‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 124 sur 257 · Var. (édit. 4-8) : aux mouvements · texte numérisé non relu

Var. (édit. 4-8) : aux mouvements

3. Il y a ainsi toute ^ au féminin, dans toutes les éditions du dixseptième siècle.

de son esprit, et de monter aux dignités où il aspire : quel plus beau talent que celui de prêcher apostoliquement? et quel autre mérite mieux un évêché*? Fénelon en étoit-il indigne? auroit-il pu échapper au choix du Prince que par un autre choix? (éd. 4«)

I. Var. (édit. 4) ' est plus digne d'un évêché. — La suite de l'alinéa a été ajoutée dans la 5« édition. Peu de temps après la publication de la 4® édition, au mois d'août 1689, Fénelon avait été nommé précepteur du duc de Bourgogne.

Les esprits forts savent-ils qu'on les appelle ainsi par ironie ? Quelle plus grande foiblesse que d'être incertains quel est le principe de son être, de sa vie, de ses sens, de ses connoissances , et quelle en doit être la fin ? Quel découragement plus grand que de douter si son âme n'est point matière comme la pierre et le reptile, et si elle n'est point corruptible comme ces viles créatures ? N'y a-t-il pas plus de force et de grandeur ^ à recevoir dans notre esprit l'idée d'un être supérieur à tous les êtres, qui les a tous faits, et à qui tous se doivent rapporter; d'un être souverainement parfait, qui est pur, qui n'a point commencé et qui ne peut finir, dont notre âme est l'image, et si j'ose dire, une portion ^, comme esprit et comme immortelle?

Le docile et le foible sont susceptibles d'impressions : l'un en reçoit de bonnes, l'autre de mauvaises: c'est-àdire que le premier est persuadé et fidèle , et que le second est entêté et corrompu. Ainsi l'esprit docile admet la vraie religion ; et l'esprit foible, ou n'en admet aucune, ou en admet une fausse. Or l'esprit fort ou n'a point de

î. Var. (édit. 1-4) : et plus de grandeur.

2. Var. (édit. i-3) : dont noire âme est l'image, et même une portion. — L'idée de portion rappelle le mot d'Horace (livre II, satire II, vers 79) :

.... dU'înœ partlculam aurœ^

et ce que Cicéron dit d'après Pythagorc : ex wdversa mente divina deUbatos animas [de la l icillesse, chapitre xxi).

l'eligion, ou se fait une religion; donc l'esprit fort, c'est l'esprit foible *. (éd. 6.)

3, J'appelle mondains, terrestres ou grossiers ceux dont Fesprit et le cœur sont attachés à une petite portion de ce monde qu'ils habitent, qui est la terre; qui n'estiment rien, qui n'aiment rien au delà : gens aussi limités que ce qu'ils appellent leurs possessions ou leur domaine , que l'on mesure , dont on compte les arpents , et dont on montre les bornes. Je ne m'étonne pas que des hommes qui s'appuient sur un atome chancellent dans les moindres efforts qu'ils font pour sonder la vérité, si avec des vues si courtes ils ne percent point à travers le ciel et les astres, jusques à Dieu même; si ne s'apercevant point ou de l'excellence de ce qui est esprit, ou de la dignité de l'âme, ils ressentent encore moins combien elle est difficile à assouvir, combien la terre entière est au-dessous d'elle, de quelle nécessité lui devient un être souverainement parfait, qui est Dieu, et quel besoin indispensable elle a d'une religion qui le lui indique , et qui lui en est une caution sûre. Je comprends au contraire fort aisément qu'il est naturel à de tels esprits de tomber dans l'incrédulité ou l'indifférence, et de faire servir Dieu et la religion à la politique, c'est-à-dire à l'ordre et à la décoration de ce monde , la seule' chose selon eux qui mérite qu'on y pense, (éd. 5.)

4. Quelques-uns achèvent de se corrompre par de longs voyages, et perdent le peu de religion qui leur restoit. Ils voient de jour à autre un nouveau culte, diverses

t. «f Rien n'accuse davantage une extrême foiblesse d'esprit que de ne pas connoître quel est le malheur d'un homme sans Dieu ;... rien n'est plus lâche que de faire le brave contre Dieu. » (Pascal, Pensées, aiTÛcle IX, i.)

mœurs, diverses cérémonies ; ils ressemblent à ceux qui entrent dans les magasins , indéterminés sur le choix des étoffes qu'ils veulent acheter : le grand nombre de celles qu'on leur montre les rend plus indifférents; elles ont chacune leur agrément^ et leur bienséance : ils ne se fixent point, ils sortent sans emplette, (éd. 5.)

Il y a des hommes qui attendent à être dévots et reli- 5 . gieux que tout le monde se déclare impie et libertin : ce sera alors le parti du vulgaire , ils sauront s'en dégager. La singularité leur plaît dans une matière si sérieuse et si profonde ; ils ne suivent la mode ^ et le train commun que dans les choses de rien et de nulle suite. Qui sait même s'ils n'ont pas déjà mis une sorte de bravoure et d'intrépidité à courir tout le risque de l'avenir ? Il ne faut pas d'ailleurs que dans une certaine condition, avec une certaine étendue d'esprit et de certaines vues, l'on songe à croire comme les savants et le peuple, (éd. 5.)

L'on doute de Dieu dans une pleine santé, comme l'on 6. doute que ce soit pécher que d'avoir un commerce avec une personne libre ^ Quand l'on devient malade, et que l'hydropisie est formée, l'on quitte sa concubine, et Ton croit en Dieu*.

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