‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 239 sur 373 · Dans les éditions 8 et 9 : « On trouve · texte numérisé non relu

Dans les éditions 8 et 9 : « On trouve

2i4 DU COEUR.

78. L'on est plus sociable et d'un meilleur commerce par le cœur que par l'esprit * .

79- Il y a de certains grands sentiments , de certaines actions nobles et élevées, que nous devons moins à la force de notre esprit qu'à la bonté de notre naturel.

80. Il n'y a guère au monde un plus bel excès que celui de la reconnoissance.

81. Il faut être bien dénué d'esprit, si l'amour, la malignité , la nécessité n'en font pas trouver, (éd. 40

82. Il y a des lieux que l'on admire : il y en a d'autres qui touchent, et où l'on aimeroit à vivre.

Il me semble que l'on dépend des lieux pour l'esprit , l'humeur , la passion , le goût et les sentiments.

83. Ceux qui font bien mériteroient seuls d'être enviés , s'il n'y avoit encore un meilleur parti à prendre , qui est de faire mieux : c'est une douce vengeance contre ceux qui nous donnent cette jalousie, (éd. 4-)

84. Quelques-uns se défendent d'aimer et de faire des vers, comme de deux foibles qu'ils n'osent avouer, l'un du cœur, l'autre de l'esprit.

85. Il y a quelquefois dans le cours de la vie de si chers plaisirs et de si tendres engagements que l'on nous défend , qu'il est naturel de désirer du moins qu'ils fussent permis : de si grands charmes ne peuvent être surpassés que par celui de savoir y renoncer par vertu.

I. «La confiance fournit plus à la conversation que l'esprit. » (Z-a Rochefoucauld , n» ccccxxi.)

Un caractère bien fade est celui de n'en avoir aucun. i.

C'est le rôle d'un sot d'être importun : un homme ha- 2. bile sent s'il convient ou s'il ennuie ; il sait disparoître le moment qui précède celui où il seroit de trop quelque part.

L'on marche sur les mauvais plaisants, et il pleut par 3. tout pays de cette sorte d'insectes. Un bon plaisant est une pièce rare; à un homme qui est né tel, il est encore fort délicat d'en soutenir longtemps le personnage ; il n'est pas ordinaire que celui qui fait rire se fasse estimer.

Il y a beaucoup d'esprits obscènes, encore plus de mé- 4* disants ou de satiriques, peu de délicats. Pour badiner avec grâce, et rencontrer heureusement sur les plus petits sujets, il faut trop de manières, trop de politesse, et même trop de fécondité : c'est créer que de railler ainsi, et faire quelque chose de rien.

Si Ton faisoit une sérieuse attention à tout ce qui se dit 5. de froid, de vain et de puéril dans les entretiens ordinaires, l'on auroit honte de parler ou d'écouter, et l'on se condamneroit peut-être à un silence perpétuel, qui seroit une chose pire dans le commerce que les discours inutiles. Il faut donc s'accommoder à tous les esprits, permettre comme un mal nécessaire le récit des fausses nouvelles, les vagues réflexions sur le gouvernement pré-

2i6 DE LA SOCIETE

sent ou sur l'intérêt des princes, le débit des beaux sentiments, et qui reviennent toujours les mêmes*, il faut laisser Aronce parler proverbe, et Mélinde parler de soi , de ses vapeurs, de ses migraines et de ses insomnies. (ÉD. 4.)

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