‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 224 sur 373 · Var. (édit. 1-4): elles ne laissent guère · texte numérisé non relu

Var. (édit. 1-4): elles ne laissent guère

personne, jusques à T opinion des hommes, qui aiment à lui accorder tous les avantages qui peuvent la rendre plus souhaitable.

6i. Combien de filles à qui une grande beauté n'a jamais servi qu'à leur faire espérer une grande fortune !

62. Les belles filles sont sujettes à venger ceux de leurs amants qu'elles ont maltraités, ou par de laids, ou par de vieux, ou par d'indignes maris, (éd. 7.)

63. La plupart des femmes jugent du mérite et de la bonne mine d'un homme par l'impression qu'ils font sur elles, et n'accordent presque ni l'un ni l'autre à celui pour qui elles ne sentent rien. (éd. 4-)

64. Un homme qui seroit en peine de connoître s'il change, s'il commence à vieillir, peut consulter les yeux d'une jeune femme qu'il aborde, et le ton dont elle lui parle : il apprendra ce qu'il craint de savoir. Rude école.

65. Une femme qui n'a jamais les yeux que sur une même personne, ou qui les en détourne toujours, fait penser d'elle la même chose, (éd. 40

66. Il coûte peu aux femmes de dire ce qu'elles ne sentent point : il coûte encore moins aux hommes de dire ce qu'ils sentent, (éd. 5.)

67. Il arrive quelquefois qu'une femme cache à un homme toute la passion qu'elle sent pour lui, pendant que de son côté il feint pour elle toute celle qu'il ne sent pas.

L'on suppose un homme indifférent, mais qui voudroit 68. persuader à une femme une passion qu'il ne sent pas; et Ton demande s'il ne lui seroit pas plus aisé d'imposer à celle dont il est aimé qu'à celle qui ne l'aime point.

Un homme peut tromper une femme par un feint atta- 69. chement, pourvu qu'il n'en ait pas ailleurs un véritable.

Un homme éclate contre une femme qui ne l'aime plus, 70. et se console ; une femme fait moins de bruit quand elle est quittée, et demeure longtemps inconsolable.

Les femmes guérissent de leur paresse par la vanité 71 ou par l'amour.

La paresse au contraire dans les femmes vives est le présage de l'amour, (éd. 40

Il est fort sûr qu'une femme qui écrit avec emporte- 72. ment est emportée ; il est moins clair qu'elle soit touchée. Il semble qu'une passion vive et tendre est morne et silencieuse; et que le plus pressant intérêt d'une femme qui n'est plus libre, celui qui l'agite davantage, est moins de persuader qu'elle aime, que de s'assurer si elle est aimée, (éd. 40

Glycere n'aime pas les femmes; elle hait leur com- 70. merce et leurs visites, se fait celer pour elles , et souvent pour ses amis, dont le nombre est petit, à qui elle est sévère, qu'elle resserre dans leur ordre, sans leur permettre rien de ce qui passe l'amitié* ; elle est distraite avec eux , leur répond par des monosyllabes , et semble cher-

I. Var (édit. 7) :.... est petit; elle leur est sévère, les resserre dans leur ordre, et ne leur permet rien de ce qui passe l'amitié.

cher à s'en défaire ; elle est solitaire et farouche dans sa maison; sa porte est mieux gardée et sa chambre plus inaccessible que celles de Mojithoroji * et à' H é mer y ^.V ne seule, Corinne^ y est attendue, y est reçue, et à toutes les heures; on l'embrasse à plusieurs reprises; on croit l'aimer; on lui parle à l'oreille dans un cabinet où elles sont seules ; on a soi-même plus de deux oreilles pour l'écouler; on se plaint à elle de tout autre que d'elle; on lui dit toutes choses , et on ne lui apprend rien : elle a la confiance de tous les deux. L'on voit Glycère en partie carrée au bal, au théâtre, dans les jardins publics, sur le chemin de P^enouze % où l'on mange les premiers fruits; quelquefois seule en litière sur la route du grand faubourg*, où elle a un verger délicieux, ou à la porte de Canidie^, qui a de si beaux secrets, qui promet aux jeunes femmes de secondes noces , qui en dit le temps et les circonstances. Elle paroît ordinairement avec une coiffure plate et négligée, en simple déshabillé, sans corps' et avec des mules : elle est belle en cet équipage ,

1. Pierre du Puget, sieur de Montauron, des Caries et Caussidlère, de la Marche et de la Chevrette, premier président au hureau des finances de Montauban. Sou luxe et sa vanité l'ont rendu célèbre. C'est à ce «roi des partisans, j> comme le nomme Gui Patin, que Corneille a dédié sa tragédie de Cinna. Il mourut à Paris en 1664.

2. Michel Particelli , sieur d'Esmery, surintendant des finances. Il mourut en i65o.

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