Il l'avoit extrêmement sollicitée
PIEGES JUSTIFICATIVES. clxxvii
Avec d'assez brillants traits.
Il fit de faux ])ortraits.
Racine au-dessus de Corneille Pensa faire siffler^ dit-on....
Du dernier, etc.
L'Académie en frémit, Et dans son courroux dit :
« Je vengerai bien ce grand homme, L'honneur le veut et la raison..,. »
Du dernier, etc.
Racine, ce franc dévot , En a fait dire un mot Par un grand et modeste évèque, Qui vint menacer en son nom*....
Du dernier, etc.
L'Académie a cédé.
Quelques-uns ont grondé; Mais, toujours juste et toujours sage, Elle a tremblé pour le jeton.,..
Du dernier, etc.
Mais la Bruyère a pris feu.
11 jure que, dans peu, Dans ses merveilleux Caractères 11 la mettra tout de son long,...
Du dernier, etc.
Dieu veuille que cet auteur,
Dont je suis serviteur, Kt que toutes les dames courent-.
Fasse encore pis qu'un factum ^ !...
Du dernier, etc.
Chanson sur l'air de Lampon.
Les quarante beaux esprits {his) Sont tombés dans le méprià [bis).
Ils n'avoient plus Furetière;
1. « M. révêque de Meaux vint [dire] de la part de Racine à l'Académie françoise que si, comme on l'avoit pioposé, ou ôtoit cet article où Racine étoit mis au-dessus de Corneille^ lorsqu'on feroit imprimer cette harangue suivant l'usage de l'Académie, Racine n'y mettroit plus le pied, et que cela feroit un tort considérable à cette compagnie.
2. « L'auteur ne répond pas que les dames courent la Bruyère, qui est fort laid. »
3. « L'auteur veut parler des factums d'Antoiae de Furetière. »
CLXxviii NOTICE SUR LA BRUYERE.
Mais ils ont pris la Bruyère....
Lampon^ lampoiij la Bruyère lampon.
Par des portraits ressemblants, Ils seront en beaux draps blancs :
Chacun aura son affaire, On ne les respecte guère....
Lampon, etc.
Pour Racine et Despréaux, Leurs portraits sont des plus beaux :
Ils sont flattés à merveille^ Aux déjjens du grand Corneille....
Lampon, etc.
Le bénigne Bossuet Est un prélat tout parfait.
Sa personne est un chef-d'œuvre ; Notre Harlay n'y fait œuvre*.
Lampon, etc.
Le sévère Régnier IN'e sa voit [sauroit ?) plus le nier : La Bruyère est son dédale.
Il le met dans la cabale....
Lampon, etc.
La Bruyère l'a promis, Il mordra ses ennemis ; Mais chacun lui fait la guerre ; Mordra -t-il toute la terre 2?
LampoUj etc.
Chanson sur l'air : Je ne saurais,
A Jean Racine.
Suis ce que je te conseille :
Sans t'en vouloir plaindre au Roi, Souffre que le grand Corneille Soit mis au-dessus de toi....
— Je ne saurois.
— Qu'il soit en place pareille....
— J'en mourrois.
1. « François de Harlay, archevêque de Paris, duc et pair de France et aussi de l'Académie françoise, vint à cette réception. La Bruyère ne dit pas un mot de lui et loua l'évè jue de Mt^aux en sa présence. »
2. « Personne n'aime la Bruvère, et chacun trouve à redire aux portraits de son livre, où une inlinité de gens sont tournés en ridicule et reconnus, quoique sous de faux noms. »
PIECES JUSTIFICATIVES. clxxix
Ta vanité me chagrine.
Loin d'être friant d'honneur,
La dévotion, Racine,
Veut qu'on soit humble de cœur...,
— .le ne saurois,
— Fais-en du moins quelque mine....
— J'en mourrois.
Si tu ne veux pas me croire, Quitte le dévot sentier; Dupé par ta vieille gloire, Reprends ton pauvre métier*....
— Je ne saurois.
Imprime donc ton histoire !
— J'en mourrois.
ÉPXGRAMMES.
Sur ce que dans la harangue que le sieur de la Bruyère fit^ le i5 juin 1693, à V Académie française, lorsqu'il y fut reçu, il y avait un article qui mettoit les tragédies de Jean Racine au-dessus de celles de Pierre Corneille '. « Comme ce dernier, tout mort qu'il étoit, avoit encore ses partisans dans l'Académie, et entre autres Thomas Corneille et Bernard Fontenelle, son neveu, cette préférence, donnée si légèrement et si hors de saison, troubla toute cette Compagnie en telle sorte qu'on proposa d'ôter cet endroit de la harangue de M. de la Bruyère, lorsque, selon la coutume, on la feroit imprimer. Racine, ayant su cela, se formalisa de son côté, fit son parti dans l'Académie pour que la harangue fut imprimée comme elle avoit été prononcée. Il pria même Jacques- Bénigne Bossuet, évêque de Meaux, de dire à l'Académie que, si ou ôtoit cet article, il n'y remettroit jamais le pied et s'en ])laandroit au Roi. C'est toute cette contestation qui a donné matière aux épigrammes suivantes. »
Racine, ce poëte eu honneur, en crédit,
Dont la dévotion sommeille
Lorsque de sa gloire il s'agit.
Prétend par ses amis, qui pour lui font merveille.
L'emporter sur le grand Corneille :
A quoi s'exposent ses flatteurs!
Déjà dans Capistron, et déjà dans Abeille^
Tout l'orgueil gascon se réveille :
« Contre lui, disent ces auteurs,
Demandons justice pareille 1
N'avons-nous pas des protecteurs? »
1. « Le métier de poëte tragique, qu'il disoit avoir quitté par dévotion. »
2. La septième des épigrammes qui suivent n'est pas, on le vei'ra, comprise dans ce titre commun.
3. « Gaspard Abeille, poëte tragique. — Capistron [Campistron), poëte tragique médiocre. Capistron étoit domestique du duc de Vendôme ; et Abeille demeuroic chez le maréchal duc de Luxembourg. »
CLxxx NOTICE SUR LA BRUYERE.
Racine, détaché de la gloire du monde, Sachant que la Bruyère avoit dit, quoique mal,
Que CorneillCj le grand Corneille, Loin d'être préféré, n'étoit pas son égal :
« Cet éloge est fait à merveille, Dit-ilj qu'on n'ôte rien! Qui vit pour le Seigneur
Doit avoir soin de son honneur. »
« Pour maintenir les dits de la Bruyère, Qui me feroient grand tort s'ils étoient retranchés, Je perdrois le grand corps qui s'est, pour ses péchés. Avisé d'écouter une plainte grossière.
Aux dévots tels que moi l'on ne fait point d'affront : Les mots ont été dits, les mots demeureront, » Voilà le fait. Toute l'Académie En est témoin. Comment nommera-t-on Ce sentiment chrétien, d'éviter l'infamie Qui tomberoit sur son grand nom.
S'il faisoit h Corneille un parti plus honnête? Voulez-vous que je parle net.?
C'est proprement faire dans son bonnet, Et puis le mettre sur sa tête.
« Mon Dieu ! quelle comparaison ! »
Disoit toute bonne cervelle, '
Quand on faisoit le parallèle
Du grand Racine et de Pradon ;
Mais quand Racine au grand Corneille
Vient se comparer sans raison,
Chacun s'écrie à la pareille :
« Mon Dieu! quelle comparaison! »
Quand au grand Corneille on s'obstine De vouloir préférer l'ambitieux Racine,
Je l'avouerai, je prendrois feu Si quelque grand auteur entroit dans la carrière ; Mais lorsque je n'y vois que le seul la Bruyère,
Je dis : « Il m'importe fort peu Que Pascal soit devant ou Pascal soit deriière^ ».
Ce peintre nouveau la Bruyère, Qui de tant de portraits se croit l'original,
A force d'outrer la matière, Quand il peint ses amis, les flatte et les peint mal.
A l'entendre, le grand Corneille
De Racine fut l'apprentif.
Et Despréaux, par un pareil motif.
De nos jours est l'autre merveille.
I . « Vers de Don Jaj^het (T Arménie^ comédie de Scarron, devenu proverbe.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. clxxxi
Quand il parle de Bossuet
En présence de Harlay même*,
C'est le prélat le j)lus parfait,
Tant il flatte ceux (ju'il aime !
Que vous semble de ses portraits?
Les trouvez-vous équitables?
— Ils seroient plus raisonnables, Si Théophraste les eût faits.
Autre épigramme.
Sur ce que François-Séraphin Régnier des Marais, secrétaire perpétuel de V Académie française, avait fait entrer dans cette compagnie le sieur de la Bruyère.
Grand Cardinal, plains ton Académie :
Elle a reçu dans son sein un serpent
Dont le venin sur elle se répand,
Et dont le clioix la couvre d'infamie.
De l'avoir fait la folle se repent ;
A tout le monde elle en fait ses excuses :
« C'est, lui dit-elle, à mon perpétuel,
Cet homme droit, intègre, ponctuel,
Oui, c'est hélas! à ses soins, à ses ruses.
Qu'on doit ce choix odieux et fatal.
Que puisse-t-il être un jour aussi mal
Auprès du Roi qu'il est auprès des Muses! »
Inventaires faits après le décès de la Bruyère^. 1° A l' ko tel de Condé a Versailles,
« L'année mil six cent quatre-vingt-seize, le quatorzième jour de mai, deux heures de relevée, à la requête de M^ Robert-Pierre de la Bruyère, clerc du diocèse de Paris, et demeurant à Saint-Denis dans l'enclos des Annonciades, étant ce jour d'hui en cette ville, tant en son nom que comme se faisant et portant fort de damoiselle Elisabeth-Marguerite de la Bruyère, sa sœur, fille majeure, et encore comme jjrocureur et fondé de procuration spéciale de dame Claude-Angélique Targas, veuve de Louis de la Bruyère, sieur de Romeau, conseiller du Roi, receveur général et payeur de rentes du clergé, en qualité de tutrice des enfants mineurs dudit défunt sieur son mari, jjassée devant Raymond et Junot, notaires au Châtelet de Paris, le 12 du présent mois, de-
1. « François de Harlay, archevêque de Paris, ducet pair de France, et aussi de l'Académie françoise, assista h cette harangue. La Bruyère, en louant l'évêque de Meaux, ne dit pas un mot de ce prélat, ce qui fut trouvé très impudent. »
2. Voyez ci-dessus, p. clxv. — Nous avons pris copie de ce document à Versailles, dans l'étude de W Pichard, qui est aujourd'hui celle de M" Bigault.
cLxxxii NOTICE SUR LA BRUYÈRE.
meurée annexée à la présente minute* pour y avoir créance, après avoir été parafée dudit sieur de la Bruyère, et à sa réquisition, des notaires soussignés, lesdits sieurs Robert-Pierre et demoiselle Elisabeth-Marguerite de la Bruyère de leur chef, et lesdits mineurs par représentation dudit défunt sieur leur père, habiles à se dire seuls héritiers de défunt Jean de la Bruyère, écuyer, gentilhomme de S, A. S. Mgr le Duc, les notaires garde-notes du Roi à Versailles soussignés se sont transportés à l'hôtel de Mgr le prince de Condé, à Versailles, à l'effet de faire inventaire et description des biens meubles, effets, livres, deniers comptants et autres choses, demeurés après le décès dudit défunt sieur Jean de la Bruyère, trouvés en une chambre et un cabinet et garde-robe qu'il occupoit audit hôtel, où étant, en la présence de M^ Charles Laboré de Beaupesche, aumônier de S. A. S. Mme la Duchesse, et de Pierre Boivin, du sieur du Monteil, écuyer de la Duchesse, témoins à ce requis et appelés par ledit sieur de la Bruyère, et après que le cachet du sieur Louis Huguet, valet de chambre de S. A. S. Mgr le Prince et son concierge dudit hôtel, qui avoit été posé sur la serrure de la porte d'entrée de ladite chambre pour éviter la dissipation desdits biens, attendu l'absence des présomptifs héritiers dudit défunt, a été levé et ôté par ledit sieur Huguet, pour ce présent, du consentement dudit sieur de la Bruyère comparant: a été par lesdits notaires procédé audit inventaire et description desdits meubles et autres effets, qui ont été représentés et mis en évidence par Jacques Paillot, dit Diiplessis, et par Françoise Savaris, serviteur et servante, domestiques dudit défunt sieur de la Bruyère, après serment fait es mains desdits notaires de tout enseigner sans en omettre ni cacher aucun, ce qu'ils ont promis de faire. Lesquels meubles et bardes et autres effets ont été prisés et estimés par Claude Mercier, huissier audiencier au bailliage de Versailles, qui a serment en justice, qui a fait ladite estimation en sa conscience et selon le cours du temps, le tout ainsi qu'il ensuit, en la présence de noble homme M* Roland-Charles Fresson, avocat en Parlement, conseiller du Roi, son procureur au bailliage de Versailles, pour l'absence et conservation des droits d'Elisabeth-Marguerite de la Bruyère. Et ont signé, fors ledit Duplessis, qui a déclaré ne savoir écrire ni signer, de ce interpellé.
« Fresson, Laboreys de Bospeche, de la Bruyère, Françoise Savaris, du Monteil, Mabile, Lamy, L. Huguet.
« Premièrement dans ladite chamhre. — Deux chenets, une pelle et une pincette de fer poli, un soufflet de cuir rouge; prisé le tout ensemble à la somme de quatre livres. Ci iv 1.
« Item un miroir d'un pied et demi de glace ou environ, avec sa bordure de bois noirci ; un autre petit miroir de toilette ; une petite table de bois de noyer, couverte d'un tapis de drap vert, avec une peau de cuir par-dessus ; prisé et estimé le tout ensemble à la somme de six livres. Ci. . . . vi 1.
« Item trois fauteuils de commodité de bois de noyer, dont deux couverts de serge verte, et l'autre de tapisserie ; un autre fauteuil de pareil bois, garni de paille; prisé et estimé le tout ensemble à la somme de seize livres. Ci. . xvi 1,
« Item un portrait garni de cadre doré, l'eprésentant Mgr l'Evèque de Meaux, prisé et estimé à la somme de quinze livres. Ci xv 1.
1. Nous n'en donnons pas le texte, qui ne contient aucune indication nouvelle.
PIÈCES JUSTIFICATIVES. clxxxiii
« Item une couche à hnut<; piliers, garnie de ses enfonçure ' et dossier un matelas de laine, un tour de lit, et housse de serge verte, un grand rideau de moquette ; prisé et estimé le tout ensemble la somme de cinquante livres. Ci. . 1,1.
« Dans le cabinet à coté de ladite chambre. — Item une tahle de bois de chêne et de sapin, garnie d'un tiroir fermant à clef, couverte d'un tapis vert ; un pupitre à lire monté sur son pied; trois chaises de bois de nojer, garnies de paille ; une petite cassette de cuir noir à plaques de cuivre ; prisé et estimé le tout ensemble à la somme de trois livres. Ci ml.
« Item deux petits morceaux de tapisserie de bergame verte, et une guitare ayec son étui; prisé le tout à six livres. Ci vi 1.
« //ew onze jetons de l'Académie, une chaîne, crochet et plaque de manchon, un petit flacon de vermeil, le tout d'argent; prisé le tout ensemble à a somme de quinze livres. Ci xv 1.
« Item dans ledit tiroir s'est trouvé la somme décent vingt-huit livres et douze sols, eu trente-six écus de nouvelle espèce ayant cours. Ci. . cxxviii 1. xii s.
« Item la quantité de cent quarante-ciaq volumes, tant petits que gros, de divers auteurs, traitant de plusieurs matières, prisé le tout ensemble à la somme de cent livres'*. Ci cl.
« Itr'm plusieurs plats et assiettes de fayence, et trois cartes de géographie; une épée de deuil, et une canne à petite poignée d'argent; jjrise le tout ensemble à la somme de huit livres. Ci viii 1.
« Dans la garde-robe. — Item onze chemises fines, trois chemises de nuit et une toilette, quatre nappes, deux peignoirs, vingt serviettes, neuf mouchoirs, une camisole de toile double, quatre taies d'oreiller, six cravates à dentelle, douze cravates de mousseline, deux cravates effilées, cinq paires de manchettes plates de deuil, huit paires de manchettes à dentelle, dix paires de chausses, cinq coiffes de nuit, deux paires de draps fins, un drap de grosse toile, six torchons, une paire de bas de toile grise, un rabat de deuil et cinq chauffoirs^; prisé le tout ensemble à la somme de cent livres. Ci cl.
« Item un manteau de drap rouge, bordé d'un petit bord d'or; un manteau de camelot, doublé de velours rouge passé ; une casaque de camelot, doublée de drap rouge, garnie de boutons et passe-poil d'argent*..., et une robe de chambre ; deux vestes, l'une de chamois garnie de galon d'or, et l'autre de gros de Tours à fleurs d'argent ; une autre veste de drap bleu, garnie de boutons, boutonnoires [sic) et agréments d'or; prisé et estimé le tout ensemble à la somme de cent dix livres. Ci ex 1.
a Item deux chandeliers de cuivre jaune et une plaque^ ; prisés à trois livres. Ci ml.
« Item deux vieux chapeaux, dont un de Caudebec et l'autre castor ; prisés à trente sols. Ci xxx s.
« Ce fait, et après qu'il ne s'est plus rien trouvé dans lesdits lieux, ce que dessus inventorié est demeuré en la garde et possession dudit sieur de la
1 . Assemblage des ais placés dans un bois de lit pour soutenir les matelas.