‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 332 sur 373 · Le Roi avait été opéré de la fistule en novembre · texte numérisé non relu

Le Roi avait été opéré de la fistule en novembre

2. Doci/iVe s'entend particulièrement, à cette époque, de la soumission aux enseignements de l'Eglise.

sciences ou dans les arts qui feront un jour leur établissement ; si , par la facilité du commerce , il m'étoit moins ordinaire de m'habiller de bonnes étoffes *, et de me nourrir de viandes saines , et de les acheter peu ; si enfin, par les soins du prince, je n'étois pas aussi content de ma fortune , qu'il doit lui-même par ses vertus Tétre de la sienne ? (éd. 4-)

25. Les huit ou les dix mille hommes sont au souverain comme une monnoie dont il achète une place ou une victoire : s'il fait qu'il lui en coûte moins, s'il épargne les hommes , il ressemble à celui qui marchande et qui connoît mieux qu'un autre le prix de l'argent, (éd. 7.)

26 . Tout prospère dans une monarchie où l'on confond les intérêts de l'Etat avec ceux du prince, (éd. 7.)

27. Nommer un roi père du peuple est moins faire son éloge que l'appeler par son nom, ou faire sa définition. (éd. 7.)

28. Il y a un commerce ou un retour de devoirs du souverain à ses sujets , et de ceux-ci au souverain : quels sont les plus assujettissants et les plus pénibles, je ne le déciderai pas. Il s'agit de juger, d'un côté, entre les étroits engagements du respect , des secours , des services, de l'obéissance, de la dépendance; et d'un autre,

I. « Depuis l'an i<S63 jusqu'en 1672, chaque année.... fut marquée par l'établissement de quelque manufacture. Les draps fins, qu'on tirait auparavant d'Angleterre, de Hollande, furent fabriqués dans Abbeville. Le Roi avançait au manufacturier deux mille livres par chaque métier battant, outre des gratifications considérables.... Les fabriques de draps de Sedan, dégénérées et tombées, furent rétablies.... » (Voltaire, S'iicle de Louis XIV ^ chapitre xxix.)

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les obligations indispensables de bonté, de justice , de soins, de défense, de protection. Dire qu'un prince est arbitre de la vie des hommes, c'est dire seulement que les hommes par leurs crimes deviennent naturellement soumis aux lois et à la justice, dont le prince est le dépositaire : ajouter qu'il est maître absolu de tous les biens de ses sujets, sans égards, sans compte ni discussion, c'est le langage de la flatterie, c'est l'opinion d'un favori qui se dédira à l'agonie, (éd. 7.) ,

Quand vous voyez quelquefois un nombreux troupeau, 29, qui répandu sur une colline vers le déclin d'un beau jour, paît tranquillement le thym et le serpolet, ou qui broute dans une prairie une herbe menue et tendre qui a échappé à la faux du moissonneur, le berger, soigneux et attentif, est debout auprès de ses brebis; il ne les perd pas de vue , il les suit , il les conduit , il les change de pâturage; si elles se dispersent, il les rassemble; si un loup avide paroît , il lâche son chien, qui le met en fuite; il les nourrit, il les défend; l'aurore le trouve déjà en pleine campagne, d'où il ne se retire qu'avec le soleil : quels soins ! quelle vigilance ! quelle servitude ! Quelle condition vous paroît la plus délicieuse et la plus libre, ou du berger ou des brebis? le troupeau est-il fait pour le berger, ou le berger pour le troupeau? Image naïve des peuples et du prince qui les gouverne , s'il est bon prince, (éd. y.)

Le faste et le luxe dans un souverain*, c'est le berger

I . Peut-être la Bruyère se souvient-il de la réforme à laquelle les charges de la guerre de i(S88 déterminèrent le Roi en décembre 1689, alors que « tant de précieux meu])les d'argent massif qui faisoient l'ornement de la galerie et des grands et petits appartements de Versailles et l'étonnement des étrangers, furent envoyés à la Monnoie, jusqu'au trône d'argent, » comme le dit avec regret Saint-Simon, qui déplore la « perte inestimable de ces admirables façons, plus clières La Bruyère, i 2j

habillé d'or et de pierreries , la houlette d'or en ses mains; son chien a un collier d'or, il est attaché avec une laisse d'or et de soie. Que sert tant d'or à son troupeau ou contre les loups? (éd. 7.)

30. Quelle heureuse place que celle qui fournit dans tous les instants l'occasion à un homme de faire du bien à tant de milliers d'hommes! Quel dangereux poste que celui qui expose à tous moments un homme à nuire à un million d'hommes ! (éd. 7.)

3 1 . Si les hommes ne sont point capables sur la terre d'une joie plus naturelle, plus flatteuse et plus sensible, que de connoîlre qu'ils sont aimés , et si les rois sont hommes, peuvent-ils jamais trop acheter le cœur de leurs peuples ? (ÉD. 7.)

que la matière » (tome VII, p. 224). Quoi qu'il en soit, la réflexion devait plaire à Louis XIV, dont Saint-Simon dépeint le costume en ces termes (tome XIII, p. 100 et loi) : « Il étoit toujours vêtu de couleur plus ou moins brune, avec une légère broderie, jamais sur les tailles, quelquefois rien qu'un boulon d'or, quelquefois du velours noir. Toujours une veste de drap ou de satin rouge, ou bleue ou verte , fort brodée. Jamais de bague, et jamais des pierreries qu'à ses boucles de souliers, de jarretières, et de chapeau toujours bordé de point d'Espagne avec un plumet blanc. Toujours le cordon bleu dessous, excepté des noces ou autres fêtes pareilles, qu'il le portoit pardessus, fort long, avec pour huit ou dix millions de pierreries, » Mais ce même prince qui s'habillait simplement et qui proscrivait par ses ordonnances les broderies d'argent et d'or, encourageait le luxe des courtisans. « Il aima en tout, dit Saint-Simon (tome XII, p. 4^5), la splendeur, la magnificence, la profusion. Ce goût, i! le tourna en maxime par politique, et l'inspira en tout à sa cour. C'étoit lui plaire que de s'y jeter en tables, en habits, en équipages, en bâtiments, en jeu. C'étoient des occasions pour qu'il parlât aux gens. Le fond étoit qu'il tendoit et parvint par là à épuiser tout le monde en mettant le luxe en honneur, et pour certaines parties en nécessité, et réduisit ainsi peu à peu tout le monde à dépendre entièrement de ses bienfaits pour subsister. »

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Il y a peu de règles générales et de mesures certaines 32. pour bien gouverner; Ton suit le temps et les conjonctures , et cela roule sur la prudence et sur les vues de ceux qui régnent : aussi le chef-d'œuvre de Tesprit, c'est le parfait gouvernement; et ce ne seroit peut-être pas une chose possible , si les peuples , par l'habitude où ils sont de la dépendance et de la soumission*, ne faisoient la moitié de l'ouvrage.

Sous un très-grand roi, ceux qui tiennent les pre- 33, mières places n'ont que des devoirs faciles, et que l'on remplit sans nulle peine : tout coule de source; l'autorité et le génie du prince leur aplanissent les chemins , leur épargnent les difficultés , et font tout prospérer au delà de leur attente : ils ont le mérite de subalternes.

Si c'est trop de se trouver chargé d'une seule famille, 34si c'est assez d'avoir à répondre de soi seul, quel poids , quel accablement , que celui de tout un royaume ! Un souverain est-il payé de ses peines par le plaisir que semble donner une puissance absolue, par toutes les prosternations des courtisans^? Je songe aux pénibles, douteux et dangereux chemins qu'il est quelquefois obligé de suivre pour arriver à la tranquillité publique; je repasse les moyens extrêmes , mais nécessaires , dont il use souvent pour une bonne fm; je sais qu'il doit répondre à Dieu même de la félicité de ses peuples , que le bien et le mal est en ses mains , et que toute ignorance ne l'excuse pas; et je me dis à moi-même : « Voudrois-je régner? » Un homme un peu heureux dans une condi-

1 . Ce trait n'est- il pas un souvenir du traité de la Servitude volontaire o\\ Contrun de laBoëtie?

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