‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 236 sur 373 · Var. (édit. 7 et 8) : comme nos ennemis · texte numérisé non relu

Var. (édit. 7 et 8) : comme nos ennemis

Il est doux de voir ses amis par goût et par estime ; il 57, est pénible de les cultiver par intérêt : c est solliciter^.

Il faut briguer la faveur de ceux à qui Ton veut du 58. bien, plutôt que de ceux de qui Ton espère du bien.

On ne vole point des mêmes ailes pour sa fortune que 59. Ton fait pour des choses frivoles et de fantaisie. Il y a un sentiment de liberté à suivre ses caprices , et tout au contraire de servitude à courir pour son établissement : il est naturel de le souhaiter beaucoup et d'y travailler peu, de se croire digne de le trouver sans l'avoir cherché.

Celui qui sait attendre le bien qu'il souhaite, ne prend 60. pas le chemin de se désespérer s'il ne lui arrive pas ; et celui au contraire qui désire une chose avec une grande impatience, y met trop du sien pour en être assez récompensé par le succès, (éd. 5.)

Il y a de certaines gens qui veulent si ardemment et si 61. déterminément une certaine chose, que de peur de la manquer , ils n'oublient rien de ce qu'il faut faire pour la manquer, (éd. 7.)

Les choses les plus souhaitées n'arrivent point; ou si 62, elles arrivent , ce n'est ni dans le temps ni dans les circonstances où elles auroient fait un extrême plaisir.

I . Ce n'est qu'à partir de la 6^ édition que le mot solliciter a été imprimé en italique.

La Bruyère, i i4

2ÏO DU COEUR.

63. Il faut rire avant que d'être heureux, de peur de mourir sans avoir ri. (éd. 4»)

64. La vie est courte , si elle ne mérite ce nom que lorsqu'elle est agréable, puisque si l'on cousoit ensemble toutes les heures que Ton passe avec ce qui plaît, l'on feroit à peine d'un grand nombre d'années une vie de quelques mois.

Page 1