Vak. (édit. î) : T/tcodore
1 8 . Le nom de ce panégyriste * semble gémir sous le poids des titres dont il est accablé ; leur grand nombre remplit de vastes affiches qui sont distribuées dans les maisons , ou que l'on lit par les rues en caractères monstrueux, et qu'on ne peut non plus ignorer que la place publique. Quand sur une si belle montre, l'on a seulement essayé du personnage, et qu'on l'a un peu écouté, l'on reconnoît qu'il manque au dénombrement de ses qualités celle de mauvais prédicateur.
19. L'oisiveté des femmes, et l'habitude qu'ont les hommes de les courir partout où elles s'assemblent, donnent du nom à de froids orateurs, et soutiennent quelque temps ceux qui ont décliné, (éd. 7.)
20. Devroit-il suffire d'avoir été grand et puissant dans le monde pour être louable ou non, et devant le saint autel et dans la chaire de la vérité , loué et célébré à ses funérailles? N'y a-t-il point d'autre grandeur que celle qui vient de l'autorité et de la naissance? Pourquoi n'estil pas établi de faire publiquement le panégyrique d'un homme qui a excellé pendant sa vie dans la bonté , dans l'équité, dans la douceur, dans la fidélité, dans la piété? Ce qu'on appelle une oraison funèbre n'est aujourd'hui bien reçue du plus grand nombre des auditeurs, qu'à mesure qu'elle s'éloigne davantage du discours chrétien, ou si vous l'aimez mieux ainsi, qu'elle approche de plus près d'un éloge profane, (éd. 6.)
L'orateur cherche par ses discours un évéché ; l'apôtre fait des conversions : il mérite de trouver ce que l'autre cherche.
I . « Le nom de panégyriste , » par faute d'impression , dans la 9® édition 4
L'on voit des clercs* revenir de quelques provinces 22. où ils n'ont pas fait un long séjour, vains des conversions qu'ils ont trouvées toutes faites, comme de celles qu'ils n'ont pu faire, se comparer déjà aux Vincents et aux Xaviers*, et se croire des hommes apostoliques : de si grands travaux et de si heureuses missions ne seroient pas à leur gré payées d'une abbaye.
Tel tout d'un coup, et sans y avoir pensé la veille, 23. prend du papier, une plume, dit en soi-même : « Je vais faire un livre, » sans autre talent pour écrire que le besoin qu'il a de cinquante pistoles. Je lui crie inutilement : « Prenez une scie, Dioscore ^ sciez, ou bien tournez, ou faites une jante de roue; vous aurez votre salaire^. » Il n'a point fait l'apprentissage de tous ces métiers. « Copiez donc, transcrivez, soyez au plus correcteur d'imprimerie, n'écrivez point. » Il veut écrire et faire imprimer ; et parce qu'on n'envoie pas à l'imprimeur un cahier blanc, il le barbouille de ce qui lui plaît : il écriroit volontiers que la Seine coule à Paris , qu'il y a sept jours dans la semaine, ou que le temps est à la pluie ; et comme ce discours n'est ni contre la religion ni contre l'Etat, et qu'il ne fera point d'autre désordre dans le public que
1. Ecclésiastiques. {Note de la Bruyère^ supprimée dès la 4® édition.) — Il s'agit d'ecclésiastiques chargés de la conversion des protestants.
2. Saint Vincent de Paul (i 576-1660) fît de nombreuses conversions, et saint François Xavier (i5o6-i552) en fit dans les Indes d'éclatantes, qui lui valurent le surnom d'Apôtre des Indes.
3. Soyez plutôt maçon, si c'est votre talent, Ouvrier estimé dans un art nécessaire, Qu'écrivain du commun et poëte vulgaire.
(Boileau, Art poétique^ chant IV, vers 26-28.)
— On peut rapprocher de cet alinéa la remarque 3 du chapitre des Ouvrages d'esprit ^ tome I, p. Ii3.
23o OE LA CHAIRE.
de lui gâter le goût et raccoutumer aux choses fades et insipides, il passe à l'examen^, il est imprimé, et à la honte du siècle, comme pour Thumiliation des bons auteurs, réimprimé^. De même un homme dit en son cœur : « Je prêcherai, » et il prêche; le voilà en chaire, sans autre talent ni vocation que le besoin d'un bénéfice.
24. Un clerc mondain ou irréligieux, s'il monte en chaire , est déclamateur.
Il y a au contraire des hommes saints, et dont le seul caractère est efficace pour la persuasion : ils paroissent, et tout un peuple qui doit les écouter est déjà ému et comme persuadé par leur présence; le discours qu'ils vont prononcer fera le reste.
5 L\ DE Meaux' et le P. Bourdaloue me rappellent
Démosthène et Cicéron. Tous deux, maîtres dans l'éloquence de la chaire, ont eu le destin des grands modèles : l'un a fait de mauvais censeurs , l'autre de mauvais copistes. (ÉD. 4*)
y* L'éloquence de la chaire, en ce qui y entre d'humain
et du talent de l'orateur, est cachée, connue de peu de personnes et d'une difficile exécution : quel art en ce