Var. (édit. 6) : contre l'Empire
3. Allusion au siège de Vienne par le grand vizir Kara-Mustapha, en i683.
4. On a successivement donné le nom de triple alliance aux deux ligues qui se sont formées à la Haye contre la France, la première le 23 janvier 1668, entre la Hollande, l'Angleterre et la Suède, la seconde, le 3o août 1673, entre l'Empire, l'Espagne et la Hollande.
ou DE LA RÉPUBLIQUE. ^7^
11 fiiut que le capital d'une affaire qui assemble dans une 12. ville les plénipotentiaires ou les agents des couronnes et des républiques, soit d'une longue et extraordinaire discussion, si elle leur coûte plus de temps, je ne dis pas que les seuls préliminaires , mais que le simple règlement des rangs, des préséances et des autres cérémonies, (éd. 4-)
Le ministre ou le plénipotentiaire est un caméléon, est un Protée*. Semblable quelquefois à un joueur habile, il ne montre ni humeur ni complexion , soit pour ne point donner lieu aux conjectures ou se laisser pénétrer, soit pour ne rien laisser échapper de son secret par passion ou par foiblesse. Quelquefois aussi il sait feindre le caractère le plus conforme aux vues qu'il a et aux besoins où il se trouve , et paroître tel qu'il a intérêt que les autres croient qu'il est en effet. Ainsi dans une grande puissance, ou dans une grande foiblesse qu'il veut dissimuler, il est ferme et inflexible , pour ôter l'envie de beaucoup obtenir ; ou il est facile , pour fournir aux autres les occasions de lui demander, et se donner la même licence. Une autre fois, ou il est profond et dissimulé , pour cacher une vérité en l'annonçant, parce qu'il lui importe qu'il Fait dite, et qu'elle ne soit pas crue -, ou il est franc et ouvert, afin que lorsqu'il dissimule ce qui ne doit pas être su , l'on croie néanmoins qu'on n'ignore rien de ce que l'on veut savoir, et que l'on se persuade qu'il a tout dit. De même , ou il est vif et grand parleur, pour faire parler les autres, pour empêcher qu'on ne lui parle de ce qu'il ne veut pas ou de ce qu'il ne doit pas savoir, pour dire plusieurs choses différentes ^ qui se mo-
1. Ce mot est écrit Prothée dans toutes les anciennes éditions.
2. Indifférentes, dans la 5* édition et dans les suivantes, La 4®> où ce caractère a paru pour la première fois , donne seule la leçon différentes^ qu'à l'imitation de MM. Walckenaer et Destailleur nous croyons devoir adopter.
difîent ou qui se détruisent les unes les autres , qui confondent dans les esprits la crainte et la confiance , pour se défendre d'une ouverture qui lui est échappée par une autre qu'il aura faite ; ou il est froid et taciturne , pour jeter les autres dans rengagement de parler, pour écouter longtemps , pour être écouté quand il parle , pour parler avec ascendant et avec poids , pour faire des promesses ou des menaces qui portent un grand coup et qui ébranlent. Il s'ouvre et parle le premier, pour en découvrant les oppositions, les contradictions, les brigues et les cabales des ministres étrangers sur les propositions qu'il aura avancées, prendre ses mesures et avoir la réplique; et dans une autre rencontre*, il parle le dernier, pour ne point parler en vain , pour être précis , pour connoître parfaitement les choses sur quoi il est permis de faire fond pour lui ou pour ses alliés , pour savoir ce qu'il doit demander et ce qu'il peut obtenir. Il sait parler en termes clairs et formels ; il sait encore mieux parler ambigument, d'une manière enveloppée, user de tours ou de mots équivoques , qu'il peut faire valoir ou diminuer dans les occasions, et selon ses intérêts. Il demande peu quand il ne veut pas donner beaucoup ; il demande beaucoup pour avoir peu, et l'avoir plus sûrement. Il exige d'abord de petites choses , qu'il prétend ensuite lui devoir être comptées pour rien, et qui ne l'excluent pas d'en demander une plus grande ; et il évite au contraire de commencer par obtenir un point important, s'iU'empèche d'en gagner plusieurs autres de moindre conséquence , mais qui tous ensemble l'emportent sur le premier. Il demande trop , pour être refusé , mais dans le dessein de se faire un droit ou une bienséance de refuser lui-même ce qu'il sait bien qu'il lui sera demandé,