‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 331 sur 373 · Allusion à la révocation de l'édit de Nantes (i · texte numérisé non relu

Allusion à la révocation de l'édit de Nantes (i

prince admet dans sa confiance et choisit pour le ministère ceux mêmes qu'ils auroient voulu lui donner, s'ils en avoient été les maîtres, (éd. 4.)

24. La science des détails , ou une diligente attention aux moindres besoins de la république, est une partie essentielle au bon gouvernement , trop négligée à la vérité dans les derniers temps par les rois ou par les ministres, mais qu'on ne peut trop souhaiter dans le souverain qui l'ignore, ni assez estimer dans celui qui la possède*. Que sert en effet au bien des peuples et à la douceur de leurs jours, que le prince place les bornes de son empire au delà des terres de ses ennemis, qu'il fasse de leurs souverainetés des provinces de son royaume ; qu'il leur soit également supérieur par les sièges et par les batailles ,

I . Le cliapitre du Souverain contient un certain nombre d'allusions que l'auteur ne cherche pas à dissimuler : ce sont les louanges qu'il adresse à Louis XIV. Il a rendu une sorte d'hommage à sa gravité (voyez ci-dessus, p. 877, n» i3); il a parlé avec respect de son affection pour Mme de Maintenon (voyez ci-dessus, p. 877 et 878, n^s 14 et i5) : voici maintenant un alinéa dont chaque trait contient une louange, et qui, joint à celui qui termine le chapitre, forme le tribut d'admiration que devait alors à la majesté royale quiconque prononçait un discours ou publiait un livre, et surtout un livre moral on satirique. — On peut rapprocher du début de ce morceau le passage suivant de Saint-Simon sur Louis XIV (tome XII, p. 400) : (r Son esprit , naturellement porté au petit , se plut en toutes sortes de détails.... Ces pertes de temps, qui paroissoient au Roi avec tout le mérite d'une application continuelle, étoient le triomphe de ses ministres, qui, avec un peu d'art et d'expérience à le tourner, faisoient venir comme de lui ce qu'ils vouloient eux-mêmes , et qui conduisoient le grand selon leurs vues, et trop souvent selon leur intérêt, tandis qu'ils s'applaudissoient de le voir se noyer dans ces détails. » Et ailleurs [ibidem, p. 388) : « Il vouloit régner par lui-même. Sa jalousie là-dessus alla sans cesse jusqu'à la foiblesse. Il régna en effet dans le petit; dans le grand il ne put y atteindre; et jusque dans le petit il fut souvent gouverné. » Fénelon relève la même disposition d'esprit dans Idoménée : voyez le livre XVIII de Tclémaque,

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et qu'ils ne soient devant lui en sûreté ni dans les plaines ni dans les plus forts bastions; que les nations s'appellent les unes les autres , se liguent ensemble pour se défendre et pour l'arrêter*, qu'elles se liguent en vain, qu'il marche toujours et qu'il triomphe toujours ; que leurs dernières espérances soient tombées par le raffermissement d'une santé* qui donnera au monarque le plaisir de voir les princes ses petits-fils soutenir ou accroître ses destinées, se mettre en campagne, s'emparer de redoutables forteresses, et conquérir de nouveaux Etats ; commander de vieux et expérimentés capitaines, moins par leur rang et leur naissance que par leur génie et leur sagesse *, suivre les traces augustes de leur victorieux père; imiter sa bonté, sa docilité^ , son équité , sa vigilance, son intrépidité? Que me serviroit en un mot, comme à tout le peuple , que le prince fut heureux et comblé de gloire par lui-même et par les siens , que ma patrie fut puissante et formidable, si, triste et inquiet, j'y vivois dans l'oppression ou dans l'indigence; si, à couvert des courses de l'ennemi , je me trouvois exposé dans les places ou dans les rues d'une ville au fer d'un assassin, et que je craignisse moins dans l'horreur de la nuit d'être pillé ou massacré dans d'épaisses forêts que dans ses carrefours ; si la sûreté , l'ordre et la propreté ne rendoient pas le séjour des villes si délicieux, et n'y avoient pas amené , avec l'abondance , la douceur de la société; si, foible et seul de mon parti, j'avois à souffrir dans ma métairie du voisinage d'un grand , et si l'on avoit moins pourvu à me faire justice de ses entreprises; si je n'avois pas sous ma main autant de maîtres , et d'excellents maîtres , pour élever mes enfants dans les

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