Ciseau de menuisier
PIECES JUSÏIFTCATIVES. clxxv
Sur la demande faite le lendtnnain, par un procureur, au nom de la Bruyère, le lieutenant civil signa le permis d'informer, et un commissaire reçut les dépositioDS d'Élisabeth-Marguerite Blainville, fille damoiselle suivante de Mme de Romeau [laquelle demeurent dans la même maison que le plaignant)^ du compagnon serrurier qui avait ouvert la porle et le bureau, du laquais de M. Huerne, du laquais de M. de Romeau et enfin du lacjuais de Mlle de la Bruyère.
La première déclare que dans la soirée du lundi, « environ les sept heures du soir, étant dans la chambre de ladite dame de Romeau,... elle entendit cogner quelques coups;... le sieur plaignant étant de retour de ville environ les onze heures du soir, il demanda si son laquais n'étoit pas revenu •> , etc. Le serrurier raconte qu'appelé le mardi, vers cinq ou six heures du matin, il « fit ouverture de la porte d'une troisième chambre, en laquelle étant entré, ledit sieur plaignant ayant été ù son bureau, qui est en forme d'armoire, il trouva que l'on avoit
forcé ledit bureau, et remarqua que l'on avoit levé le dessus dudit bureau Et
ledit plaignant se plaignit à l'instant que son laquais l'avoit volé, et qu'il lui avoit emporté deux mille livres en or et quelques sommes en argent blanc. »
Voici la déposition des trois derniers témoins :
« Simon Jacquet, dit Bourguignon, laquais de M. Huerne, demeurant rue du Batoir-Samt-André-des-Arts, Agé de vingt-cinq ans ou environ, lequel, après serment par lui fait, etc. dépose que, lundi dernier, environ les sept heures du soir, ledit sieur plaignant étant en visite chez ledit sieur son maître, il remarqua au visage dudit Blondel, laquais dudit sïeur plaignant, qu'il étoit triste et chagrin, et qu'il avoit quelque dessein à exécuter; et ledit laquais lui ayant témoigné, audit déposant, qu'il avoit volonté d'aller voir un de ses camarades qui étoit malade à l'Ilôtel-Dieu, ledit déposant lui dit de n'y point aller, parce que ledit sieur plaignant son maître alloit bientôt sortir; et néanmoins ledit Blondel, impatient d'exécuter son dessein, dit qu'il alloit y courir et qu'il seroit bientôt revenu, et dit audit déposant, en cas que ledit sieur plaignant son maître vînt à sortir, qu'il lui dit qu'il étoit allé quérir la clef de sa chambre, qu'il avoit oubliée; et, ledit sieur plaignant étant venu à sortir, il lui dit que sondit laquais n'y étoit pas, et qu'il étoit [allé] chercher sa clef, qu'il avoit oubliée : ce qui surprit ledit sieur plaignant ; et le lendemain apprit que ledit sieur plaignant avoit été volé, et que ledit Blondel, son laquais, s'en étoit allé, et qu'il avoit fait ledit vol....
« Jean de la Chaussée, laquais du sieur de Romeau, frère dudit sieur plaignant, demeurant avec lui, rue des Grands-Augustins, âgé de vingt ans environ, lequel, après serment, etc. dépose que, lundi dernier, environ les six à sept heures du soir, ledit déposant étant en la cour de la maison de son maître, où demeure ledit sieur plaignant, son frère, il vit le laquais du sieur abbé [de la] Bruyère (duquel ledit sieur plaignant se servoit à cause que le sien étoit malade), qui alloit et venoit en ladite maison et en sortit plusieurs fois, paroissant chagrin et triste; et ledit laquais ne revint point pour coucher, de manière que le lendemain, ayant fait ouverture d-î la chambre dudit sieur plaignant, on trouva que ledit laquais l'avoit volé....
« Jean Jeannat, laquaisde Mademoiselle de fia] Bruyère, sœur du sieur plaignant, demeurant rue des Grands-Augustins, âgé de quatorze ans ou environ, lequel, après serment, etc. dépose que, lundi dernier, environ les sept heures du soir, étant dans la cour de la maison où il demeure, il vit le nommé Blondel, laquais du sieur abbé de [la] Bruyère, duquel ledit sieur plaignant se ser-
CLXXvi NOTICE SUR LA BRUYERE.
voit d'autant que le sien étoit tombé malade, qui alloit et venoit en ladite maison et paroissoit fort inquiet, le vit monter par deux différentes fois en la chambre dudit sieur plaignant, et lorsqu'il en descendoit, il alloit fort doucement sur les montées, quoiqu'il eût appris de toujours courir, et paroissoit être chargé; et sortit en la rue, et ne revint point coucher, ayant emporté la clef de la chambre dudit sieur plaignant.... L'on fut obligé le lendemain de la faire ouvrir par un serrurier, et ledit plaignant étant entré en ladite chambre, trouva que ledit Blondel avoit forcé et déboîté son bureau et qu'il avoit volé l'argent qui y étoit.... »
Chansons et épigrammes sur la réception de la Bruyère a l'Académie
française *.
Chanson sur l'air : Vune main je tiens ?7ion pot. Sur la réception de V Académie française de la Bruyère, le i5 iuin lôgS.
Les quarante beaux esprits,
Grâce à Racine, ont pris L'excellent et beau la Bruyère, Dont le discours ne fut pas bon....
Du dernier, je vous en réponds,
Mais de l'autre, non, non-.
Avec un air de soldat,
Bien qu'il soit un pied plat, Devant les maîtres du langage, 11 parla presque bas breton..,. Du dernier, etc.
Dans son fichu compliment, 11 dit effrontément Qu'il n'avoit pas brigué sa place'.
Cet endroit fut assez bouffon....
Du dernier, etc.
1. Extraits du Chansonnier Maurepas, tome VIT, fol. 431-449. — Voyez ci-dessus le récit de la réception de la Bruyère, p. cxix et suivantes.
2. « L'auteur de cette chanson, dit en note le commentateur, assure avec vérité que la Bruycre fit une mauvaise harangue à sa réception.... 11 ne répond pas que la Bruyère soit excellent ni beau, et il a raison. » Le même annotateur explique de même comment, au couplet suivant, l'auteur se refuse à convenir que les académiciens soient les « maîtres du langage, » et déclare que le discours de réception de la Bruyère n'est ])as écrit en français. Kous ne reproduisons que prr exception (et entre guillemets) le commentaire qui accompagne dans le Chansonnier cb .que couplet, et presque chaque vers, et toujours de la façon la plus déscoligeante pour la Bruyère, qui est présenté comme un « homme de rien. »