‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 248 sur 373 · L'intérieur des familles est souvent troublé par les · texte numérisé non relu

L'intérieur des familles est souvent troublé par les

I. c( Et parler de procès, » dans la 5^ édition. La Bruyère a corrigé dans la 6^ cette faute d'impression, et pour en éviter le retour et bien marquer que parler procès était ce qu'il avait écrit, il a fait imprimer en italique, dans cette édition et dans la suivante, le mot procès.

ET DE LA COINVERSATION. 23i

défiances, par les jalousies et par ranlipalhie*, pendant que des dehors contents, paisibles et enjoués nous trompent, et nous y f^ont supposer une paix qui n'y est point : il y en a peu qui- gagnent à être approfondies. Cette visite que vous rendez vient de suspendre une querelle domestique, qui n'attend que votre retraite pour recommencer.

Dans la société, c'est la raison qui plie la première, ^i. Les plus sages sont souvent menés par le plus fou et le plus bizarre : l'on étudie son foible, son humeur, ses caprices, l'on s'y accommode; l'on évite de le heurter, tout le monde lui cède ; la moindre sérénité qui paroît sur son visage lui attire des éloges : on lui tient compte de n'être pas toujours insupportable. Il est craint, ménagé, obéi, quelquefois aimé.

Il n'y a que ceux qui ont eu de vieux collatéraux, ou 42. qui en ont encore, et dont il s'agit d'hériter, qui puissent dire ce qu'il en coûte, (éd. 4»)

Cléante est un très-honnête homme ; il s'est choisi 4^» une femme qui est la meilleure personne du monde et la plus raisonnable : chacun, de sa part, fait tout le plaisir et tout l'agrément des sociétés où il se trouve ; l'on ne peut voir ailleurs plus de probité, plus de politesse. Ils se quittent demain , et l'acte de leur séparation est tout dressé chez le notaire. H y a, sans mentir, de certains mérites qui ne sont point faits pour être ensemble, de certaines vertus incompatibles ^ .

I Var. (édit. 1-7) : par les défiances, les jalousies et l'antipathie.

2. «Il y a quelquefois, dit Plutarque au sujet d'une séparation semblable, de petites hargnes et riottes souvent répétées, procédantes de quelques fascheuses conditions, ou de quelque dissimilitude, ou

44» L on peut compter sûrement sur la dot, le douaire et les conventions, mais foiblement sur les nourritures^ : elles dépendent d'une union fragile de la belle-mère et de la bru, et qui périt ^ souvent dans l'année du mariage.

45» Un beau-père aime son gendre', aime sa bru. Une belle-mère aime son gendre, n'aime point sa bru. Tout est réciproque (éd. 5.)

46. Ce qu une marâtre aime le moins de tout ce qui est au monde, ce sont les enfants de son mari : plus elle est folle de son mari, plus elle est marâtre, (éd. 5.)

Les marâtres font déserter les villes et les bourgades, et ne peuplent pas moins la terre de mendiants, de vagabonds, de domestiques et d'esclaves, que la pauvreté.

47* G** et H** sont voisins de campagne, et leurs terres sont contiguës ; ils habitent une contrée déserte et solitaire. Eloignés des villes et de tout commerce, il sembloit que la fuite d'une entière solitude ou l'amour de la

incompatibilité de nature, que les estrangers ne cognoissent pas, lesquelles par succession de temps engendrent de si grandes aliénations de volontez entre des personnes, qu'elles ne peuvent plus vivre ny habiter ensemble. )) {Fie de Paulus Mmilius , traduction d'Amyot, chapitre m.)

1 . Le douaire est la portion de biens que le mari donne à sa femme et dont elle doit jouir en cas de survivance. — On entend par nourritures la convention par laquelle il est stipulé que les époux vivront pendant un certain nombre d'années chez les parents de l'un d'eux. Les nourritures^ comme la dot dont il s'agit ici, ont été promises par les parents du mari. — Convention est une expression qui s'applique à tous les articles accordés à une femme par contrat de mariage.

2. Var. (édit. 1-3) : elles dépendent d'une union fragile, qui périt.

3. Quelques éditeurs ont modifié le texte, qu'ils croyaient altéré, et ont imprimé à tort : « Un beau-père n'aime pas son gendre, î etc.

société eût du les assujettir à une liaison réciproque ; il est cependant difficile d'exprimer la bagatelle qui les a fait rompre, qui les rend implacables Tun pour Tautre, et qui perpétuera leurs haines* dans leurs descendants. Jamais des parents, et même des frères, ne se sont brouillés pour une moindre chose.

Je suppose qu'il n*y ait que deux hommes sur la terre, qui la possèdent seuls, et qui la partagent toute entre eux deux : je suis persuadé qu'il leur naîtra bientôt quelque sujet de rupture, quand ce ne seroit que pour les limites.

Il est souvent plus court et plus utile de cadrer aux 48. autres que de faire que les autres s'ajustent à nous^.

J'approche d'une petite ville, et je suis déjà sur une 4^. hauteur d'où je la découvre. Elle est située à mi-côte^ une rivière baigne ses murs, et coule ensuite dans une belle prairie ; elle a une forêt épaisse qui la couvre des vents froids et de l'aquilon. Je la vois dans un jour si favorable, que je compte ses tours et ses clochers; elle me paroît peinte sur le penchant de la colline. Je me récrie, et je dis : « Quel plaisir de vivre sous un si beau ciel et dans ce séjour si délicieux ! » Je descends dans la ville, où je n'ai pas couché deux nuits, que je ressemble à ceux qui l'habitent : j'en veux sortir, (éd. 5.)

Il y a une chose que Ton n'a point vue sous le ciel, 5o. et que selon toutes les apparences on ne verra jamais :

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