Var. (édit. i-y) : et qui cède
5. Il y a bien nangent^ et à la note suivante navigeoienty dans les neuf premières éditions. Voyez le Lexique.
La Bruyère, i 6
avec lui sont initiés * . S'il vient à remarquer que le pilote fait une nouvelle manœuvre, ou semble se détourner comme pour éviter un écueil, il Finlerroge, il lui demande avec inquiétude s'il ne croit pas s'être écarté de sa route, s'il tient toujours la haute mer, et si les Dieux sont propices^. Après cela il se met à raconter une vision qu'il a eue pendant la nuit, dont il est encore tout épouvanté, et qu'il prend pour un mauvais présage. Ensuite ses frayeurs venant à croître, il se déshabille et ôte jusques à sa chemise pour pouvoir mieux se sauver à la nage^j et après cette précaution, il ne laisse pas de prier les nautoniers de le mettre à terre. Que si cet homme foible, dans une expédition militaire où il s'est engagé, entend dire que les ennemis sont proches, il appelle ses compagnons de guerre, observe leur contenance sur ce bruit qui court, leur dit qu'il est sans fondement, et que les coureurs n'ont pu discerner si ce qu'ils ont découvert à la campagne sont amis ou ennemis ; mais si l'on n'en peut plus douter par les clameurs que l'on entend, et s'il a vu lui-même de loin le commencement du combat, et que quelques hommes aient paru tomber à ses yeux*, alors feignant que la précipitation et le tumulte lui ont fait oublier ses armes, il court les quérir
I. Les anciens navigeoient rarement avec ceux qui passoient pour impies, et ils se faisoient initier avant de partir, c'est-à-dire instruire des mystères de quelque divinité, pour se la rendre propice dans leurs voyages. Voyez (ci-dessus , p. 66) le chapitre de la Superstition. [Note de la Bruyère.^
1. Ils cousultoient les Dieux par les sacrifices ou par les augures, c'est-à-dire par le vol, le chant et le manger des oiseaux, et encore par les entrailles des bêtes. {Note de la Bruyère,)
3. La Bruyère passe ici, nous ne savons pourquoi, les mots ôiô6vai TU) 7îai8(, « donne (sa chemise) à son valet. »
4- La ge édition porte: à ses pieds; mais c'est là une faute d'impression évidente. Il y a en grec ôpwv -(;:Tov":aç , sans rien de plus.
dans sa tente, où il cache son épée sous le chevet de sou lit, et emploie beaucoup de temps à la chercher, pendant que d'un autre côté son valet va par ses ordres savoir des nouvelles des ennemis, observer quelle route ils ont prise et où en sont les affaires ; et dès qu'il voit apporter au camp quelqu'un tout sanglant d'une blessure qu'il a reçue, il accourt vers lui, le console et l'encourage, étanche le sang qui coule de sa plaie, chasse les mouches qui l'importunent, ne lui refuse aucun secours, et se mêle de tout, excepté de combattre. Si pendant le temps qu'il est dans la chambre* du malade, qu'il ne perd pas de vue, il entend la trompette qui sonne la charge : « Ah ! dit-il avec imprécation, puisses-tu être pendu, maudit sonneur qui cornes incessamment, et fais un bruit enragé qui empêche ce pauvre homme de dormir ! » Il arrive même que tout plein d'un sang qui n'est pas le sien, mais qui a rejailli sur lui de la plaie du blessé, il fait accroire à ceux qui reviennent du combat qu'il a couru un grand risque de sa vie pour sauver celle de son ami ; il conduit vers lui ceux qui y prennent intérêt, ou comme ses parents, ou parce qu'ils sont d'un même pays, et là il ne rougit pas de leur raconter quand et de quelle manière il a tiré cet homme des ennemis^ et l'a apporté dans sa tente.
1. C'est le mot ax/jv^ (^e«^c) que la Bruyère traduit ici par chambre. Il lui donne son vrai sens de tente à la fin du chapitre.
2. Var. («dit. 1-3) : des mains des ennemis. — Le grec dit : <Sxç auibç aùxbv Tatç auxou y^spatv lia axrivrjv Ixofxiaev, et Casaubon traduit : se illum suis ipsius manïbus in tentorium portasse. La Bruyère ajoute un trait : « a tiré des [mains des] ennemis, » et il en omet un autre: oc (l'a apporté) de ses propres mains. » On ne peut guère supposer qu'il se soit trompé sur le sens des mots Taîç auTou yjpai'v, et nous avons peine à croire qu'il ait retranché, à partir de la 4^ édition, les mots des mainsj pour rendre cette supposition impossible. Ce retranchement n'est peut-être que du fait de l'imprimeur.
DES GRAÎNDS d'uNE REPUBLIQUE*.
La plus grande passion de ceux qui ont les premières places dans un État populaire n'est pas le désir du gain ou de r accroissement de leurs revenus, mais une impatience de s'agrandir et de se foader, s'il se pouvoit, une souveraine puissance sur celle du peuple^. S'il s est assemblé pour délibérer à qui des citoyens il donnera la commission d'aider de ses soins le premier magistrat dans la conduite d'une fête ou d'un spectacle, cet bomme ambitieux, et tel que je viens de le définir, se lève, demande cet emploi, et proteste que nul autre ne peut si bien s'en acquitter. Il n'approuve point la domination de plusieurs , et de tous les vers d'Homère il n'a retenu que celui-ci :
Les peuples sont heureux quand un seul les gouverne'.
Son langage le plus ordinaire est tel : « Retirons-nous de cette multitude qui nous environne*, tenons ensemble un conseil particulier où le peuple ne soit pomt admis ; essayons même de lui fermer le chemin à la magistrature. » Et s'il se laisse prévenir contre une personne d'une condition privée, de qui il croie avoir reçu quelque injure : « Cela, dit-il, ne se peut souffrir, et il faut que lui ou moi abandonnions la ville. » Vous le voyez se promener dans la place, sur le milieu du jour, avec les ongles
1. Le titre grec signifie : de V Oligarchie. Casaubon ajoute : sive de moribus optimatum, « ou des mœurs des grands. »
2. Var. (édit. 1-3) : sur la ruine de celle du peuple. —N'y auraic-il pas encore là une faute d'impression? — Ce commencement est une très-longue paraphrase du texte grec, tel qu'il a été restitué par Casaubon.