‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 300 sur 373 · I. Le théâtre d'Arlequin était la comédie italienne · texte numérisé non relu

I. Le théâtre d'Arlequin était la comédie italienne

les repas, la chasse, les ballets, les carrousels couvrissent tant d'inquiétudes, de soins et de divers intérêts, tant de ciaintes et d'espérances, des passions si vives et des affaires si sérieuses * ?

La vie de la cour est un jeu sérieux, mélancolique, 64. qui applique : il faut arranger ses pièces et ses batteries , avoir un dessein, le suivre, parer celui de son adversaire, hasarder quelquefois, et jouer de caprice ; et après toutes ses rêveries et toutes ses mesures, on est échec % quelquefois mat ; souvent, avec des pions qu'on ménage bien, on va à dame , et l'on gagne la partie : le plus habile l'emporte, ou le plus heureux', (éd. 4-)

Les roues, les ressorts, les mouvements sont cachés; 65. rien ne paroît d'une montre que son aiguille , qui insensiblement s'avance et achève son tour ; image du courtisan , d'autant plus parfaite qu'après avoir fait assez de chemin , il revient souvent au même point d'où il est parti. (ÉD. 5.)

« Les deux tiers de ma vie sont écoulés; pourquoi tant 66.

1. « La cour veut toujours unir les plaisirs avec les affaires. Par un mélange étonnant, il n'y a rien de plus sérieux, ni ensemble de plus enjoué. Enfoncez : vous trouvez partout des intérêts cachés, des jalousies délicates qui causent une extrême sensibilité, et dans une ardente ambition des soins et un sérieux aussi triste qu'il est vain. Tout est couvert d'un air gai, et vous diriez qu'on ne songe qu'à s'y divertir. » (Bossuet, Oraison funèbre d'Anne de Gonzague^ i685, tome XIII, p. 434 et 435, édition de 1816.)

2 . On lit échet dans toutes les éditions du dix-septième siècle.

3. Var. (édit. 4-6) ; et après toutes ses rêveries et toutes ses mesures, on est échet, quelquefois mat : le plus fou l'emporte ou le plus heureux. — « Souvent avec des pions qu'on ménage bien oii va à dame et on gagne la partie {et Von gagne la partie ^ dans les éditions 8 et 9) ï : membre de phrase ajouté dans la 7** édition. Le mot habile a été dans la même édition substitué au mot fou.

m'inquiéler sur ce qui m'en reste? La plus brillante fortune ne mérite point ni le tourment que je me donne , ni les petitesses où je me surprends, ni les humiliations, ni les hontes que j'essuie; trente années détruiront ces colosses de puissance qu'on ne voyoit bien qu'à force de lever la tête ; nous disparoîtrons , moi qui suis si peu de chose, et ceux que je contemplois si avidement, et de qui j'espérois toute ma grandeur ; le meilleur de tous les biens , s'il y a des biens , c'est le repos , la retraite et un endroit qui soit son domaine. » N** a pensé cela dans sa disgrâce, et l'a oublié dans la prospérité *.

67 . Un noble , s'il vit chez lui dans sa province, il vit libre, mais sans appui; s'il vit à la cour, il est protégé, mais il est esclave : cela se compense.

68. Xantippe au fond de sa province, sous un vieux toit et dans un mauvais lit , a rêvé pendant la nuit qu'il voyoit le prince, qu'il lui parloit, et qu'il en ressentoit une extrême joie ; il a été triste ^ à son réveil ; il a conté son songe , et il a dit : « Quelles chimères ne tombent point dans l'esprit des hommes pendant qu'ils dorment ! » Xantippe a continué de vivre; il est venu à la cour, il a vu le prince, il lui a parlé; et il a été plus loin que son songe, il est favori, (éd. 4.)

69. Qui est plus esclave qu'un courtisan assidu, si ce n'est un courtisan plus assidu ?

yo. L'esclave n'a qu'un maître; l'ambitieux en a autant qu'il y a de gens utiles à sa fortune'.

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