Berbereau, >» dans quelques clefs
CLEFS ET COMMENTAIRES. 3i9
en i6go, un Italien qui avait fait une invention dont parle Dangeau (tome III , p. 80). Sur ce personnage, voyez les Lettres de Mme de Sévigné, tome IV et tome V, pass'im ; le Dictionnaire des bienfaits du Roi ^ au nom Jmonio; le Dictionnaire de biographie de M. Jal, article Antonio; et les Cours galantes de M. G. Desnoiresterres, tome m, p. 276-286.
Mercure est Mercure^ et rien davantage....
Les clefs des éditions Coste imprimées en Hollande et diverses clefs manuscrites donnent ici le nom de « Bontems. »
a Bontems, le premier des quatre valets de chambre du Roi, et gouverneur de Versailles et de Marly, dont il avoit l'entière administration des malsons, des chasses et de quantité de dépenses, mourut aussi en ce temps-la (1701), » écrit Saint-Simon, qui parle de Bontems avec la plus grande estime (tome III, p. 64 et 65). « C'étoit de tous les valets intérieurs celui qui avoit la plus ancienne et la plus entière confiance du Roi pour toutes les choses intimes et personnelles.... C'étoit l'homme le plus profondément secret, le plus fidèle et le plus attaché au Roi qu'il eût su trouver, et pour tout dire en un mot, qui avoit disposé la messe nocturne dans les cabinets du Roi que dit le P. de la Chaise à Versailles, l'hiver de i683 à 1684, que Bontems servit, et où le Roi épousa Mme de Maintenon en présence de l'archevêque de Paris, Harlay, Montchevreuil et Louvois.... Bontems étoit rustre et brusque, avec cela respectueux et tout à fait à sa place, qui n'étoit jamais que chez lui ou chez le Roi, où il entroit partout, à toutes heures et toujours par les derrières, et qui n'avoit d'esprit que pour bien servir son maitre, à quoi il étoit tout entier, sans jamais sortir de sa sphère. Outre les fonctions si intimes de ces deux emplois, c'étoit par lui que passoient tous les ordres et messages secrets, les audiences ignorées qu'il introduisoit chez le Roi , les lettres cachées au Roi et du Roi, et tout ce qui étoit mystère. »
Alexandre Bontems, intendant des châteaux, parcs, domaines et seigneuries de Versailles, gouverneur de Rennes, avait reçu des lettres de conseiller d'Etat en 1674, et en 1679 la charge de surintendant de la Dauphine, ou plutôt une partie de cette charge, qu'il avait vendue trois cent trente mille livres. Il avait été abbé d'Iverneau. Aux revenus de sa charge de valet de chambre et aux « quelques profits » qui les augmentaient et que mentionne VÉtat de la France, il faut ajouter une pension du Roi.
Si la Bruyère, en écrivant ce trait, a particulièrement pensé à tel ou tel personnage, si Mercure est pour lui tel complaisant, et non
les complaisants en général, ce nVst sans doute pas auprès de Louis XIV lui-même qu'il est allé le chercher, quoi qu'en disent les clefs : en 1690, le Roi est marié avec Mme de Mainlenon ; il n'y a plus de Mercure autour de lui. Il y en avait plus près de la Bruyère, le marquis de Lassay, par exemple et tout d'abord, que l'on accusait d'être le Mercure de Monsieur le Duc, c'est-à-dire de l'ancien élève de notre auteur. « Lassay, dit Saint-Simon (tome IX, p. 97 et 98) , avoit fait toutes sortes de métiers, dont Madame la Duchesse a fait une chanson , qui les décrit d'une manière trèsplaisante et peu flatteuse. Elle ne se doutoit pas alors de ce qui lui est arrivé depuis avec sonfils'. »
Voici cette chanson, recueillie par Mme du Noyer (Lettres historiques et galantes f tome I, p. 271) :
Dévot, impie, guerrier, amant 2, Courtisan , héros de province, Tu n'es encore à quarante ans^
Que m d'un jeune prince'*.
Le mérite à la cour est mal récompensé. N'est-il pas vrai, Lassé ^?
C'est en 1692 que Lassay eut quarante ans. Il était de ce cette sorte de gens » qui mettaient oc les mœurs » de Théagène en danger : voyez tome I, p. 338, n» 2, et p. 538, note i. Il « s'attacha à Monsieur le Duc, dit encore Saint-Simon {ibidem), se fourra dans ses parties obscures, y fut acteur commode, s'intrigua vainement, mais tant qu'il put. »
Sur Armand Madaillan de Lesparre, marquis de Lassay, auteur du Recueil de différentes choses^ voyez M. Sainte-Beuve, Causeries du lundi, tome IX, p. 129-162; M. Paulin Paris, PHotel de Lassay (1848) ; M. G. Desnoireslerres, Cours galantes, tomes II e\.\Yl.,passim; un article de M. A. Destouches, dans la Correspondance littéraire du 5 aoiit 1859, p. 387, etc.
1. Allusion aux amours du comte de Lassay avec Madame la DucJiesse. Leur liaison commença en 171 1.
2. Il y a quelques variantes dans le Chansonnier Maurepas (tome VII, p. 255), qui donne ainsi le premier vers, avec la même faute :
Impie, dévot, jaloux amant....
3. «A cinquante ans», dans le Chansonnier ; mais la chanson y étant donnée l'année 1692, c'est h\tn quarante qu'il faut lire.
4. «Louis duc de Bourbon, prince du sang, » dit en note le Chansonnier.