La Bruyère l'avait déjà dit : voyez tome I, p. ii5, n
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quelques lignes ou quelques mots en notre langue. Les passages, les traits et les citations n'en étoient pas demeurés ^ là : Ovide et Catulle achevoient de décider des mariages et des testaments, et venoient avec les Pandectes au secours de la veuve et des pupilles ^ . Le sacré et le profane ne se quittoient point; ils s'étoient glissés ensemble jusque dans la chaire : saint Cyrille, Horace, saint Cyprien, Lucrèce, parloient alternativement; les poëtes étoient de l'avis de saint Augustin et de tous les Pères; on parloit latin, et longtemps, devant des femmes et des marguilliers; on a parlé grec. Il falloit savoir prodigieusement pour prêcher si mal. Autre temps, autre usage : le texte est encore latin, tout le discours est françois, et d'un beau françois; l'Evangile même n'est pas cité. Il faut savoir aujourd'hui très-peu de chose pour bien prêcher^, (éd. 5.)
L'on a enfin banni la scolastique de toutes les chaires
1. Demeuré^ sans accord, dans les éditions du dix-septième siècle.
2. Var. (édit. 5) : ou des pupilles. — Sur l'abus des citations, si longtemps à la mode au barreau, voyez le commentaire que Louis Racine a donné du discours de l'Intimé des Plaideurs (acte III, scène ni), dans ses Remarques sur les tragédies de J. Racine (tome I, p. 233 et suivantes).
3. « Les femmes, qui murmuroient de ce qu'un discours étoit une harangue latine , s'étonnent à présent qu'un sermon ne soit que françois. Elles savent bon gré aux prédicateurs de la complaisance qu'ils ont de parler une langue familière à tout le monde.
« Citer, la mode n'en est plus. A la faveur de cet usage, le jeune orateur se dispense de lire saint Augustin ; l'ancien prédicateur rougit presque de l'avoir lu; il glisse furtivement les pensées des Pères dans un discours qui a besoin de leur témoignage. Le discours paroît solide et éloquent; mais celui qui le prononce n'a pas le courage d'en rendre grâce en public aux saints docteurs.
« L'exil des citations n'a alarmé que les savants. Le monde poli, qui craint toutes les manières d'être ennuyé, n'a garde d*en souhaiter le rappel. » (Brillon , Tkéophrastc moderne ^ p. 358 et 359-)
des grandes villes, et on Ta reléguée dans les bourgs et dans les villages pour Tinstruction et pour le salut du laboureur ou du vigneron, (éd. 4-)
C'est avoir de Tesprit que de plaire au peuple dans un 8. sermon par un style fleuri, une morale enjouée, des figures réitérées, des traits brillants et de vives descriptions; mais ce n'est point en avoir assez. Un meilleur esprit néglige ces ornements étrangers * , indignes de servir à TEvangile : il prêche simplement, fortement, chrétiennement.
L'orateur fait de si belles images de certains désordres, 9. y fait entrer des circonstances si délicates, met tant d'esprit, de tour et de raffinement dans celui qui pèche, que si je n'ai pas de pente à vouloir ressembler à ses portraits, j'ai besoin du moins que quelque apôtre, avec un style plus chrétien, me dégoûte des vices dont l'on m'avoit fait une peinture si agréable.
Un beau sermon est un discours oratoire qui est dans 10. toutes ses règles, purgé de tous ses défauts, conforme aux préceptes de l'éloquence humaine, et paré de tous les ornements de la rhétorique. Ceux qui entendent finement n'en perdent pas le moindre trait ni une seule pensée ; ils suivent sans peine l'orateur dans toutes les énumérations où il se promène, comme dans toutes les élévations où il se jette : ce n'est une énigme que pour le peuple, (éd. 4-)
Le solide et l'admirable discours que celui qu'on vient 1 1 .
I. Var. (édit. 1-3) : Un meilleur esprit condamne dans les antres, et néglige pour soi ces ornements étrangers.
La Bruyère, ii i5
d'entendre ! Les points de religion les plus essentiels, comme les plus pressants motifs de conversion, y ont été traités : quel grand effet n'a-t-il pas dû faire sur Fesprit et dans Fâme de tous les auditeurs! Les voilà rendus : ils en sont émus et touchés au point de résoudre dans leur cœur, sur ce sermon de Théodore, qu'il est encore plus beau que le dernier qu'il a prêché, (éd. 4.)
12. La morale douce et relâchée tombe avec celui qui la prêche ; elle n'a rien qui réveille et qui pique la curiosité d'un homme du monde, qui craint moins qu'on ne pense une doctrine sévère, et qui l'aime même dans celui qui fait son devoir en l'annonçant. Il semble donc qu'il y ait dans l'Eglise comme deux états qui doivent la partager : celui de dire la vérité dans toute son étendue, sans égards, sans déguisement; celui de l'écouter avidement, avec goût, avec admiration, avec éloges, et de n'en faire cependant ni pis ni mieux.
i3. L'on peut faire ce reproche à l'héroïque vertu des grands hommes, qu'elle a corrompu l'éloquence, ou du moins amolli le style de la plupart des prédicateurs. Au lieu de s'unir seulement avec les peuples pour bénir le Ciel de si rares présents qui en sont venus , ils ont entré en société avec les auteurs et les poètes; et devenus comme eux panégyristes, ils ont enchéri sur les épîtres dédicatoires, sur les stances et sur les prologues ; ils ont changé la parole sainte en un tissu de louanges, justes à la vérité, mais mal placées, intéressées, que personne n'exige d'eux, et qui ne conviennent point à leur caractère. On est heureux si à l'occasion du héros qu'ils célèbrent jusque dans le sanctuaire , ils disent un mot de Dieu et du mystère qu'ils dévoient prêcher. Il s'en est trouvé quelques-uns qui ayant assujetti le saint Evangile,
qui doit être commun à tous, à la présence d'un seul auditeur, se sont vus déconcertés par des hasards qui le retenoient ailleurs, n'ont pu prononcer devant des chrétiens un discours chrétien qui n'étoit pas fait pour eux, et ont été suppléés par d'autres orateurs , qui n'ont eu le temps que de louer Dieu dans un sermon précipité.
Theodule a moins réussi que quelques-uns de ses au- 14. diteurs ne l'appréhendoient : ils sont contents de lui et de son discours; il a mieux fait* à leur gré que de charmer l'esprit et les oreilles, qui est de flatter leur jalousie^.
Le métier de la parole ressemble en une chose à celui 1 5 . de la guerre : il y a plus de risque qu'ailleurs, mais la fortune y est plus rapide.
Si vous êtes d'une certaine qualité, et que vous ne vous 16, sentiez point d'autre talent^ que celui de faire de froids discours, prêchez, faites de froids discours* : il n'y a rien de pire pour sa fortune que d'être entièrement ignoré. Théodat^ a été payé de ses mauvaises phrases et de son ennuyeuse monotonie.
L'on a eu de grands évêchés par un mérite de chaire 1^. qui présentement ne vaudroit pas à son homme une simple prébende.