‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 140 sur 373 · DE L IMPUDENT OU DE CELUI QUI NE ROUGIT DE RIEN · texte numérisé non relu

DE L IMPUDENT OU DE CELUI QUI NE ROUGIT DE RIEN

L'impudence^ est facile à définir : il suffit de dire que c'est une profession ouverte d'une plaisanterie outrée, comme de ce qu'il y a de plus honteux et de plus contraire à la bienséance. Celui-là, par exemple, est impudent, qui voyant venir vers lui une femme de condition*, feint dans ce moment quelque besoin pour avoir occasion de se montrer à elle d'une manière déshonnéte ; qui se

1 . Parce que dans cette partie du jour le froid , en toute saison, étoit supportable. {Note de la Bruyère.)

2. C'étoit aussi parce que cet apprêt avec de la craie, comme le pire de tous, et qui rendoit les étoffes dures et grossières, étoit celui qui coùtoit le moins. {Note de la Bruyère.)

3. La 8" édition, et toutes les éditions postérieures, celle de M. Destailleur exceptée, portent : « l'impudent, » ce qui est sans aucun doute une faute d'impression.

4. Ce sont les mots yu'^ai^lv IXeuOspat; ^'femmes de condition libre et honnête) que la Bruyère traduit par « femme de condition. *

plaît à balli e des mains au théâtre lorsque tout le monde se tait, ou v siffler* les acteurs que les autres voient et écoutent avec plaisir; qui couché sur le dos, pendant que toute rassemblée garde un profond silence, fait entendre de sales hoquets qui obligent les spectateurs de tourner la tête et d'interrompre leur attention. Un homme de ce caractère achète en plein marché des noix, des pommes, toute sorte de fruits, les mange, cause debout avec la fruitière, appelle par leurs noms ceux qui passent sans presque les connottre, en arrête d'autres qui courent par la place et qui ont leurs affaires ; et s'il voit venir quelque plaideur, il Taborde, le raille et le félicite ^ sur une cause importante qu'il vient de perdre^. Il va lui-même choisir de la viande, et louer pour un souper des femmes qui jouent de la flûte; et montrant à ceux qu'il rencontre ce qu'il vient d'acheter, il les convie en riant d'en venir manger. On le voit s'arrêter devant la boutique d'un barbier ou d'un parfumeur*, et là annoncer qu'il va faire un grand repas et s'enivrer. Si quelquefois il vend du vin, il le fait mêler'' , pour ses amis comme pour les autres sans distinction. Il ne permet pas à ses enfants d'aller à l'amphithéâtre avant que les jeux soient commencés et lorsque Ion paye pour être placé, mais seulement sur la fin du spectacle et quand l'architecte® néglige les places et les donne pour rien. Etant envoyé avec quelques au-

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