‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 17 sur 373 · XXX NOTICE BIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XXX NOTICE BIOGRAPHIQUE

main maîtresse d'eile-même, sans erreur de date, toutefois avec une distraction encore, la répétition d'un mot, il consignait le succès de l'examen sur un second registre ^ Le barreau de Paris lui était désormais ouvert.

Il revint au milieu des siens dans la maison de la rue Grenier-Saint-Lazare ^. Son père vivait encore. Il le perdit en 1666, et le chef de la famille fut désormais l'oncle Jean de la Bruyère, secrétaire du Roi depuis i655, qui ne devait survivre que quatre années à son frère aîné.

Nous avons déjà nommé ce personnage, qui était presque «un manieur d'argent, jj II faisait du moins beaucoup de ces contrats dont la Bruyère parle à diverses reprises^, c'est-à-dire qu'il prêtait souvent de l'argent sous forme de constitution de rente. Le prêt à intérêt, comme l'on sait, était interdit aussi bien par la loi civile que par la loi religieuse, et la seule manière licite de tirer profit d'un prêt fait à un particulier était de lui constituer une rente perpétuelle, c'est-à-dire de lui remettre un capital qu'il restait maître de garder tant que bon lui semblerait, à la condition d'en payer annuellement la rente. Les particu-

1 . Voyez de même dans V Album le fac-similé de cette seconde pièce.

2. Dans la Comédie de J. de la Bruyère {1^^ partie, p. 877 et 878), Ed. Fournier se montre disposé à croire que la Bruyère fit, en 1666 et en 1667, un voyage en Italie, et à lui attribuer une relation conservée au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale (Fo/i^i- français^ n" 6o5i), sous ce titre : Lettre à un ami et un des illustres du temps^ qui fait en petit le récit d\m voyage en Italie fait en Vannée 1666 et 1667 sous le pontificat d'Alexandre VII. Cette lettre, précédée d'un avis au lecteur, est signée Vahbé de la Bruicre. a J'ai lu quelque part, a écrit le P. Adry en parlant de la Bruyère, qu'il avoit été quelque temps ecclésiastique; » nul autre renseignement ne confirme ce vague témoignage, consigné par le P. Adry dans une note de ses Reclierches sur les classiques français^ dont Fournier a emprunté la citation à un article de Leroux de Lincy {^Bulletin du bibliophile^ année i855, p. Sa). La Bruyère eût-il été d'ailleurs « ecclésiastique » en 1666 et 1667, encore ne pourrait-on le considérer comme l'auteur de cette lettre; la forme et le fond ne le permettraient pas. Elle n'est pas davantage de son frère, qui, en 1666, avait quatorze ans.

v3. Voyez tome I, p. aai, ligne 2; p. 267, n» 37; p. 264, n» 58; tome II, p. 20, n' i'\.

SUR LA BRUYERE. xxxi

liers étaient, en général, de plus sûrs débiteurs que l'Etat et que la Ville, dont les rentes étaient parfois soumises à des réductions arbitraires, ou encore que les hôpitaux, exposés à la banqueroute. Aussi Jean de la Bruyère avait-il préféré à toutes autres rentes les créances par contrats. Ses emprunteurs étaient quelquefois des membres de sa famille, ou de la famille de sa belle-sœur, plus souvent des étrangers, nobles ou bourgeois. Il ne prêtait pas toujours à visage découvert, et se dissimulait quelquefois derrière son frère, ou, quand il l'eut perdu, derrière l'un de ses neveux. De temps à autre, il lui fallait user contre ses débiteurs de voies de rigueur, ou accepter des accommodements. C'est ainsi qu'il fut amené à se rendre propriétaire d'une maison de campagne qui était située dans le village de Saulx, près de Longjumeau, et qui fit partie de sa succession. Nous n'avons pas, en ce moment*, sous les yeux les documents qui pourraient nous permettre d'évaluer avec précision la fortune mobilière de Jean de la Bruyère : il nous semble qu'elle devait s'élever à plus de looooo livres, ce qui était la richesse. Gomme tous les bourgeois aisés de son temps, il avait renoncé au service de table d'étain, ainsi qu'à la mule des « ancêtres, « et ses neveux, sans nul doute, usaient de son argenterie et montaient dans son carrosse; mais on ne saurait sans injustice, je crois, le confondre avec ces bourgeois ridicules dont les habitudes vaniteuses se trouvent dépeintes à la fin du chapitre de la Fille. Nous ne pouvons, à vrai dire, nous défendre d'une certaine prévention défavorable à son égard : s'il fut un homme d'affaires, si surtout on le vit faire fortune dans les partis, quel souvenir a donc gardé de lui le neveu qui a grandi à ses côtés, pour que plus tard il ait flagellé tous les manieurs d'argent avec une si éloquente et si ardente indignation !

ce II n'y a que ceux qui ont eu de vieux collatéraux, s'écrie la Bruyère*, ou qui en ont encore, et dont il s'agit d'hériter,

1. Voyez ci-dessus, p. xxiii, la fin de la note i de la page xxii. Ce Jean de la Bruyère, qui avait fait assez vite fortune, racheta des créanciers de son père et de sa mère une partie de leurs titres, sinon tous : notons ce trait à son honneur.

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