‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 130 sur 257 · livre I, chapitre xix, tome I, p. 104 et p · texte numérisé non relu

livre I, chapitre xix, tome I, p. 104 et p

2 . Dans la 9e édition : « quelle innocence de vertus ! » Il nous

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gnagcs rentlns successivement et pendant trois siècles entiers par des millions de personnes les plus sages, les plus modérés^ qui fussent alors sur la terre, et que le sentiment d'une même vérité soutient dans Texil , dans les fers, contre la vue de la mort et du dernier supplice ! Prenez l'histoire, ouvrez, remontez jusques au commencement du monde, jusques à la veille de sa naissance : y a-t-il eu rien de semblable dans tous les temps? Dieu même pouvoit-il jamais mieux rencontrer pour me séduire? Par où échapper ? où aller, où me jeter, je ne dis pas pour trouver rien de meilleur, mais quelque chose qui en approche? S'il faut périr, c'est par là que je veux périr : il m'est plus doux de nier Dieu que de l'accorder avec une tromperie si spécieuse et si entière. Mais je l'ai approfondi, je ne puis être athée; je suis donc ramené et entraîné dans ma religion; c'en est fait.

La religion est vraie, ou elle est fausse : si elle n'est 35, qu'une vaine fiction, voilà, si l'on veut, soixante années perdues pour l'homme de bien, pour le chartreux ou le solitaire^: ils ne courent pas un autre risque. Mais si elle est fondée sur la vérité même , c'est alors un épouvantable malheur pour l'homme vicieux: l'idée seule des maux qu'il se prépare me trouble l'imagination ; la pensée est trop foible pour les concevoir, et les paroles trop vaines pour les exprimer. Certes, en supposant même dans le monde moins de certitude qu'il ne s'en trouve en

paraît bien probable que cette leçon, conservée par Walckenaer, est une faute d'impression.

1. Il y a modérés j au masculin, dans toutes nos anciennes éditions : voyez le Lexique.

2. Var. (édit. 1-5) : pour l'homme de bien, le chartreux ou le solitaire.

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effet sur la vérité de la religion, il n'y a point pour l'homme un meilleur parti que la vertu * .

36. Je ne sais si ceux qui osent nier Dieu méritent qu'on s'efforce de le leur prouver, et qu'on les traite plus sérieusement que l'on n'a fait^ dans ce chapitre : l'ignorance, qui est leur caractère, les rend incapables des principes les plus clairs et des raisonnements les mieux suivis. Je consens néanmoins qu'ils lisent celui que je vais faire, pourvu qu'ils ne se persuadent pas que c'est tout ce que Ton pouvoit dire sur une vérité si éclatante.

Il y îi quarante ans que je n'étois point ^, et qu'il n'étoit pas en moi * de pouvoir jamais être, comme il ne dépend pas de moi, qui suis une fois, de n'être plus; j'ai donc commencé , et je continue d'être par quelque chose qui est hors de moi , qui durera après moi , qui est meilleur

1. Pascal a fait le même raisonnement : « .... Pesons le gain et la perte, en prenant croix, que Dieu est. Estimons ces deux cas : si vous gagnez, vous gagnez tout; si vous perdez, vous ne perdez rien. Gagez donc qu'il est, sans hésiter.... Il y a ici une infinité de vie infiniment heureuse à gagner, autant de hasard de gain que de perte, et ce que vous jouez est si peu de chose et de si peu de durée qu'il y a delà folie à le ménager en cette occasion*.... Or quel mal vous airivera-t-il en prenant ce parti ? Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnolssant, bienfaisant, sincère, ami véritable.... Je vous dis que vous y gagnerez en cette vie, et qu'à chaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude du gain, et tant de néant de ce que vous hasardez, que vous connoîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine, infinie, pour laquelle vous n'avez rien donné. » {Pensées^ article X, i.)

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