I. Un autre rencontre, dans les éditions 5 et
ou DE LA RÉPUBLIQUE. '^7^
el qu'il ne veut pas octroyer : aussi soigneux alors d'exagérer Ténormité de la demande, et de faire convenir, s'il se peut, des raisons qu il a de n'y pas entendre, que d'affoiblir celles qu'on prétend avoir de ne lui pas accorder ce qu'il sollicite avec instance; également appliqué à faire sonner haut et à grossir dans l'idée des autres le peu qu'il offre , et à mépriser ouvertement le peu que l'on consent de lui donner. Il fait de fausses offres, mais extraordinaires, qui donnent de la défiance, et obligent de rejeter ce que l'on accepteroit inutilement; qui lui sont cependant nne occasion de faire des demandes exorbitantes, et mettent dans leur tort ceux qui les lui refusent * . Il accorde plus qu'on ne lui demande , pour avoir encore plus qu'il ne doit donner. Il se fait longtemps prier, presser, importuner sur une chose médiocre, pour éteindre les espérances et ôter la pensée d'exiger de lui rien de plus fort ; ou s'il se laisse fléchir jusques à l'abandonner, c'est toujours avec des conditions qui lui font partager le gain et les avantages avec ceux qui reçoivent. Il prend directement ou indirectement l'intérêt d'un allié, s'il y trouve son utilité et l'avancement de ses prétentions. Il ne parle que de paix, que d'alliances, que de tranquillité publique, que d'intérêt public ; et eu effet il ne songe qu'aux siens, c'est-à-dire à ceux de son maître ou de sa république. Tantôt il réunit quelquesuns qui étoient contraires les uns aux autres, et tantôt il divise quelques autres qui étoient unis. Il intimide les forts et les puissants , il encourage les foibles. Il unit
I. Var. (édit. 4) : Il fait de fausses offres, mais extraordinaires, qui jettent dans la défiance, et obligent de rejeter ce que l'on accepteroit inutilement, qui lui donnent cependant une occasion de faire des demandes exorbitantes, et jettent dans leur tort, etc. — a Jettent dans leur tort » a été corrigé à la main en (( mettent dans leur tort, » dans nos divers exemplaires de la 4*^ édition.
d'aboi'd d'intérêt plusieurs foibles contre un plus puissant, pour rendre la balance égale; il se joint ensuite aux premiers pour la faire pencher, et il leur vend cher sa protection et son alliance. Il sait intéresser ceux avec qui il traite ; et par un adroit manège, par de fins et de subtils détours , il leur fait sentir leurs avantages particuliers , les biens et les honneurs qu'ils peuvent espérer par une certaine facilité , qui ne choque point leur commission ni les intentions de leurs maîtres. Il ne veut pas aussi être cru imprenable par cet endroit ; il laisse voir en lui quelque peu de sensibilité pour sa fortune : il s'attire par là des propositions qui lui découvrent les vues des autres les plus secrètes , leurs desseins les plus profonds et leur dernière ressource ; et il en profite. Si quelquefois il est lésé dans quelques chefs qui ont enfin été réglés , il crie haut ; si c'est le contraire , il crie plus haut, et jette ceux qui perdent sur la justification et la défensive. Il a son fait digéré par la cour, toutes ses démarches sont mesurées, les moindres avances qu'il fait lui sont prescrites; et il agit néanmoins, dans les points difficiles et dans les articles contestés , comme s'il se relâchoit de lui-même sur-le-champ , et comme par un esprit d'accommodement; ii ose même promettre à l'assemblée qu'il fera goûter la proposition, et qu'il n'en sera pas désavoué. Il fait courir un bruit faux des choses seulement dont il est chargé, muni d'ailleurs de pouvoirs particuliers , qu il ne découvre jamais qu'à l'extrémité , et dans les moments où il lui seroit pernicieux de ne les pas mettre en usage. Il tend surtout par ses intrigues au sohde et à l'essentiel, toujours prêt de leur sacrifier les minuties et les points d'honneur* imaginaires. Il a du
I. La 4^ édition ù. pointes d^honneurs ^ au Heu de points d'honneur; la 5^, la 6e et la 7® ont : points cf honneurs ; les deux fautes ont été corrigées dans la 8^.
ou DE LA RÉPUBLIQUE. 377
flegme, il s'arme de courage et de patience, il ne se lasse point, il fatigue les autres, et les pousse jusqu'au découragement*. Il se précautionne et s'endurcit contre les lenteurs et les remises , contre les repiocLcs , les soupçons, les défiances, contre les difficultés et les obstacles, persuadé que le temps seul et les conjonctures amènent les choses et conduisent les esprits au point où on les souhaite. Il va jusques à feindre un intérêt secret à la rupture de la négociation , lorsqu'il désire le plus ardemment qu'elle soit continuée; et si au contraire il a des ordres précis de faire les derniers efforts pour la rompre, il croit devoir, pour y réussir, en presser la continuation et la fin. S'il survient un grand événement, il se roidit ou il se relâche selon qu'il lui est utile ou préjudiciable; et si par une grande prudence il sait le prévoir'^, il presse et il Itemporise selon que l'Etat pour qui il travaille en doit craindre ou espérer; et il règle sur ses besoins ses conditions. Il prend conseil du temps, du lieu, des occasions, de sa puissance ou de sa foiblesse, du génie des nations avec qui il traite , du tempérament et du caractère des personnes avec qui il négocie. Toutes ses vues , toutes ses maximes , tous les raffinements de sa politique tendent à une seule fin , qui est de n'être point trompé, et de tromper les autres', (éd. 4-)
Le caractère des François demande du sérieux dans le i3. souverain.
L'un des malheurs du prince est d'être souvent trop i4'