‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 155 sur 373 · DE LA SOTTE VANITE · texte numérisé non relu

DE LA SOTTE VANITE

La sotte vanité semble être une passion inquiète de se faire valoir par les plus petites choses, ou de chercher dans les sujets les plus frivoles du nom et de la distinction. Ainsi un homme vain, s'il se trouve à un repas, affecte toujours de s'asseoir proche de celui qui l'a convié. Il consacre à Apollon la chevelure d'un fils qui lui vient de naître; et dès qu'il est parvenu à l'âge de puberté, il le conduit lui-même à Delphes, lui coupe les cheveux, et les dépose dans le temple comme un monument d'un vœu solennel qu'il a accompli *. Il aime à se faire suivre par un More^. S'il fait un payement, il

1. Le peuple d'Athènes, ou les personnes plus modestes, se contentoient d'assembler leurs parents , de couper en leur présence les cheveux de leur fils parvenu à l'âge de puberté, et de les consacrer ensuite à Hercule ou à quelque autre divinité qui avoit un temple dans la ville. (^Note de la Bruyère.) — Dans la 6« édition et dans toutes les éditions postérieures, sans en excepter les plus récentes, on a imprimé : <f et de le consacrer ; » mais /e, qu'on a pris à tort pour une •variante, est simplement une faute d'impression*, qui, depuis la 6^ édition, a pris place fort mal à propos rlans le texte de la note: on peut s'en convaincre en rapprochant cette note soit du texte même deThéophraste, soit du commentaire deCasaubon, auquel la Bruyère l'a empruntée.

2. Maure ^ dans les sept premières éditions ; More, dans la 8® et la 9^. — Le grec dit : oc un Ethiopien. »

* Nous avons sous les yeux un exemplaire de la 5^ édition où 1'^ de les es\ à peine marquée; dans d'autres exemplaires probablement, elle ne l'est pas du tout : de là sans doute cette faute de la 6^ et des suivantes.

aftecte que ce soit dans une monnoie toute neuve, et qui ne vienne que d'être frappée. Après qu'il a immolé un bœuf devant quelque autel, il se fait réserver la peau du front de cet animal, il Torne de rubans et de fleurs, et rattache à l'endroit de sa maison le plus exposé à la vue de ceux qui passent, afin que personne du peuple n'ignore qu'il a sacrifié un bœuf. Une autre fois, au retour d'une cavalcade qu'il aura faite avec d'autres citoyens \ il renvoie chez soi par un valet tout son équipage^ et ne garde qu'une riche robe dont il est habillé, et qu'il traîne le reste du jour dans la place publique. S'il lui meurt un petit chien ^, il l'enterre, lui dresse une épitaphe^ avec ces mots : // étoit de race de Malte'' . Il consacre un anneau à Esculape, qu'il use à force d'y pendre des couronnes de fleurs. Il se parfume tous les jours. Il remplit avec un grand faste tout le temps de sa magistrature ; et sortant de charge, il rend compte au peuple avec ostentation des sacrifices qu'il a faits, comme du nombre et

1. Dans le texte de la Bruyère, le mot cavalcade prend le sens de marche pompeuse. Il s'agit en effet d'une pompe telle que la procession des Panathénées. Le grec signifie littéralement : « ayant célébré une pompe avec les cavaliers, d

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