A Versailles ou à Fontainebleau
DES GRANDS. 3r>i
plus éloquentes, et Ton se dit des injures plus poliment et en meilleurs termes ; Ton n'y blesse point la pureté de la langue; Ton n'y ofFense que les hommes, ou que leur réputation : tous les dehors du vice y sont spécieux; mais le fond , encore une fois , y est le même que dans les conditions les plus ravalées; tout le bas, tout le foible et tout rindigne s'y trouvent. Ces hommes si grands ou par leur naissance, ou par leur faveur, ou par leurs dignités, ces têtes si fortes et si habiles, ces femmes si polies et si spirituelles , tous méprisent le peuple , et ils sont peuple * . (éd. 6.)
Qui dit le peuple dit plus d'une chose : c'est une vaste expression , et l'on s'étonneroit de voir ce qu'elle embrasse, et jusques où elle s'étend. Il y a le peuple qui est opposé aux grands : c'est la populace et la multitude ; il y a le peuple qui est opposé aux sages , aux habiles et aux vertueux : ce sont les grands comme les petits. (ÉD. 4-)
Les grands se gouvernent par sentiment, âmes oisives 54. sur lesquelles tout fait d'abord une vive impression. Une chose arrive , ils en parlent trop ; bientôt ils en parlent peu; ensuite ils n'en parlent plus, et ils n'en
I. Peuple est en italique dans les éditions 6 et 7. — Ce dernier trait rappelle, pour le sens, comme pour le tour, le mot d'Horace déjà cité, Pieds eris (épître i du livre I, vers 69). Voyez ci-dessus, p. 347, note I. « Les grands et les petits, avait dit Pascal, ont mêmes accidents, et mêmes fâcheries , et mêmes passions ; mais l'un est au haut de la roue, et l'autre près du centre, et ainsi moins agité par les mêmes mouvements.... — On croit n'être pas tout à fait dans les vices du commun des hommes quand on se voit dans les vices de ces grands hommes ; et cependant on ne prend pas garde qu'ils sont en cela du commun des hommes. On tient à eux par le bout par où ils tiennent au peuple ; car quelque élevés qu'ils soient, si sont-ils unis aux moindres des hommes par quelque endroit. » [Pensées^ article VI, nos 28 et 3o, p. 84 et 85.)
parleront plus. Action, conduite, ouvrage, événement, tout est oublié ; ne leur demandez ni correction , ni prévoyance , ni réflexion , ni reconnoissance , ni récompense. (ÉD. 6.)
55. L'on se porte aux extrémités opposées à l'égard de certains personnages. La satire après leur mort court parmi le peuple , pendant que les voûtes des temples retentissent de leurs éloges. Ils ne méritent quelquefois ni libelles ni discours funèbres * *, quelquefois aussi ils sont dignes de tous les deux.
56, L'on doit se taire sur les puissants : il y a presque toujours de la flatterie à en dire du bien ; il y a du péril à en dire du mal pendant qu'ils vivent , et de la lâcheté quand ils sont morts.