I. a SI i'auois à conseiller de mesme en ces deux diuers ad
uantages de l'éloquence, de laquelle il semble en nostre siècle que les prescheurs et les aduocats facent principale profession, le tardif seroit mieulx prescheur, ce me semble, et l'aultre mieux aduocat : parce que la charge de cetluy là luy donne autant qu'il luy plaist de loisir pour se préparer ; et puis sa carrière se passe d'un fîl et d'une suitte sans interruption : là où les commoditez de l'aduocat le pressent à toute heure de se mettre en lice; et les responses improuueues de sa partie aduerse le reiectent de son bransle, où il luy fault sur le champ prendre nouueau party.... La part de l'aduocat est plus difficile que celle du prescheur; et nous trouuons pourtant, ce m'est aduis, plus de passables aduocats que de prescheurs, au moins en France. » (Montaigne, Essais^ livre I, chapitre x, tome I, p. 54.) — Le parallèle du prédicateur et de l'avocat avait été fait souvent : « M. du Vair et M. Pasquier ont cru que le parfait avocat étoit j)lus difficile à rencontrer que le parfait prédicateur, » écrivait en 1666 l'avocat G. Guéret, dans un livre consacré tout entier à ce même parallèle : Entretiens sur Céloquence de la chaire et du barreau f p. 87.
et pour rélever à la prélature. On lit son livre, quelque excellent qu'il soit, dans Tesprit de le trouver médiocre; on le feuillette, on le discute, on le confronte; ce ne sont pas des sons qui se perdent en l'air et qui s'oublient; ce qui est imprimé demeure imprimé. On l'attend quelquefois plusieurs jours avant l'impression pour le décrier , et le plaisir le plus délicat que l'on en tire vient de la critique qu'on en fait; on est piqué d'y trouver à chaque page des traits qui doivent plaire, on va même souvent jusqu'à appréhender d'en être diverti, et on ne quitte ce livre que parce qu'il est bon. Tout le monde ne se donne pas pour orateur : les phrases, les figures, le don de la mémoire, la robe ou l'engagement de celui qui prêche, ne sont pas des choses qu'on ose ou qu'on veuille toujours s'approprier^. Chacun au contraire croit penser bien, et écrire encore mieux ce qu'il a pensé ; il en est moins favorable à celui qui pense et qui écrit aussi bien que lui. En un mot le sermonneur est plus tôt évêque que le plus solide écrivain n'est revêtu d'un prieuré simple; et dans la distribution des grâces, de nouvelles sont accordées à celui-là, pendant que l'auteur grave se tient heureux d'avoir ses restes, (éd. y.)
28. S'il arrive que les méchants vous haïssent et vous persécutent, les gens de bien vous conseillent de vous humilier devant Dieu, pour vous mettre en garde contre la vanité qui pourroit vous venir de déplaire à des gens de ce caractère; de même si certains hommes, sujets à se récrier sur le médiocre, désapprouvent un ouvrage que vous aurez écrit, ou un discours que vous venez de prononcer en public, soit au barreau, soit dans la chaire,
I. Vau. (édit. ^) : qu'on Aeuille ou qu'on ose toujours s'ap- ])ro prier.
ou ailleurs, humiliez-vous : on ne peut guère être exposé à une tentation d'orgueil plus délicate et plus prochaine. (ÉD. 8.)
Il me semble qu'un prédicateur devroit faire choix 29. dans chaque discours d'une vérité unique, mais capitale, terrible ou instructive, la manier à fond et l'épuiser; abandonner toutes ces divisions si recherchées, si retournées, si remaniées * et si différenciées; ne point supposer ce qui est faux, je veux dire que le grand ou le beau monde sait sa religion et ses devoirs ; et ne pas appréhender de faire, ou à ces bonnes têtes ou à ces esprits si raffinés, des catéchismes ; ce temps si long que l'on use à composer un long ouvrage, l'employer à se rendre si maître de sa matière, que le tour et les expressions naissent dans Faction , et coulent de source ; se livrer, après une certaine préparation , à son génie et au mouvement^ qu'un grand sujet peut inspirer : qu'il pourroit enfin s'épargner ces prodigieux efforts de mémoire qui ressemblent mieux à une gageure qu'à une affaire sérieuse , qui corrompent le geste et défigurent le visage ; jeter au contraire, par un bel enthousiasme, la persuasion dans les esprits et l'alarme dans le cœur, et toucher ses auditeurs d'une toute ^ autre crainte que de celle de le voir demeurer court, (éd. 4-)
Que celui qui n'est pas encore assez parfait pour s'ou- 3o. blier soi-même dans le ministère de la parole sainte ne se décourage point par les règles austères qu'on lui prescrit, comme si elles lui ôtoient les moyens de faire montre