Voyez ci-dessus la réflexion
6. Le P. Seraph. cap. (Note de la Brujère.) — Lisez : « le P. Se-
où il a prêché, les paroissiens ont déserté, jusqu'aux marguilliers ont disparu; les pasteurs ont tenu ferme, mais les ouailles se sont dispersées, et les orateurs voisins en ont grossi leur auditoire. Je de\ois le prévoir, et ne pas dire qu'un tel homme n'avoit qu'à se montrer pour être suivi, et qu'à parler pour être écouté : ne savois-je pas quelle est dans les hommes, et en toutes choses, la force indomptable de l'habitude? Depuis trente années on prête l'oreille aux rhéteurs, aux déclamateurs, aux énumèrateurs ; on court ceux qui peignent en grand ou en miniature ^ . Il n'y a pas longtemps qu'ils avoient des chutes ou des transitions ingénieuses, quelquefois même si vives et si aiguës qu'elles pouvoient passer pour épigrammes : ils les ont adoucies, je l'avoue, et ce ne sont plus que des madrigaux. Ils ont toujours, d'une nécessité indispensable et géométrique, trois sujets admirables de vos attentions : ils prouveront une telle chose dans la première partie de leur discours, cette autre dans la seconde partie, et cette autre encore dans la troisième. Ainsi vous serez convaincu d'abord d'une certaine vérité, et c'est leur premier point; d'une autre vérité, et c'est leur second point; et puis d'une troisième vérité, et c'est leur troisième point : de sorte que la première réflexion vous instruira d'un principe des plus fondamentaux de votre religion ; la seconde, d'un autre principe qui ne l'est pas moins ; et la dernière réflexion, d'un troisième et dernier principe, le plus important de tous, qui est remis pourtant, faute de loisir, à une autre fois. Enfin, pour reprendre et abréger cette division et former un plan — Encore, dites-vous, et quelles
raphin, capucin.» — A l'époque où parut cet éloge, le P. Séraphin n'avait pas encore prêché à la cour. Voyez V Appendice. I . Dans les éditions originales : « mignature. »
DE LA CHAIRE. ii\
prépartitioiis pour un discours de trois quarts d'heure qui leur reste à faire ! Plus ils cherchent à le digérer et à Téclaircir, plus ils m'embrouillent. — Je vous crois sans peine, et c'est reflet le plus naturel de tout cet amas d'idées qui reviennent à la même, dont ils chargent sans pitié la mémoire de leurs auditeurs. Il semble, à les voir s'opiniàtrer à cet usage, que la grâce de la conversion soit attachée à ces énormes partitions ^ . Gomment néanmoins seroit-on converti par de tels apôtres, si l'on ne peut qu'à peine les entendre articuler, les suivre et ne les pas perdre de vue? Je leur demanderois volontiers qu'au milieu de leur course impétueuse, ils voulussent plusieurs fois reprendre haleine, souffler un peu, et laisser souffler leurs auditeurs. Vains discours, paroles perdues! Le temps des homélies n'est plus; les Basiles, les Ghrysostomes ne le ramèneroient pas ; on passeroit en d'autres diocèses pour être hors de la portée de leur voix et de leurs familières instructions. Le commun des hommes aime les phrases et les périodes, admire ce qu'il n'entend pas^, se suppose instruit, content de décider entre un premier et un second point, ou entre le dernier sermon et le pénultième, (éd. 8.)
Il y a moins d'un siècle qu'un livre f^ançois étoit un 6. certain nombre de pages latines , où l'on découvroit
1 . Quelques-unes des remarques de la Bruyère sur l'éloquence de la chaire ont été plus tard développées par Fénelon dans ses Dialogues sur réloquence et dans la Lettre sur les occupations de V Académie. Voyez par exemple sur l'abus des divisions le second dialogue; sur le a style fleuri » (ci-après, p. 226, n° 8), la Lettre sur les occupations de r Académie {^Projet de rhétorique); enfin sur la convenance qu'il y aurait pour les prédicateurs à expliquer la religion, même le catéchisme, et à parler d'abondance après une certaine préparation (ci-après, p. 235, n0 29), le troisième dialogue.