‹ Œuvres de La Bruyère (volume 3)Chapitre 356 sur 373 · Voyez ci-après, p. 462, la note XIV · texte numérisé non relu

Voyez ci-après, p. 462, la note XIV

3. Voyez aux Archives les Sentences des requêtes de l'Hôtel, 5, i5 et 16 septembre, 16 décembre 1693, etc., l'autorisation accordée par justice, sur le refus de son mari, à Catherine Voysin, femme de Bauquemare, de demander la délivrance des legs à elle faits par Pierre Chevrier, prêtre, et la procédure qui s'en est suivie. — Voici la note qui concerne Bauquemare dans le mémoire secret que s'était fait remettre Foucquet sur les membres du Parlement : « Bauquemare a bien du feu et va fort vite; a un peu trop de bonne opinion de soimême. )) {^Correspondance administrative sous Louis XI f^^ tome II, p. 65.)

Page 194, n" 76. — Il y a telU femme ... . {1691). M. B.... est publiquement.... le mari de Mme L....

Toutes les clefs donnent ici pour exemple le ménage de M le président de Bauquemare et de Mme la présidente d'Ons-en-Bray Le dernier nom se prononçait d'Osem/,raj, et c'est ainsi qu'il est écrit le plus souvent. — Quelques clefs manuscrites portent : ce LosemiJray, » en raison de l'initiale imprimée dans les Caractères.

Que la Bruyère ait voulu ou non faire particulier era'ent allusion à M. et Mme de Bauquemare, sa remarque leur est applicable, du moms en partie. Mme de Bauquemare s'appelle partout Mme d'Ons^ en-Bray; elle donne ce même nom à son mari, et ses amis l'imitent (voyez la Correspondance de Bussj, tome IV, p. 2o3, 209, etc.)j mais il ne signe jamais que Bauquemare sur les sentences des requêtes de l'Hôtel.

Le président et la présidente vivaient-ils en très-bon accord? Les clefs disent non, et le recours à la justice dont il a été question dans la note précédente prouve du moins qu'ils n'étaient pas toujours du même avis. Saint-Simon a pu se tromper en déclarant, dans le passage smvant, que la présidente vivait très-bien avec son mari Au moms ils logeaient et mangeaient ensemble : Saint-Simon a dû être exactement informé sur ces deux points, au sujet desquels les curieux avaient pu se renseigner plus aisément. Voici la note que Saint-Simon consacreà Mme d'Ons-en-Bray {Mémoires de Dangeau, tome VI, p. 64) • c( Le presidem avoit une femme extrêmemem du monde de Paris et joueuse a outrance, qui vivoit très-bien d'ailleurs avec lui logeant et mangeant ensemble, mais qui n'avoit voulu jamais porter son nom, et qui s'appeloit la présidente d'Onsenbray, sans aucune autre raison que sa fantaisie. La bonne compagnie de la ville alloit fort chez elle. Elle est morte à quatre-vingt-huit ou quatre-vingt-dix ans, dans tme santé et une gaieté entière jusqu'à sa dernière maladie de pure vieillesse, perçam {sic) les jours et plus encore les nuits au ieu jusqu a la fin. » ^

Au dire de Saint-Simon, d'Ons-en-Bray était un nom de fantaisie • suivant les clefs d'autre part, la présidente aurait « conservé son nom d Osambraj ' : » il y a là deux inexactitudes. Ce nom, qui n'était pas un nom de fantaisie, appartenait à la famille Bauquemare, où l'avait

I. La clef des éditions Coste a transporté cette annotation à côté de la réflexion 5i, qui commence par les mêmes mots que la réflexion 76; mais elle appartient, sans nul doute, à cette dernière, et c'est selon toute apparence par un double emploi que la clef répète le nom de Mme de Bauquemare en regard de l'une et de l'autre.

introduit le mariage de Jean de Bauquemare, grand-père de celui qui nous occupe, avec Anne de Hacquevilie , dame d'Ons-en-Bray. (^Histoire généalogique du Parlement ^ bibliothèque du Louvre, ms. in-folio F yfii.) Il est donc faux que Mme d'Ons-en-Biay ait conservé soit l'un des noms de sa famille , soit le nom d'un premier mari, comme le dit une clef manuscrite.

Page 195, n° 81. — Une femme insensible.... Il jr avoit à Smjrnie — (1689).

Aucune des clefs manuscrites ni imprimées n'a donné le nom de l'héroïne de ce petit roman, dont le fond doit être emprunté à quelque anecdote du temps. Le trait de l'amant désespéré qui va se faire tuer à la guerre de Crète est-il un souvenir qui remonte à l'expédition de Candie, l'ancienne Crète, c'est-à-dire à 1669? La même année, un autre amant dans un transport amoureux se perça le sein, « Un écuyer du comte de Cursol [sans doute Crussol) se poignarda dans Paris, en 1669, en présence de sa maîtresse, qui ne répondoit pas à son amour. » Nous trouvons ce renseignement sur la marge de l'exemplaire de la Bibliothèque impériale auquel nous avons fait plus d'un emprunt. Rapproché de la date de l'expédition de Candie, ne permeltrait-il pas de supposer que la Bruyère nous expose un roman qui s'était passé sous ses yeux pendant sa jeunesse? En 1669, il avait vingt-neuf ans.

Page 212, n° 71. — Drance veut passer (1692).

Drance est, suivant toutes les clefs, « le comte de Clermont-Tonnerre, premier gentilhomme de la chambre de Monsieur. »

Le comte de Tonnerre avait acheté l'une des deux charges de gentilhomme de Monsieur en 1684, et il la conserva jusqu'en 1694. H épousa en 1687 Mlle de Mennevillette, et le duc d'Orléans, qui voulut assister à la cérémonie du mariage, (( honneur qu'il a toujours fait aux premiers gentilshommes de sa chambre, » dit Dangeau (tome II,

p. 70), lui donna quatre mille livres de pension. « On croit pourtant, ajoute Dangeau (tome II, p. 74)1 qu'il n'est pas content de lui, et qu'il a fait ce présent-là plus en considération des Mennevillette, qui ont toujours été attachés à lui. » Ne semble-t-il pas que, de son côté, le circonspect Dangeau tienne à bien établir que Tonnerre n'est pas aussi aimé du duc d'Orléans qu'il vput le donner à penser ?

Dans le courant de l'année où la Bruyère publia le caractère de Drance, Tonnerre obtint encore la lieutenance des gendarmes de Monsievir; mais deux ans plus tard il se voyait en quelque sorte obligé de vendre sa charge de premier gentiUiomme.

Le comte de « Tonnerre, dit Saint-Simon (tome I, p. 220), avoit beaucoup d'esprit, mais c'étoit tout; il en partoit souvent des traits extrêmement plaisants et salés, mais qui lui attiroient des aventures qu'il ne soutenoit pas, et qui ne purent le corriger de ne se rien refuser, et il étoit parvenu enfin à cet état, qu'il eût été honteux d'avoir une querelle avec lui ; aussi ne se contraignoit-on point sur ce qu'on vouloit lui répondre ou kii dire. Il étoit depuis longtemps fort mal dans sa petite cour par ses bons mots. Il lui avoit échappé [en 1687) de dire qu'il ne savoit ce qu'il f;\isoit de demeurer en cette boutique; que Monsieur étoit la plus sotte femme du monde, et Madame le plus sot homme qu'il eût jamais vu. L'un et l'autre le surent, et en furent très-offensés. Il n'en fut pourtant autre chose ; mais le mélange des brocards sur chacun et du mépris extrême qu'il avoit acquis, le chassèrent à la fin pour mener une vie fort pitoyable ' . »

Voici la note que donne la clef Cochin sur ce personnage, et que répètent, à quelques mots près, les clefs suivantes : a Le comte de Tonnerre, premier gentilhomme de la chambre de feu Monsieur, de la maison des comles de Tonnerre-Clermont. Ils portoient autrefois pour armes un soleil au-dessus d'une montagne. Mais depuis que, l'an 1 1 28 , un comte de cette maison rétablit le pape Calixte II sur sou trône, ce pape a donné pour armes à cette maison deux clefs d'argent en sautoir, qu'elle porte présentement ; et quand un comte de cette maison se trouve à Rome lors de quelque couronnement de pape, au lieu que tout le monde va lui baiser les pieds, lui se met à côté, tire son épée, et dit : Et si omnes^ ego non^ ! Cette maison est fort illustre et fort ancienne, et ceux qui en sont présentement sont très-fiers, et traitent les autres de petite noblesse et de bourgeoisie. L'évêque de Noyon, qui en est, ayant traité sur ce pied

Page 1