XXIV NOTICE BIOGRAPHIQUE
rie située à Plailly, dans le bailliage de Senlis, qu'on appelait le ce Fief royal. » Aussi son fils Mathias avait-il pu acheter un office de lieutenant particulier et faire un assez brillant mariage : sa femme, fille d'un président du présidial de Poitiers ^ lui avait apporté une dot de i4 ooo livres. Pour lui, il avait reçu de son père 1 2 000 livres et la terre du bailliage de Senlis. Le poste de lieutenant civil, qu'il occupa pendant quatre années, très-lucratif en temps ordinaire et paisible 2, avait pu accroître ses revenus, même pendant les agitations de la Ligue. Mais Mathias avait, nous dit-on, dépensé en galanteries une partie de sa fortune ^ Les troubles, d'autre part, que son père
les limites n'étaient pas les mêmes qu'aujourd'hui), le célèbre Bernard Palissy. Des procureurs et des notaires donnent de i5 à 20 livres*, des conseillers au Parlement 80 livres -, un médecin ao livres; un apothicaire de la rue Sans-Chef, 12 livres. — Nous relevons encore, comme points de comparaison, les taxes suivantes parmi les plus élevées : la dame de Carnavalet, rue Culture-Sainte- Catherine, 140 livres ; l'hôtel de Boisy, rue Saint-Antoine, 3oo livres *, M. de la Trimoille, au faubourg Saint-Honoré, 160 livres (dont il fut déchargé) -, l'archidiacre de Thou, au cloître Notre- Dame, 240 livres*, M. de Thou, maître des comptes, /\o livres.
1. François Aubert, seigneur d'Aventon, conseiller en la grand'chambre du parlement de Paris, puis, en iSSj, président du présidial de Poitiers, échevin de la commune de Poitiers en i558, élu raiaire en i564. Lors de la réformation de la Coutume du Poitou, il fut chargé de la rédaction des nouveaux articles. (^Bibliothèque historique du Poitou, par Dreux du Radier, 1842, tome I, p. 74» et note communiquée par M. Richard, archiviste de la Vienne.
2. Cette charge, dont le prix devait atteindre, en i665, 400 000 livres, et plus tard 5oo 000, fut payée en iSgô, sur l'ordre du Roi et bien qu'on en eût offert près du double, i5 000 livres, qui représentaient, au compte de M. Leber, 98 000 francs environ de notre monnaie. [Essai sur Vappréciation de la fortune privée au moyen âge, 1847, P- ^^^ ^^ 206 \ Journal d^Olier, dans le Cabinet historique^ année 1876, p. 169.)
3. « En ce même an iSqo, le dimanche 18 novembre, on écrivit contre la porte du lieutenant civil de la Bruière le quatrain suivant :
Le fils d'un apotliîcaire Tout son bien en amour despend.,.. »
(^Mémoires-Journaux de P. de VEsloile, tome V, p. 6a). Nous n'a-
SUR LA BRUYÈRE
et lui avaient fomente's, ou du moins activement approuvés, durent porter à la prospérité de la famille une grave atteinte ^ En préférant l'exil à la soumission, Jean et Mathias de la Bruj'ère s'étaient d'ailleurs résignés à la confiscation de leurs biens, et quelles que soient les précautions qu'ils aient prises en voyant expirer la Ligue, ils durent partir pour l'étranger très-appauvris. Peut-être Mathias de la Bruyère avait-il préservé de la confiscation ses terres du Vendomois. S'il ne put le faire, son petit-fds du moins en obtint la restitution, car ce dernier, Guillaume de la Bruyère, les possédait à titre de propres. Il y joignit la fortune de sa femme, Diane de Lamarre, qui, de son côté, outre la dot et les biens qui lui vinrent de son père et de sa mère, reçut en legs lo ooo livres d'un parent ou d'un ami. La fortune des la Bruyère, un instant relevée, devait bientôt s'amoindrir encore une fois. Guillaume de la Bruyère, comme nous l'avons dit, géra mal ses biens, et sa succession, que ses enfants n'acceptèrent que douze ans après sa mort, fut sans nul doute modeste. Son fils Louis de la Bruyère et sa fille Louise reçurent chacun en dot 6000 livres^, c'est-à-dire une somme qui n'atteignait pas les deux tiers ni peut-être la
chevons pas la citation du très-libre quatrain. — Jean Bonnefons a dédié à Mathias de la Bruyère l'une de ses pièces : voyez Pancharis J. Bonefonii^ édition de Tours, iSga, p. 7 : Ad Mathiam Bruerium^ proprsetorem Parisiensem.
1 . Les Seize se défendaient, avec raison sans doute, d'avoir mis à profit les troubles publics pour accroître leur fortune : « Avez-vous vu, dit à leur sujet (p. 466) le Manant^ qui est ligueur, au Maheustre, qui est royaliste, dans le dialogue précédemment cité, avezvous vu quelque acquisition de grands biens qu'ils aient faite, ou grands bastiments, ou qu'ils soyent parus en grandeurs et leur train augmenté? De ma part, je sçai pour vérité qu'ils sont diminuez de moitié de leurs premières facultés, et avoient plus de biens auparavant les barricades qu'ils n'ont à présent, étant réduits à l'extrémité pour n'avoir voulu adhérer au roi de Navarre ni à aucun de leur suite : de sorte qu'ils n'ont joui de leurs biens, et se sont de tant engagés, tant pour le géne'ral que pour le particulier, qu'à présent ils sont plus prêts d'emprunter que de prêter. »
2. C'est-à-dire 29. 000 et quelques centaines de francs de notre monnaie, si l'on admet les estimations qui ont cours.
La Bruyère, i b