‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 352 sur 373 · Voyez Dangeau, tome I, p. 67, et tome II, p. 78 et · texte numérisé non relu

Voyez Dangeau, tome I, p. 67, et tome II, p. 78 et

Page i6o, n° 28. — Un homme à ta cour, et souvent à la ville (1687).

Clef de if)97 : « Feu M. Robert, chanoine de Notre-Dame, grand pénitencier de l'Église de Paris. )) — Clefs du dix-huitième siècle : « L'abbé Boileau, fameux prédicateur. »

Robert, pénitencier de Notre-Dame et professeur en théologie, était l'un des pensionnaires du clergé : il « avoit mille francs de pension pour écrire l'histoire de ce que Louis XIV avoit fait en faveur de la religion, s (Mémoires de Legendre, livre III, p. 99.)

L'abbé Charles Boileau , qu'il ne faut pas confondre avec l'abbé Jacques Boileau, frère de Boileau Despréaux, avait prêché le carême de 1686 à la cour, où il prêcha souvent par la suite. Il obtint en lôgS l'abbaye de Beaulieu en Touraine, fut nommé membre de l'Académie française en 1694, et mourut en 1704- « C'étoit , dit Saint-Simon ftome IV, p. 280), un gros homme, grossier, assez désagréable, fort homme de bien et d'honneur, qui ne se môloit de rien, qui préchoit j)artout assez bien ' , et qui parut à la cour plusieurs avents et carêmes, et qui , avec toute la protection de Bontemps, dont il étoit ami intime, ne put parvenir à l'épiscopat. »

Quelques clefs manuscrites désignent assez mal à propos, ce nous semble, le Teilier, archevêque de Reims, comme le docteur que représente la Bruyère.

Page 161. — Une personne humble....

Toutes les clefs imprimées s'accordent à reconnaître le P. Mabillon dans l'homme docte que la Bruyère oppose au docteur. Il n'est pas un mot de la phrase, en effet, qui ne s'applique fort bien à l'illustre érudit. A cette époque, il avait déjà publié le célèbre traité de Re dîplomatica (1681), le traité de Liturgia gallicana (i685), le recueil Vetera analecta (ifiyS-iôSS), les premiers volumes de l'ouvrage Acta sanctorum ord'mis S. Benedicti^ etc., etc. Il ne fit partie de l'Académie des insciptions qu'en 1701.

Quelques clefs manuscrites ajoutent à son nom celui de le Camus, évêque de Grenoble (voyez ci-dessus, p. 44^ ^t 443, note V), celui du célèbre abbé de la Trappe, le Bouthilier de Rancé, et enfin celui de l'oratorien Thomassin, auteur de Mémoires sur la grâce, qui avaient excité un grand émoi dans le clergé, et de divers ouvrages historiques

1. Tel n'était pas tout à fait le sentiment de Racine : voyez la lettre qu'il écrivit à Boileau le 3 octobre 1695, et de plus, dans le tome I du Racine de M. Mesnard, les Mémoires sur la vie de J. Racine, par Louis Racine, p. 297-

et théologiques, qui l'avaient mis en grande réputation . Thomassin mourut en 169 5.

Pages 162 et i63, n° Sa. — JSmile.... (1692).

La clef de 1693 et les deux clefs de 1697 reconnaissent à juste titre le grand Condé dans jEmile. « On nomme s aussi a M. de Tui-enne, » ajouté la clef Cocliin, et cette interprétation de quelques lecteurs mal inspirés, ce nous semble, se retrouve dans la clef de 1720, où l'on fait deux parts du caractère d'Emile: la première applicable à Condé, la seconde (on lui a entendu dire) à Turenne. Cette scission du caractère est inacceptable : Mrnile est le grand Condé d'un bout à l'autre, et l'on s'étonne que la clef des éditions Coste ait omis son nom, mal à propos remplacé par celui de Turenne, qu'elle inscrit à côté des mots: On Va regardé, etc.

Page i65, n" 38. — Je cannois Mopse.... {1690).

Selon toutes les clefs, Mopse est Charles Castel, « abbé de Saint- Pierre, premier aumônier de la duchesse d'Orléans et frère de son confesseur. » Il fut nommé de l'Académie française en iAqS, et il en fut exclu, comme ou sait, par ordre du Régent, en 1718, à la suite de la publication de la Polysynodle.

« Il étoit, dit Saint-Simon (tome XV, p. 329),... fort rempli de luimême, bon homme et honnête homme pourtant, grand faiseur de livres, de projets et de réformations dans la politique et dans le gouvernement en faveur du bien public. »

Page 166, n° 89. — Celse est d'un rang médiocre (1692).

D'après toutes les clefs (moins celle de 1720, qui, par erreur sans doute, imprime : « M. le marquis de Villebré »), Ceise est le baron de Breteuil, qui a été envoyé auprès du duc de Pdantoue. »

Louis-Nicolas de Breteuil, septième fils de Louis le Tonnelier de Breteuil, conseiller d'Etat, eut la charge de lecteur de la chambre et du cabinet duRoi en 1677, se rendit en janvier 1682 à Mantoue en qualité d'envoyé extraordinaire du Roi, porta au mois d'octobre de la même année au duc de Parme et au duc de Modène la nouvelle de la naissance du duc de Bourgogne, fut remplacé à Mantoue par Gombault, et revint en France en août 1684. « H avoit fait à Mantoiu',

est-iJ dit dans la clef Cochln, des avances qui furent désavouées. » Saint-Simon a tracé de « Breteuil, qui, pour être né à Montpellier pendant l'intendance de son père, se faisoit appeler le baron de Breteuil, » le portrait suivant (tome II, p. 223 et 224) : « C'étoit un homnie qui ne nianquoit pas d'esprit, mais qui avoit la rage de la cour, des ministres, des gens en place ou à la mode, et surtout de gagner de l'argent dans les partis en promettant sa protection. On le souffroit et on s'en moquoit. Il avoit été lecteur du Roi, et il étoit frère de Breteuil conseiller d'Etat et intendant des finances. II se fourroit fort chez M. de Pontcliartrain ', où Caumartin, son ami et son parent, l'avoit introduit. Il faisoit volontiers le capable, quoique respectueux, et on se plaisoit à le tourmenter. Un jour, à dîner chez M. de Pontchartrain , où il y avoit toujours grand monde, il se mit à parler et à décider fort hasardeusement. Mme de Pontchartrain le disputa, et pour fin lui dit qu'avec tout son savoir elle parioit qu'il ne savoit pas qui avoit fait le Pater. Voilà Breteuil à rire et à plaisanter, Mme de Pontchartrain à pousser sa pointe, et touiours à le défier et à le ramener au fait. Il se défendit toujours comme il put, et gagna ainsi la sortie de table. Caumartin , qui vit son embarras , le suit en rentrant dans la chambre , et avec bonté lui souffle : tt Moïse. » Le baron, qui ne savoit plus où il en étoit, se trouva bien fort, et au café remet le Pater sur le tapis, et triomphe. Mme de Pontchartrain alors n'eut plus de peine à le pousser à bout, et Breteuil, après beaucoup de reproches du doute qu'elle affectoit, et de la honte qu'il avoit d'être obligé à dire une chose si triviale, prononça magistralement que c'étoit Moïse qui avoit fait le Pater. L'éclat de rire fut universel. Le pauvre baron confondu ne trouvoit plus la porte pour sortir. Chacun lui dit son mot sur sa rare suffisance. Il en fut brouillé longtemps avec Caumartin, et ce Pater lui fut longtemps reproché. »

// connaît le fond et les causes de la hrouiUerie des deux frères^ et de la rupture des deux ministres.

La brouUlerie des deux frères, selon la clef de 1697 et les meilleures clefs manuscrites, est celle de « MM. Pelletier. »

Il y avait alors trois « MM. Pelletier » : le premier, Claude le Pelletier, seigneur de Montméliant et de Morfontaine, d'abord conseiller au Chàtelet, puis au Parlement, plus tard président de la quatrième chambre des enquêtes, prévôt des marchands en 1668, contrôleur général et ministre d'Etat en i683, président à mortier en 1686, etc.; le second, Michel le Pelletier de Sousy, d'abord avo-

j. La Bruyère, comme on sait, était fort bieu accueilli cliez Pontchartrain.

cat du Roi au Châtelet, puis conseiller au Parlement, intendant de Flandres en 1679, conseiller d'État et intendant des finances en 1684 ; le troisième, l'abbé Jérôme le Pelletier, qui fut conseiller au Châtelet, puis au Parlement, et conseiller d'Etat.

Cette brouillerie entre deux des frères le Pelletier eut-elle pour origine ou })Our prétexte une question de préséance soulevée en j685? « M. l'abbé Pelletier, conseiller de la grande chambre, dit Dangeau sous la date du 20 janvier i685 (tome I, p. iio), fut nommé conseiller d'Etat de semestre, et le Roi n'a point voulu nommer les deux autres, afin que celui-ci eût le pas devant M. le contrôleur général {Claude le Pelletier) et M. Pelletier, l'intendant des finances. Ces deux frères sont aussi conseillers d'Etat, et ils se voient tous trois ensem))le dans le Conseil, après s'être vus longtemps tous trois dans le Parlement. » Ce règlement de préséance et la qualification àefort rustre que Jérôme le Pelletier reçoit de Saint-Simon (tome I, p. ^o\) pourraient donner lieu de croire que c'est lui qui s'est brouillé avec ses frères ou avec l'un d'eux; mais il est vraisemblable que la brouillerie se fit entre Claude et Michel, ainsi que l'indique une clef manuscrite. Ils vivaient depuis longtemps d'ailleurs en mauvaise intelligence : « Il y a quelque jalousie entre les frères , » est-il dit à leur sujet dans les Notes secrètes sur le personnel des Parlements qui sont publiées dans la Correspondance administrative sous le règne de Louis XI f'^, tome II, p. 44- Cette jalousie, qui sans doute était surtout ressentie par Michel, dut prendre chez lui un caractère plus grave en 1697, alors que Claude se démit de ses fonctions de contrôleur général. Le Roi avait proposé à Claude de lui donner Michel pour successeur. « Celui-ci, dit Saint-Simon (tome II, p, 4^)5 avoit bien plus de lumières et de monde, mais son frère ne crut pas le devoir exposer aux tentations d'une place qu'il ne tient qu'à celui qui la remplit de rendre aussi lucrative qu'il veut, et il supplia le Roi de n'y point penser. » A cette époque Jérôme ne vivait plus. Il était mort l'année précédente, frappé d'apoplexie un jour qu'il dînait chez Claud.'. Claude le Pelletier mourut en 171 1 ; le Pelletier de Sousy en 1725. Ce dernier était doyen du conseil royal des finances, et avait fait partie du conseil de régence.

Quant à la rupture des deux ministres, il s'agit, selon les mêmes clefs, de « la brouillerie qui survint entre MM. de Louvois et de Seignelay, au sujet de la protection à donner au roi Jacques, que M. de Louvois, piqué secrètement contre lui pour lui avoir refusé sa nomination au chapeau de cardinal pour l'archevêque de Reims, son frère, vouloit faire abandonner, et ne point charger la France de cette guerre qui ne pouvoit être que très-longue et très-onéreuse. M. de Seignelay, au contraire, soutenoit que le Roi ne pouvoit se dispenser de cette protection qui lui étoit glorieuse et nécessaire ;

et le Roi approuva cet avis , qu'éluda cependant M. de Louvois en envoyant en Irlande peu de troupes pour le rétablissement de ce prince, et M. de Cavois (lisez : « M. de Lauzun ») pour y passer avec elles ; mais ne s'y étant pas trouvé le plus fort, il ne put empocher que le prince d'Orange ne passât la Boyne, où il y eut un grand combat le lo juillet 1690, dans lequel le roi Jacques ayant été abandonné par les Anglois et Irlandois, fut obligé de se sauver à Dublin, et de repasser en France. Ce fut dans ce combat que le maréchal de Schomberg fut tué d'un coup de sabre et de pistolet, par deux François, gardes du roi Jacques, qui passèrent exprès les rangs pour l'attaquer, et qui furent tués sur-le-champ'. Le prince d'Orange fut si surpris de celle mort, que la tête lui en tourna, et qu'il devint invisible quelques jours, ce qui donna lieu au bruit qui courut de sa mort, dont la nouvelle répandue en France causa pendant trois jours des joies fort extravagantes, et qui à peine cessèrent par les nouvelles du rétablissement de sa santé, et du siège de Limerick, où il se trouva en personne. Depuis ce combat, le roi Jacques n'a pu se rétablir, et toutes les places qui étoient en son obéissance se sont soumises au prince d'Orange. »

Ce dissentiment, dont il est question dans les Mcmolres de Berwick (p. 353, collection Petitot) et ailleurs, n'est pas le seul qu'aient noté les contemporains entre les deux ministres. Louvois poursuivait en Seignelay le fils de Colbert, et Saint-Simon accuse la jalousie qu'il éprouvait à l'égard du père et du fils d'avoir perdu la marine (voyez ses Mémoires^ tome XII, p. 409)- Foucault avait de son côté consigné dans un passage de ses Mémoires, cités par M. Chéruel à l'appui de l'avis de Saint-Simon {ibidem, p. $02), l'un des effets de la jalousie de Louvois, « ennemi juré de M. Seignelay : » la démolition de la citadelle de Cherbourg , qu'il obtint du Roi a pour donner du chagrin à M. de Seignelay plutôt que pour le bien de la place, a

La clef de 1697 ^^^ ^^ seule clef imprimée où l'on distingue les deux frères MM. Pelletier et les deux ministres MM. de Louvois et Seignelay. Dans toutes les autres, les deux querelles n'en font qu'une : « Rupture, y lit-on, qui arriva entre M. Pelletier et MM. de Louvois et Seignelay, etc. »

Cette confusion, qui a commencé dès 1693, s'est maintenue dans toutes les éditions jusqu'aux plus récentes.

I . Voyez une version différente dans les Lettres de Mme de Sévigné, tome IX, p. 568/

La. Bruyère i 29

45o APPENDICE.

Page 167, n° 40. — Ménippe est V oiseau paré — (1692).

Mén'ippe est a M. le maréchal de Villeroy, » dans toutes les clefs '. La clef Cochin ajoute : « ou le duc de Caraye, » nom mal lu sans doute, qui a Yraisemblablement pris la place de celui du marquis de Cavoye, inscrit dans quelques clefs manuscrites.

En regard du portrait de 3Iénippe, il faut citer celui que Saint- Simon nous a laissé du maréclial de Villeroy (tome XII, p. i^5 et suivantes) : « C'étoit un grand homme bien fait, avec un visage fort agréable, fort vigoureux , sain , qui sans s'incommoder faisoit tout ce qu'il vouloit de son corps — Toute sa vie nourri et vivant dans le plus grand monde; fils du goviverneur du Roi, élevé avec lui dans sa familiarité dès leur première jeunesse, galant de profession, parfaitement au fait des intrigues galantes de la cour et de la ville, dont il savoit amuser le Roi, qu'il connoissoit à fond, et des foiblesses duquel il sut profiter, et se maintenir en osier de cour dans les contretemps qu'il essuya avant que je fusse dans le monde. Il étoit magnifique en tout, fort noble dans toutes ses manières, grand et beau joueur sans se soucier du jeu, point méchant gratuitement, tout le langage et les façons d'un grand seigneur et d'un homme pétri de la cour; glorieux à l'excès par nature, bas aussi à l'excès pour peu qu'il en eût besoin, et à l'égard du Roi et de Mme de Maintenon valet à tout faire.... Il avoit cet esprit de cour et du monde que le grand usage donne, et que les intrigues et les vues aiguisent, avec ce jargon qu'on v apprend, qui n'a que le tuf, mais qui éblouit les sols, et que l'habitude de la familiarité du Roi, de la faveur, des distinctions, du commandement, rendoit plus brillant, et dont la fatuité suprême faisoit tout le fond. C'étoit un homme fait exprès pour présider à un bal, pour être le juge d'mi carrousel, et s'il avoit eu de la voix, pour chanter à l'Opéra les rôles de rois et de héros ; fort propre encore à donner les modes et à rien du tout au delà. Il ne se connoissoit ni en gens ni en choses, pas même en celles de plaisir, et parloit et agissoit sur parole ; grand admirateur de qui lui imposoit, et conséquemment dupe parfaite , comme il le fut toute sa vie de Vaudemont , de Mme des Ursins et des personnages éclatants ; incapable de bon conseil...; incapable encore de toute affaire, même d'en rien comprendre par delà l'écorce, au point que, lorsqu'il fut dans le conseil, le Roi étoit peiné de cette ineptie, au point d'en baisser la tête, d'en rougir et de perdre sa peine à le redresser, et à tâcher de lui faire comprendre le point dont il s'agissoit — Il se piquoit néanmoins d'être

1, La clef de 1697 ne donne que les initiales : « M. 1. m. d. V. »

CLEFS ET COMMENTAIRES. 45i

fort honnête homme; mais comme il n'avoit point de sens, il montroit la corde fort aisément, aux occasions même peu délicates où son peu de cervelle le trahissoit, peu retenu d'ailleurs quand ses vues, ses espérances et son intérêt, même l'envie de plaire et de flatter, ne s'accordoient pas avec la probité. C'étoit toujours, hors des choses communes, un embarras et une confiance dont le mélange devenoit ridicule. On distinguoit l'un d'avec l'autre, on voyoit qu'il ne savoit où il en étoit; quelque sproposito prononcé avec autorité, étayé de ses grands airs, étoit ordinairement sa ressource. Il étoit brave de sa personne ; pour la capacité militaire on en a vu les funestes fruits. Sa politesse avoit une hauteur qui repoussoit; et ses manières étoient par elles-mêmes insultantes quand il se croyoit affranchi de la politesse par le caractère des gens. Aussi étoit-ce l'homme du monde le moins aimé, et dont le commerce étoit le plus insupportable, parce qu'on n'y trouvolt qu'un tissu de fatuité, de recherche et d applaudissement de soi, de montre de faveur et de grandeur de fortune, un tissu de questions qui en interrompoient les réponses, qui souvent ne les attendoient pas, et qui toujours étoient sans aucun rapport ensemble. D'ailleurs nulle chose que des contes de cour, d'aventures, de galanteries ; nulle lecture, nulle instruction, Ignorance crasse sur tout, plates plaisanteries, force vent et parfait vide. Il traitoit avec l'empire le plus dur les personnes de sa dépendance.... Enfin la fausseté, et la plus grande et la plus pleine opinion de soi en tout genre, mettent la dernière main à la perfection de ce trop véritable tableau. »

Saint-Simon, qui n'eut jamais d'encens ni de compliment « pour ce veau d'or, » revient souvent sur Villeroy, et toujours dans les mêmes termes, insistant volontiers sur « le peu de suite et les ressauts de sa conversation. » — « Son esprit étoit court sans être pourtant bête,. . il étoit plein de vent, » dit-il encore (tome XII, p. 144).

Plus d'un trait noté par Saint-Simon convient à Ménippe, et l'unanimité des clefs rend l'application très-vraisemblable. Nous devons ajouter qu'au moment où la Bruyère publiait ce portrait, l'on ne connaissait encore de Villeroy que l'homme de cour. Quelques années plus tard, son incapacité militaire le rendit odieux, et les sentiments qu'il inspira se traduisent librement dans les couplets du temps et dans les clefs.

Voici une note que contient sur lui la clef Cochin , et que reproduisent intégralement, et avec quelques additions biographiques, les clefs des éditions Coste imprimées en Hollande :

a Ce maréchal est fils du duc de Villeroy, gouverneur de Louis XIV, qui l'étoit de M. d'Alincourt *, gouverneur de Lyon, fils de M. de

i. Toutes les clefs imprimées portent Daluceau, mauvaise lecture du nom de

Villeroy, secrétaire d'Etat de la Ligue, dans lequel poste , ayant ménagé les intérêts d'Henri IV, il fut conservé par ce prince après la Ligue éteinte. Il étoit fils d'un nommé Legendre, bon laboureur, qui, ayant acheté la terre de Neuville, en prit le nom et les armes qu'il a transmises à sa famille. Depuis douze ans (a trente ans » dans les clefs imprimées), un des descendants du frère dudit Legendre qui avoit fait fortune étant mort , M, de Villeroy s'en porta héritier et justifia de sa généalogie. Il a été mis à la tète des troupes de Flandre après la mort de M. le duc de Luxembourg, et a laissé en 1695 reprendre Namur à la tête de cent mille hommes, et depuis a fait de si grosses fautes dans tous les lieux où il a commandé que la France s'en repentira à jamais. »

Le marquis de Cavoye, également nommé par quelques clefs, était Louis Oger de Cavoye, que ses duels avaient fait nommer le brave Cavoje. Saint-Simon en fait ainsi le portrait (tome I, p. 3i2-3i4) * c( Il y a dans les cours des personnages singuliers, qui sans esprit, sans naissance distinguée, et sans entours ni services, percent daijs la familiarité de ce qui y est le plus brillant, et font enfin, on iie sait pourquoi, compter le monde avec eux. Tel y fut Cavoye toute sa vie, très-petit gentilhomme tout au plus, dont le nom étoit Oger. Il étoit grand maréchal des logis de la maison du Roi {depuis 1677).... Cavoye étoit un des hommes de France le mieux faits et de la meilleure mine, et qui se mettoit le mieux. Il en profita auprès des dames.... ;> Et après avoir dit comment a son amitié intime » avec Seignelay lui valut les mauvais services de Louvois, après avoir raconté le roman qui précéda son mariage et fît sa fortune, Saint-Simon ajoute : « Lié toute sa vie avec le plus brillant de la cour, // s'étoit érigé chez lui une espèce de tribunal auquel il ne falloit pas déplaire, compté et ménagé jusque des ministres, mais d'ailleurs bon homme, et un fort honnête homme, à qui on se pouvoit fier de tout. »

Page 168, n° 42. — La fausse grandeur.... La véritable grandeur (1689).

La clef de 1720 et les clefs de Coste appliquent à Turenne l'image de la véritable i^randeur.^ et les dernières celle de la fausse au maréchal de Villeroy. Plusieurs traits de VOraison funèbre du prince de Condé, par Bossuet, pourraient être rapprochés de la peinture que fait la Bruyère de la véritable grandeur ; mais il serait pom' le moins

d'Alincourt. Le copiste qui a écrit la clef Cochin n'a pas mieux lu : il a lu d'Halmioiinet.

téméraire cVassurer qu'il empruntait la peinture tout entière au souvenir que lui avait laissé Condé.

Quelques lecteurs contemporains ont placé le nom de Louis XIV à côté de la description de la véritable grandeur.

Page 173, n°7. — Une femme coquette.... (1692).

Clef de 1697 : (t Mme d'Olonne. » — Le nom de Mme d'Olonne, qui n'est ici placé que par la clef de 1697, reparaîtra ciaprès, note VI.

Il n'était permis qu'aux jeunes femmes déporter des rubans de couleur. Mademoiselle de Montpensier raconte en ses Mémoires (tome IV, p. 466, édition de M. Chéruel) la conversation suivante, qu'elle eut avec Lauzun en 1682, alors qu'elle avait cinquante-cinq ans. « Il dit : « J'ai été étonné de voir la Reine' toute pleine de rubans de cou- « leur à sa tête. — Vous trouvez donc bien étrange que j'en aie, moi oc qui suis plus vieille? » Il ne dit rien. Je lui appris que la qualité faisoit que l'on en porloit plus longtemps que les autres; que je n'en prenois qu'à la campagne et en robe de chambre. »

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