‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 108 sur 257 · Cet étude dans les éditions i · texte numérisé non relu

Cet étude dans les éditions i

2. Ainsi que l'a rappelé M. Damien dans son Etude sur la Bruyère et Malebranche (p. 7-12), Malebranche avait exprimé un avis tout contraire dans son Traité de morale; peut-être cette remarque de la Bruyère est- elle une objection qu'il présente au système d'éducation exposé par Malebranche : a .... Il faut étudier les sciences dans leur rang, avait dit ce dernier. On peut étudier l'histoire lorsqu'on se connoît soi-même, sa religion, ses devoirs, lorsqu'on a l'esprit formé, et que par là on est en état de discerner, du moins en partie, la vérité de l'histoire des imaginations de l'historien. Il faut étudier les langues, ajoutait-il, mais c'est lorsqu'on est assez philosophe pour savoir ce que c'est qu'une langue, lorsqu'on sait bien celle de son pays, lorsque le désir de savoir les sentiments des an-

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que le petit nombre d'habiles, ou le grand nombre* de gens superficiels, vient de l'oubli de cette pratique.

L'étude des textes ne peut jamais être assez recom- ']ii mandée; c'est le chemin le plus court, le plus sûr et le plus agréable pour tout genre d'érudition. Ayez les choses de la première main ; puisez à la source ; maniez, remaniez le texte ; apprenez-le de mémoire ; citez-le dans les occasions*, songez surtout à en pénétrer le sens dans toute son étendue et dans ses circonstances ; conciliez un auteur original, ajustez ses principes, tirez vous-même les conclusions^. Les premiers commentateurs se sont trouvés dans le cas où je désire que vous soyez : n'empruntez leurs lumières et ne suivez leurs vues qu'où les vôtres seroient trop courtes; leurs explications ne sont pas à vous, et peuvent aisément vous échapper; vos observations au contraire naissent de votre esprit et y demeurent : vous les retrouvez plus ordinairement dans la conversation , dans la consultation et dans la dispute. Ayez le plaisir de voir que vous n'êtes arrêté dans la lecture que par les,difEcultés qui sont invincibles, où les commentateurs et les scoliastes eux-mêmes demeurent court, si fertiles d'ailleurs, si abondants et si chargés d'une vaine et fastueuse érudition dans les endroits clairs, et qui ne font de peine ni à eux ni aux autres. Achevez ainsi de vous convaincre par cette méthode d'étudier, que c'est la paresse des hommes qui a encouragé le pédantisme à grossir plutôt qu'à enrichir les biblio-

ciens nous inspire celui de savoir leur langage, parce qu'alors on apprend en un an ce qu'on ne peut sans ce désir apprendre en dix. Il faut être homme, chrétien, François, avant que d'être grammairien, poëte, historien, étranger. » (^Traité de morale^ 2^ partie, chapitre xxiTi, § XIV, p. 147.)

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