notre auteur, avait, de son côté, une dot de 6000 francs, que sa mère, veuve depuis treize ans, constitua péniblement^. Un capital de 12 000 francs, et les revenus que l'on pouvait tirer des fonctions de contrôleur des rentes de la ville de Paris, telle était donc la fortune des parents de la Bruyère, au moment de leur mariage. Sur huit enfants, ils devaient en élever cinq, et le budget du contrôleur eût été peut-être insuffisant, si son frère cadet Jean, auquel étaient échus les domaines du Vendomois et qui avait acquis, je ne sais comment, une assez belle fortune mobilière, n'avait pris place à son foyer et allégé les charges de la maison en les partageant^. Nous ignorons quelle était alors la profession de ce second Jean de la Bruyère, oncle et parrain du futur auteur des Caractères . En i655, dix ans après la naissance de son filleul, il achètera une charge de secrétaire du Roi, titre qui était souvent le couronnement de la vie des partisans, désireux de faire oublier, par l'anobhssement qu'ils tiraient de là, l'origine de leur fortune. Il est vraisemblable que Jean II de la Bruyère s'était associé à quelque bail de ferme.

Les premières années de la Bruyère s'écoulèrent à Paris, dans la Cité , sur le territoire peu étendu * de la paroisse

1. La vente d'un terrain, dont on avait eu la bonne fortune de pouvoir se défaire rue de Tournon , procurait à Elisabeth Haniv^nyn 2000 francs pour sa part de propriété ; sa mère y avait joint une même somme, et il fallut emprunter le dernier tiers à l'un de ses oncles, qui soutint plus tard de longs procès contre ses frères et sœurs pour en obtenir le remboursement. (Archives nationales, Requêtes du Palais, X^ 472, Dicium du 6 octobre 1668.)

2. Du moins Jean II de la Bruyère mourut-il auprès de ses neveux, en 1671, dans la maison qu'il habitait avec eux, et où son frère avait pris logis en i652. Nul document n'indique la date à laquelle commença cette communauté de vie.

3. Il comprenait le parvis Notre-Dame, et, entre autres rues,

SUR LA BRUYERE. xxvii

Saint-Christophe, où nous savons que vivait sa famille. Il faut se garder de la tentation de chercher dans les Caractères les marques du séjour de la Bruyère dans le voisinage de Notre- Dame. Ce n'est que jusqu'à l'âge de cinq ans qu'il y entendit le son des cloches dont la mélodie réveillait les chantres et endormait les chanoines ^ En i65o, son père abandonnait la Cité pour prendre logis dans la paroisse Saint-Merry, et, deux ans plus tard, il se transportait dans une maison de la rue Grenier-Saint-Lazare. Il y devait mourir, et comme lui, son frère.

Un éditeur des Caractères'^ ^ se fondant sur la tradition qui a si longtemps placé le lieu de la naissance de la Bruyère aux environs de Dourdan, attribue au hasard qui le fit naître campagnard « ce goût des choses rurales et champêtres qui se manifeste en plusieurs endroits de son livre. •>■> La Bruyère put aimer les champs sans avoir passé ses premières années en

les rues Neuve-Notre-Dame, de Saint-Christophe, des Sablons. — Une branche de la famille Hamonyn habitait rue Neuve- Notre-Dame : ce n'était point celle à laquelle appartenait la mère de la Bruyère, et il n'y a rien qui autorise à considérer les la Bruyère comme les voisins immédiats des Hamonyn de la rue Neuve. Dans la paroisse Saint-Christophe, beaucoup de maisons appartenaient à l'Hôtel-Dieu; mais il est douteux que les la Bruyère aient occupé l'une d'elles : leur nom ne se trouve point parmi ceux des locataires de l'Hôtel-Dieu qui ont été relevés dans Vlnventairesommaire des Archives de i' Assistance publique^ ou portés sur la liste insérée dans les Etats au vrai du bien et du revenu de V Hôtel-Dieu imprimés à cette époque. Dans l'inventaire après décès de Jean II de la Bruyère, il est bien question d'une quittance qui lui a été délivrée par le commis principal de la recette de l'Hôtel-Dieu, en 1648, temps où la famille habitait la Cité, et cette indication nous aurait guidés sûrement vers la maison qu'il occupait à cette date, et qu'il partageait sans doute avec son frère Louis de la Bruyère, si cette quittance eût été celle de son propre loyer; mais c'est en Facîquit d'un sieur de Saint-Aubin, locataire de l'Hôtel- Dieu, que ledit Jean versait, en 1647, un loyer de 840 livres. Il nous a fallu, après beaucoup de tâtonnements et de recherches, renoncer à découvrir la rue et la maison où naquit notre auteur.

Page 1