‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 147 sur 373 · DE LA SUPERSTITION · texte numérisé non relu

DE LA SUPERSTITION

La superstition semble n'être autre chose qu'une crainte mal réglée de la Divmité. Ln homme superstitieux, après avoir lavé ses mains et s'être purifié avec de Teau lustrale*, sort du temple, et se promène une grande partie

pas donnés pour rien. — Ce passage est très-obscur en grec; les éditeurs plus récents l'ont corrigé par ime double conjecture.

1. Var. (édit. 1-6) : 11 se distingue toujours par une grande singularité, ne veut ni chanter.

2. Les Grecs récitoient à table quelques beaux endroits de leurs poètes, et dansoient ensemble après le repas. Voyez (ci-dessus , p. 6o) le chapitre du Contre-temps. [Note de la Bruyère.)

3. Une eau où Ton avoit éteint un tison ardent, pris sur l'autei où Ton brùloit la victime; elle étoit dans une chaudière à la porte du temple ; l'on s'en lavoit soi-même, ou l'on s'en faisoit laver par les prêtres. [Note de la Bruyère.) — Cette note est extraite presque littéralement du commentaire de Casaubon.

La Bruyère 5

du jour avec une feuille de laurier dans sa bouche. S'il voit une belette, il s'arrête tout court, et il ne continue pas de marcher que quelqu'un n'ait passé avant lui par le même endroit que cet animal a traversé, ou qu'il n'ait jeté lui-même trois petites pierres dans le chemin, comme pour éloigner de lui ce mauvais présage. En quelque endroit de sa maison qu'il ait aperçu un serpent, il ne diffère pas d'y élever un autel ; et dès qu'il remarque dans les carrefours de ces pierres que la dévotion du peuple y a consacrées, il s'en approche, verse dessus toute l'huile de sa fiole, plie les genoux devant elles, et les adore. Si un rat lui a rongé un sac de farine, il court au devin, qui ne manque pas de lui enjoindre d'y faire mettre une pièce*; mais bien loin d'être satisfait de sa réponse, effrayé d'une aventure si extraordinaire, il n'ose plus se servir de son sac et s'en défait. Son foible encore est de purifier sans fin la maison qu'il habite, d'éviter de s'asseoir sur un tombeau, comme d'assister à des funérailles, ou d'entrer dans la chambre d'une femme qui est en couche ; et lorsqu'il lui arrive d'avoir pendant son sommeil quelque vision, il va trouver les interprètes des songes, les devins et les augures, pour savoir d'eux à quel dieu ou à quelle déesse il doit sacrifier. Il est fort exact à visiter, sur la fin de chaque mois, les prêtres d'Orphée, pour se faire initier dans ses mystères ^ ; il y mène sa femme ; ou si elle s'en excuse par d'autres soins, il y fait conduire ses enfants par une nourrice. Lorsqu'il marche par la ville, il

1. Il y a un souvenir de ce U^ait de Théophraste au chapitre de rHomme^ dans le caractère dClrène^ n° 35.

2. Instruire de ses mystères. [Note de la Bruyère.) — Il parait c\vCinitier n'était pas d'un usage très-fréquent. Furetière (1690), bien que l'infinitif se trouve dans plusieurs dictionnaires antérieurs au sien, ne donne que le participe initié ^ qu'il considère comme un adjectif. Voyez le Lexique.

ne manque guère de se Javer toute la tête avec Teau des fontaines* qui sont dans les places; quelquefois il a recours à des {)rêtresses, qui le purifient d'une autre manière, en liant et étendant autour de son corps ^ un petit chien ou de la squille*. Enfin, s'il voit un homme frappé d'épilepsie, saisi d'horreur, il crache dans son propre sein, comme pour rejeter le malheur de cette rencontre.

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