‹ Œuvres de La Bruyère (volume 4)Chapitre 146 sur 257 · Tl y rentra en 1720, âgé de soixante-sept ans · texte numérisé non relu

Tl y rentra en 1720, âgé de soixante-sept ans

2. Une de nos clefs manuscrites témoigne que « l'abbé de Rubec » est bien le personnage que nous disons; car il y est nommé « Mallet de Graville. »

CLEFS ET COMMENTAIRES. 3i7

La Bruyère avait d'abord écrit : Un homme jaune ou feuille morte (voyez p. 87, note i). Pour quelle raison a-t-il changé la couleur jaune en couleur rouge? Est-ce parce que la livrée des Condé était Isabelle? A-t-il craint de blesser quelqu'un par la première épithète? ou a-t-il voulu, au contraire, atteindre plus sûrement par la seconde un Sosie devenu riche?

Il y avait chez les Condé un ancien laquais qui était devenu tout à la fois leur homme d'affaires et un très-important personnage : c'était Gourville. Il n'avait sans doute jamais porté la couleur isabelle ; mais avant d'appartenir au grand Condé , il avait été un homme rougCy car il endossait une « casaque rouge avec quelques galons dessus, » quand il était maître d'hôtel chez la Rochefoucauld 1^ voyez les Mémoires de Gourville, p. 220). La Bruyère avait-il les yeux sur lui quand il introduisit la variante?

Nous doutons que la Bruyère et Gourville se soient jamais aimés. La Bruyère estimait peu les gens d'affaires *, et Gourville s'était aperçu que les philosophes sont d'ordinaire a chagrins contre les gens d'affaires *. »

B*** s'enrichit à montrer dans un cercle des marionnettes....

Clef de 1697 : « Benoît, qui fait des portraits en cire, ou Brioché. » Les clefs suivantes n'ont nommé que Benoît, laissant de côté Brioché. Le mot marionnettes semble rappeler plus naturellement le souvenir de Brioché ; mais le mot cercle rend très-vraisemblable une allusion à Benoît, qui est nommé Benoît du cercle dans quelques clefs manuscrites. Dans son Histoire des marionnettes en Europe (p. i43), M. Charles Magnin accepte l'interprétation qui de B*** a fait Benoît; « cette expression, ajoute-t-il en parlant du mot marionnettes

1. La Bruyère au surplus n'était pas le seul qui se permît des plaisanteries sur les gens de livrée que les affaires avaient subitement enrichis. Nous avons rappelé, tome I, p. 249, note 3, le mot de Mme Cornuel; en voici un du premier président de Harlay : « Un autre conseiller, fils d'un homme d'affaires qui avait auparavant porté 1 » livrée, est-il dit dans les Souiyenirs de Jean Bouhier, président au parlement de Dijon (p. 27), étant en robe chez le même premier président, lui laissa voir par mégarde sous sa robe une riche veste : ce qui donna occasion à M. de Harlay de lui dire, en présence de tout le monde : « On voit bien, Monsieur, que vous avez peine à quitter les couleurs. » Voyez aussi la satire v (vers i32) et la satire ix (vers 162) de Boileau; et les Discours moraux et satyriques de L. Petit, p. 49 et 52.

2, « Le bonhomme Neuré, fort chagrin, comme le sont 01 dinairement les philosophes, contre les gens d'affaires, à cause de leurs grands biens, » [Mémoires de Gourville, collection Petitot, tome LU, p. 359.)

3i8 APPENDICE.

appliqué aux figures de Benoît, peut faire supposer qu'elles étaient mobiles. » Ce mot avait un sens moins restreint que ne le pensait M. Magnin , et s'appliquait fort bien à des poupées non mobiles *.

Le cercle était dans la rue des Saints-Pères, vis-à-vis de la rue Taranne.

Sur Antoine Benoît, peintre du Roi et son unique sculpteur en cire coloriée, membre de l'Académie de peinture, mort à Paris en 1717, voyez la Notice que lui a consacrée M. Eud. Soulié (Versailles, i856), les Causeries d/iin curieux^ par M. Feuillet de Couches, tome II, p. a44~248; et le Dictionnaire critique de biographie et (T histoire f par M. A. Jal, article Benoit. — Sur les Brioché, voyez VHistoire des marionnettes en Europe^ de Charles Magnin, p. i34-i42; la Correspondance littéraire du 25 octobre 1862, p. 363, où leur a été rendu leur nom de famille, et le Dictionnaire de M. Jal, article Datelin^ où sont réunis un grand nombre de renseignements nouveaux.

SB*''', à vendre en bouteille l'eau de la rivière....

Clefs diverses : a Barbereau*, médecin empirique, s'acquit du bien et de la réputation par des eaux qu'il ordonnoit et vendoit, que l'on reconnut à la fin être de l'eau de la Seine. »

Un autre charlatan arrive ici de delà les monts....

Il s'agit du charlatan italien Caretti (voyez tome I, p. 620 et 621, note 11; et ci-après, p. 411 "et 412, note xxxvi). Caretti ne retourna , il nous semble , d'où il arrivait, c'est-à-dire en Italie, qu'en i665.

Au lieu de Caretti, que mentionnent presque tous les annotateurs, la clef de 1697 nomme Amonio, médecin italien dont il est plusieurs fois question dans les Lettres de Mme de Sévigné en 1676 et en 1677. Son nom se retrouve assez souvent dans les clefs manuscrites, ainsi que celui du « marquis de Ratinap. »

Domenico Amonio, qui avait reçu du Roi, en 1671, une pension de deux cents livres, était assez bien en cour, car il y présenta,

1 . Mme de Sévigné se sert du mot figures et images quand elle parle des figures en cire de Benoît (voyez tome II, p. i54, et tome VI, p. 211); mais divers exemples cités par M. Littré dans son Dictionnaire de la langue française^ à l'article Marionnettes^ montrent que ce mot eût pu tout aussi bien leur être douné.

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