‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 105 sur 257 · Var, (édit. 4-7) : tout ce qu'il lui plaît d'être · texte numérisé non relu

Var, (édit. 4-7) : tout ce qu'il lui plaît d'être

2. Ces mots n'ont été imprimés en italique que dans la 6^ édition, la première qui contienne cet alinéa. — Il en est de même des mots que nous réimprimons en italique {ses petites commodités), au commencement de la remarque suivante, n° 64.

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propreté et de la somptuosité des généraux, qu'après n'avoir plus rien à dire sur leur sujet, et s'être épuisé sur les circonstances d'une bataille gagnée et d'une ville prise; j'aimerois même qu'ils voulussent se priver decetéloge\ (éd. 6.)

64 • Hermippe est Tesclave de ce qu'il appelle ses petites commodités; il leur sacrifie l'usage reçu, la coutume, les modes, la bienséance. Il les cherche en toutes choses, \\ quitte une moindre pour une plus grande, il ne néglige aucune de celles qui sont praticables , il s'en fait une étude, et il ne se passe aucun jour qu'il ne fasse en ce

I. Gourville , dans ses Mémoires (collection Petitot, tome LU, p. 287 et 288), et Voltaire, dans le Siècle de Louis XIV ^ ont attribué au maréchal d'Humières l'introduction de ce luxe dans les armées ; mais la responsabilité en doit peut-être remonter plus justement encore à Louis XIV. « Cette campagne, dit Voltaire en parlant de la conquête de la Flandre en 1667, faite au milieu de la plus grande abondance, parmi des succès si faciles, parut le voyage d'une cour. La bonne chère, le luxe et les plaisirs s'introduisirent alors dans les armées dans le temps même que la discipline s'affermissait. Les officiers faisaient leur devoir beaucoup plus exactement, mais avec des commodités plus recherchées. Le maréchal de Turenne n'avoit eu longtemps que des assiettes de fer en campagne. Le marquis d'Humières fut le premier, au siège d'Arras en 1657, qui se fit servir en vaisselle d'argent à la tranchée, et qui fit manger des ragoûts et des entremets. Mais dans cette campagne de 1667, où un jeune roi, aimant la magnificence, étaloit celle de sa cour dans les fatigues de la guerre, tout le monde se piqua de somptuosité et de goût dans la bonne chère, dans les habits, dans les équipages. Ce luxe.... éloit cependant très-peu de chose auprès de celui qu'on a vu depuis. » [Siècle de Louis XIV, chapitre viii.) — Il se fit en 1672 une ordonnance pour la modération des tables des officiers généraux; mais elle di raeura impuissante, a Le luxe et la bonne chère, dit Saint-Simo)i en notant la lenteur d'un mouvement militaire en 1708 (tome VI, p. 416 et 417), avoient corrompu nos armées, surtout en Flandre; des haltes froides n'y étoient plus que pour des drilles ; on y étoit servi avec la même délicatesse et le même appareil que dans les villes et aux meilleures tables. »

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genre une découverte. Il laisse aux autres hommes le dîner et le souper, à peine en admet-il les termes; il mange quand il a faim, et les mets seulement où son appétit le porte. Il voit faire son lit : quelle main assez adroite ou assez heureuse pourroit le faire dormir comme il veut dormir? Il sort rarement de chez soi; il aime la chambre , où il n'est ni oisif ni laborieux , où il n'agit point, où il tracasse^ et dans l'équipage d'un homme qui a pris médecine. On dépend servilement d'un serrurier et d'un menuisier, selon ses besoins : pour lui , s'il faut limer, il a une lime; une scie, s'il faut scier, et des tenailles, s'il faut arracher. Imaginez, s'il est possible, quelques outils qu'il n'ait pas, et meilleurs et plus commodes à son gré que ceux mêmes dont les ouvriers se servent : il en a de nouveaux et d'inconnus , qui n'ont point de nom, productions de son esprit, et dont il a presque oublié l'usage. Nul ne se peut comparer à lui pour faire en peu de temps et sans peine un travail fort inutile. Il faisoit dix pas pour aller de son lit dans sa garde-robe, il n'en fait plus que neuf par la manière dont il a su tourner sa chambre : combien de pas épargnés dans le cours d'une vie ! Ailleurs l'on tourne la clef, l'on pousse contre, ou l'on tire à soi, et une porte s'ouvre : quelle fatigue! voilà un mouvement de trop, qu'il sait s'épargner, et comment? c'est un mystère qu'il ne révèle point. Il est, à la vérité, un grand maître pour le ressort et pour la mécanique, pour celle du moins dont tout le monde se passe. Hermippe tire le jour de son appartement d'ailleurs que de la fenêtre; il a trouvé le secret de monter et de descendre autrement que par l'escalier, et il cherche celui d'entrer et de sortir plus commodément que par la porte, (éd. 6.)

Il y a déjà longtemps que l'on improuve les médecins, 6

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et que Ton s'en sert ; le théâtre et la satire ne touchent point à leurs pensions; ils dotent leurs filles, placent leurs fils aux parlements et dans la prélature, et les railleurs eux-mêmes fournissent Fargent. Ceux qui se portent bien deviennent malades ; il leur faut des gens dont le métier soit de les assurer qu'ils ne mourront point. Tant que les hommes pourront mourir, et qu'ils aimeront à vivre, le médecin sera raillé, et bien payé.

66. Un bon médecin est celui qui a des remèdes spécifiques, ou s'il en manque, qui permet à ceux qui les ont de guérir son malade, (éd. 4-)

67. La témérité des charlatans, et leurs tristes succès, qui en sont les suites, font valoir la médecine et les médecins : si ceux-ci laissent mourir, les autres tuent, (éd. 4-)

68. Carro Carri^ débarque avec une recette qu'il appelle un prompt remède, et qu-i quelquefois est un poison lent; c'est un bien de famille, mais amélioré en ses mains : de spécifique qu'il étoit contre la colique , il guérit de la fièvre quarte, de la pleurésie, de l'hydropisie, de l'apoplexie , de l'épilepsie. Forcez un peu votre mémoire , nommez une maladie, la première qui vous viendra en l'esprit : l'hémorragie, dites-vous? il la guérit. Il ne ressuscite personne, il est vrai; il ne rend pas la vie aux hommes; mais il les conduit nécessairement jusqu'à la décrépitude, et ce n'est que par hasard que son père et son aïeul, qui avoient ce secret, sont morts fort jeunes. Les médecins reçoivent pour leurs visites ce qu'on leur donne ; quelques-uns se contentent d'un remercîment : Carro Carri est si sûr de son remède, et de l'effet qui en

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