XXXVIII NOTICE BIOGRAPHIQUE
ëtë, au dix-septième siècle, un avocat qui hésitait devant la maxime que la forme emporte le fond, et pour qui les questions de droit étaient, avant tout, des questions de morale et d'équité!
Il n'aimait pas la procédure, que ses parents les procureurs avaient pu contribuer à lui rendre odieuse. Bien des souvenirs devaient, au surplus, lui en inspirer l'aversion. Avant sa naissance, son grand-père et sa grand'mère paternels avaient échangé des exploits d'huissier; puis il vit bien d'autres querelles dans la famille de sa mère. Devenue veuve, sa grand'mère maternelle, Marguerite Hamonyn, s'était retirée auprès de l'un de ses fils, Mcolas, qui, touché de la modicité de ses revenus et désireux de « la faire subsister dans l'honneur le reste de ses jours ^, » lui avait proposé de partager sa demeure. Quand la mort de Marguerite Hamonyn vint rompre cette communauté de vie, qui avait duré dix-neuf ans, il y eut un règlement d'intérêts qui suscita entre Nicolas et une partie de ses frères et sœurs un procès, de huit années pour le moins. La querelle fut vive, car l'une de ses sœurs accusa Nicolas de faux^ : elle se termina néanmoins au profit de celui-ci, en 1668, alors que la Bruyère avait vingt- trois ans. Le nom de sa mère ne paraît pas dans ces dissensions ; mais elle ne put y demeurer étrangère, et il ne fut sans doute pas permis au jeune avocat de n'y point prendre part.
En 1673, la Bruyère, après huit années actives ou non, abandonna le barreau du parlement de Paris, et devint trésorier général de France au bureau des finances de la généralité de Caen.
1. Archives nationales, Requêtes du Palais, X^ 472, Dictum du 6 octobre 1668.
2. C'est sa sœur Agnès Picard, veuve d'un procureur au Châtelet, qui s'était inscrite en faux contre une quittance produite par Nicolas Hamonyn. L'inscription de faux avait été jugée téméraire par sentence du 6 octobre 1668. [Ibidem^ Dictum du 27 novembre 1668.)
SUR LA BRUYERE. xxxix