‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 104 sur 257 · C'est-à-dire, pourvu d'un office · texte numérisé non relu

C'est-à-dire, pourvu d'un office

3. a Le mari et la femme ne peuvent s'avantager l'un l'autre soit par donation entre-vifs ou par testament, directement ou indirectement. » {Coutume de Paris^ article 282). — H y a dans le Malade

t-elle introduit les fidéicommis , ou si même elle les to-

imaginaire une scène qui est le meilleur commentaire de cette remarque :

« Argan. Approchez, Monsieur de Bonnefoi, approchez.... Ma femme m'a dit, Monsieur, que vous étiez fort honnête homme, et tout à fait de ses amis ; et je l'ai chargée de vous parler pour un testament que je veux faire

Le Notaire. Elle m'a, Monsieur, expliqué vos intentions, et le dessein où vous êtes pour elle ; et j'ai à vous dire là-dessus que vous ne sauriez rien donner à votre femme par votre testament.

Argan. Mais pourquoi?

Le Notaire, La coutume y résiste. Si vous étiez en pays de droit écrit, cela se pourroit faire; mais à Paris, et dans les pays coutumiers, au moins dans la plupart, c'est ce qui ne se peut; et la disposition seroit nulle. Tout l'avantage qu'homme et femme conjoints par mariage se peuvent faire l'un à l'autre, c'est un don mutuel entre-vifs : encore faut-il qu'il n'y ait enfants soit des deux conjoints, ou de l'un d'eux, lors du décès du premier mourant*.

Argan. Voilà une coutume hien impertinente, qu'un mari ne puisse rien laisser à une femme dont il est aimé tendrement, et qui prend de lui tant de soin! J'aurois envie de consulter mon avocat, pour voir comment je pourrois faire.

Le Notaire, Ce n'est point à des avocats qu'il faut aller, car ils sont d'ordinaire sévères là-dessus, et s'imaginent que c'est un grand crime que de disposer en fraude de la loi : ce sont gens de difficultés, et qui sont ignorants des détours de la conscience. Il y a d'autres personnes à consulter, qui sont hien plus accommodantes, qui ont des expédients pour passer doucement par-dessus la loi et rendre juste ce qui n'est pas permis; qui savent aplanir les difficultés d'une affaire, et trouver des moyens d'éluder la coutume par quelque avantage indirect. Sans cela, où en serions-nous tous les jours? Il faut de la facilité dans les choses; autrement nous ne ferions rien, et je ne donnerois pas un sou de notre métier.

Argan. Ma femme m'avoit bien dit. Monsieur, que vous étiez fort habile et fort honnête homme. Comment puis-je faire, s'il vous plaît, pour lui donner mon bien et en frustrer mes enfants?

Le Notaire. Comment vous pouvez faire? Vous pouvez choisir doucement un ami intime de votre femme, auquel vous donnerez en bonne forme, par votre testament, tout ce que vous pouvez ; t't cet ami ensuite lui rendra tout.... » (Molière, le Malade imaginaire^ acte I, scène vu.)

* Voyez l'article 280 de la Coutume de Paris,

La Bruyèke II i3

Icre? Avec une femme qui nous est chère et qui nous survit, lègue-t-on son bien à un ami fidèle par un sentiment de reconnoissance pour lui , ou plutôt par une extrême confiance , et par la certitude qu'on a du bon usage qu'il saura faire de ce qu'on lui lègue? Donne-t-on à celui que l'on peut soupçonner de ne devoir pas rendre à la personne à qui en effet l'on veut donner? Faut-il se parler, faut-il s'écrire, est-il besoin de pacte ou de serments pour former cette collusion ? Les hommes ne sentent-ils pas en ce rencontre ^ ce qu'ils peuvent espérer les uns des autres? Et si au contraire la propriété d'un tel bien est dévolue au fidéicommissaire, pourquoi perd-il sa réputation à le retenir? Sur quoi fonde-t-on la satire et les vaudevilles? Voudroit-on le comparer au dépositaire qui trahit le dépôt, à un domestique qui vole l'argent que son maître lui envoie porter ^ ? On auroit tort : y a-t-il de l'infamie à ne pas faire une libéralité , et à conserver pour soi ce qui est à soi? Etrange embarras, horrible poids que le fidéicommis! Si par la révérence des lois on se l'approprie , il ne faut plus passer pour homme de bien ; si par le respect d'un ami mort l'on suit ses intentions en le rendant à sa veuve , on est confidentiaire, on blesse la loi. — Elle cadre donc bien mal avec l'opinion des hommes? — Cela peut être; et il ne

1. Les éditeurs modernes ont imprimé à tort : « cette rencontre. » Très-souvent du masculin dans le cours du dix •• septième siècle quand il avait le sens d'occasion, ce mot n'était plus guère, vers la fin du siècle, employé dans ses divers sens qu'au féminin : voyez les Observations de M. Ménage sur la langue françoise , chapitre Lxxiv, p. 162; le Dictionnaire de V Académie (1694), et les Obsen>ations de r Académie sur les Remarques de Vaugelas^ p. 21. C'était un archaïsme, condamné par Vaugelas, qu'imprimait ici la Bruyère.

2. Var. (édit. 5 et 6) : que son maître lui envoie porter à uu créancier?

DE QUELQUES USAGES. igS

me convient pas de dire ici : « La loi pèche, » ni : « Les hommes se trompent. » (éd. 5.)

J'entends dire de quelques particuliers ou de quel- 6i. ques compagnies : « Tel et tel corps se contestent l'un à l'autre la préséance ; le mortier et la pairie se disputent le pas. » Il me paroît que celui des deux qui évite de se rencontrer aux assemblées est celui qui cède , et qui sentant son foible, juge lui-même en faveur de son concurrent. {ÉD. 8.)

Typhon fournit un grand de chiens et de chevaux; 62. que ne lui fournit-il point ? Sa protection le rend audacieux; il est impunément dans sa province tout ce qui lui plaît d'être % assassin, parjure; il brûle ses voisins, et il n'a pas besoin d'asile. Il faut enfin que le Prince se mêle lui-même de sa punition, (éd. 4»)

Ragoûts^ liqueurs^ entrées^ entremets^ ^ tous mots qui 63. devroient être barbares et inintelligibles en notre langue ; et s'il est vrai qu'ils ne devroient pas être d'usage en pleine paix, où ils ne servent qu'à entretenir le luxe et la gourmandise, comment peuvent-ils être entendus dans le temps de la guerre et d'une misère publique, à la vue de l'ennemi, à la veille d'un combat, pendant un siège ? Où est -il parlé de la table de Scipion ou de celle de Marins P Ai-je lu quelque part que Miltiade, quEpaminondaSj c^'Jgésilas aient fait une chère délicate? Je voudrois qu'on ne fît mention de la délicatesse , de la

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